Plagiocéphalie : devez-vous vous inquiéter si votre bébé a le syndrome de la "tête plate" ?

Bien-être
DÉFORMATION INFANTILE - Près de 20 % des bébés sont touchés par la plagiocéphalie, ou syndrome de la "tête plate", cet aplatissement de l'arrière ou d'un côté du crâne. Une malformation qui peut s'avérer très inesthétique. Pour en savoir plus, nous avons interrogé le pédiatre Arnault Pfersdorff.

C'est une déformation qui inquiète plus d'un parent. Selon l'association de patients "Le Lien", près de 20 % des bébés sont touchés par le syndrome de la tête plate. Un nombre qui serait en augmentation et qui a poussé en 2017 la Haute Autorité de Santé (HAS) à se saisir de la question et à élaborer des documents d'information. Cette déformation, aussi appelée "plagiocéphalie", se caractérise par un aplatissement de l'arrière ou d'un côté du crâne, dû à un appui trop prolongé, alors que celui-ci est encore mou.


Quels sont les facteurs de la plagiocéphalie ? Comment l'éviter ? Et la prendre en charge ? Nous avons demandé des éclaircissements au pédiatre Arnault Pfersdorff, également fondateur du site Pédiatre Online.

D'où vient la plagiocéphalie ?

"Autrefois, il était conseillé de faire dormir les enfants sur le ventre. Mais depuis les années 80, il est recommandé de les coucher sur le dos pour diminuer les risques de mort subite. Si les résultats ont été très bons concernant cette problématique, avec un nombre de décès réduit de plus de moitié, le nombre de plagiocéphalie a lui augmenté",  explique le pédiatre.


En revanche, insiste-t-il, cette position ne représente pas la cause directe de l’aplatissement du crâne des nouveaux nés. Il s'agit plutôt de la tendance des parents "à laisser trop souvent le bébé sur le dos" sur son matelas mais aussi dans son "cosi". "Les choses se sont beaucoup aggravées avec l’usage du transat et du cosi dans lesquels les enfants sont en position contrainte. [...] Du coup, ils n’arrivent pas à tourner la tête à gauche ou à droite, et ça favorise grandement les plagiocéphalies."

Comment éviter la plagiocéphalie ?

Arnault Pfersdorff insiste donc pour favoriser le plus possible la motricité de l'enfant en le plaçant par exemple sur le ventre sur un tapis d'éveil, toujours sous surveillance. Il conseille également de porter dès que possible l'enfant en écharpe de portage à l'extérieur comme à la maison. "Le fait d’avoir l’enfant en position verticale va non seulement apaiser l’enfant, mais surtout réduire les problèmes de plagiocéphalie." Le but, explique-t-il, est en fait de développer les muscles de la colonne cervicale et du crâne pour favoriser sa motricité. 


Ne comptez en revanche pas sur les coussins anti-tête plate qui ne sont, selon le pédiatre, d'aucune efficacité. "C’est très commercial. Ces oreillers ont été inventés pour rassurer les parents qui pouvaient se dire que même en laissant le bébé couché sur le dos de façon prolongée, il n’aurait pas la tête plate."

Que faire en cas de plagiocéphalie ?

Si votre bébé présente un aplatissement du crâne, qui peut provenir d'un torticolis ou une raideur au niveau des muscles du cou lié au choc obstétrical, le pédiatre pourra soit lui prescrire des séances chez le kinésithérapeute, soit chez l'ostéopathe. "Le kiné va réaliser un travail musculaire et intervenir au niveau des ligaments, explique Arnault Pfersdorff. L’ostéopathe, lui, va intervenir au niveau des lignes de tensions en faisant faire un mouvement à l’enfant, sans le forcer, pour le contraindre un peu dans l’autre sens. Ce sont des techniques différentes."


Une orthèse crânienne, à porter quatre mois en moyenne à raison d'une vingtaine d'heures par jour, peut aussi être préconisée, bien que cela reste exceptionnel. Elles ne font de plus, à l'heure actuelle, l'objet d'aucun consensus scientifique.


Dans tous les cas, il est nécessaire d'agir vite, le crâne d'un enfant se soudant pour se durcir à partir du huitième mois.

Quelles sont les conséquences d'une plagiocéphalie non ou mal prise en charge ?

"Si la plagiocéphalie est minime, cela n’a aucune conséquence sur le développement de l’enfant ni de son cerveau", assure Arnault Pfersdorff. "En revanche, dès lors qu'elle est importante, cela peut avoir un impact sur le développement des os maxillaires, l’alignement des gencives, la parole, voire la mastication."

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