Oui, la salive des chiens et des chats peut transmettre une bactérie potentiellement mortelle

Bien-être
DANGER SUR PATTES - Le cas d'une Américaine de 54 ans qui a dû se faire amputer des jambes et des mains après que son chien lui a léché une blessure, et ainsi transmis une bactérie appelée Capnocytophaga canimorsus, est relayé par de nombreux médias américains. En 2018, nous avions interviewé le professeur Geneviève Héry-Arnaud, bactériologue au CHRU de Brest, sur le sujet.

Le coup de langue aurait pu lui être fatal. Il la laisse amputée des deux jambes et de ses deux mains. En mai dernier, rapportent les médias américains, uns femme de 54 ans a dû être prise en charge d'urgence dans l'Ohio après que son chien, un chiot berger allemand, lui a léché une blessure. Tout d'abord prise d'une forte fièvre, elle a ensuite rapidement ressenti de vives douleurs aux extrémités des membres. Les médecins lui ont diagnostiqué un sepsis, une grave infection avec une insuffisance hépathique et rénale causée par une bactérie présente dans la salive de son compagnon : Capnocytophaga canimorsus.


Fin 2016, un autre cas avait attiré l'attention de différents médecins français. Le patient en question était entré en urgence au service de réanimation du CHRU de Brest et présentait tous les signes d'une méningite, dont une nécrose au niveau des membres. L'inflammation avait elle aussi été provoquée par la salive d'un chien. Il avait dû être amputé du pouce et de l'index. Suite au diagnostic de ce patient, le professeur Geneviève Héry-Arnaud, du laboratoire de bactériologie et virologie du CHRU de Brest et plusieurs de ses collègues avaient décidé d'étudier de plus près la bactérie Capnocytophaga canimorsus. Leurs travaux ont été publiés dans la revue Médecines et Maladies Infectieuses le 6 juin 2018.

60% des cas présentent un système immunitaire affaibli avant l'infection

"Près de 90% des cas qui ont été rapportés sont dus à des morsures de chien, introduit Geneviève Héry-Arnaud, jointe par téléphone. Mais cela s'explique surtout par le fait que ce sont eux qui mordent le plus". Mais, pas de panique, tout le monde n'y est pas vulnérable. "Le facteur principal de contamination, c'est la victime et son état immunitaire. Dans 60% des cas, on relève un état d'immuno-dépression, relève la bactériologue. C'est-à-dire que ce genre d'infections gravissimes survient préférentiellement chez des gens qui sont affaiblis." Des personnes splénectomisées, c'est-à-dire dont la rate a été retirée, sont les plus fragiles, l'organe étant essentiel pour la défense immunitaire. "Dans les facteurs de risques, on retrouve aussi la cirrhose ou l'éthylisme chronique, et souvent le tabac. Ça va souvent ensemble d'ailleurs, complète la spécialiste. Et puis, il y a les personnes diabétiques ou sous-corticoïdes."  


Certaines croyances populaires peuvent aussi mettre en danger ceux qui y portent crédit. "Il y a un diction populaire qui dit 'salive de chien vaut médecin'. Quelques personnes pensent donc qu'il y a des vertus à la salive et qui se traitent à la salive de chien. On a eu un cas comme ça où le patient avait eu une opération de neurochirurgie, il avait une belle cicatrice dans le dos et il se faisait lécher consciencieusement sa cicatrice par son chien, persuadé que ça aiderait à la cicatrisation. Résultat : il s'est retrouvé avec une méningite à cause de la bactérie", raconte Geneviève Héry-Arnaud.

Ce n'est pas pour autant qu'il faut tout de suite se débarrasser de son chien, souligne-t-elle. "Si on a des rapports 'normaux' avec ses animaux, il n'y a pas de danger." D'autant que malgré la présence de la bactérie dans la gueule des chats et des chiens, ses formes la plus virulentes, qui peuvent enclencher une infection, ne s'y sont pas forcément développées. 

Un nombre de cas largement sous-estimé

A ce jour, 500 cas d’infections par Capnocytophaga canimorsus ont été recensés depuis 1976 dans le monde. En France, trois personnes en sont décédées entre février 2017 et avril 2018. Mais selon le professeur Geneviève Héry-Arnaud, ces chiffres sont largement sous-estimés. "On ne pense pas forcément à écrire un 'case report', donc à rapporter le cas, à chaque fois qu'on en rencontre un. Donc finalement, comme il n'y a pas d'observatoire comme Pasteur pour le méningocoque ou la Pitié Salpêtrière pour la tuberculose, il n'y a pas vraiment de surveillance. Je pense que pour un cas publié dans le monde, il y en a le double qui ne l'est pas." Lors des analyses sur des patients qui pourraient présenter une atteinte à la bactérie, celle-ci n'est pas non plus évidente à mettre en évidence.

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