"A War" : la guerre en Afghanistan comme vous ne l’avez jamais vue

CINÉMA

ON ADORE - Loin des films de guerre aux effets ostentatoires, "A War", en salles ce mercredi, investit la psychologie des personnages. Le cinéaste danois Tobias Lindholm y analyse plus précisément la bavure d’un commandant en mission en Afghanistan et la façon dont sa décision se répercute sur sa vie et celle de ses proches. Passionnant.

Au tour du Danemark de s’attaquer, via le cinéma, au bourbier afghan… Après R, Hijacking et 9. april, le metteur en scène Tobias Lindholm illustre avec aplomb la réalité d’un conflit armé à partir d’une histoire (relativement) simple. Celle du commandant Claus M. Pedersen, dont l’exemplarité fait l’unanimité auprès des siens. Son quotidien ? Entre deux fastidieuses missions au cœur d’un Afghanistan décharné, cet homme (in)faillible se régénère en entendant le son des voix de son épouse et de ses deux mômes, restés à Copenhague.

Aux yeux de tous, c’est le militaire rêvé. Pourtant, un incident va venir chambouler son existence. Lors d’une vérification routinière, sa troupe de soldats est prise pour cible par une attaque menée avec acharnement. Dos au mur, glacé par les hurlements des tirs et des bombes, aveuglé par une épaisse poussière, il décide d’envoyer les coordonnées géographiques des assaillants et ordonne, le souffle court, leur destruction totale. Hélas (pour lui), cette réponse défensive entraîne la mort d’un paquet d’innocents, parmi lesquels des enfants.

Dilemme(s) vertigineux

Si vous espérez un spectacle guerrier façon La chute du faucon noir, passez votre chemin. A War ne mange pas de ce pain-là. Sa réalisation, sobre et efficace, ne fait pas dans le show-off. Ici, même la scène-clé du film ne s’embarrasse d’aucun artifice. Tobias Lindholm l’a bien compris : pour épaissir et complexifier son récit, il faut lui donner le temps de se déployer sur deux bonnes heures. La première est consacrée au front. La seconde au retour à la maison. "Tes enfants, eux, sont vivants", balance très vite l’épouse du héros malheureux, en larmes.

Car oui, les autorités danoises ne comptent pas laisser l’accablé Claus s’en tirer ainsi. Pour montrer l’exemple et éviter des dommages civils à l’avenir, un procès se tient pour juger les faits. Une grande parenthèse au tribunal qui remet en perspective sa décision sur le terrain et place le spectateur au cœur d’une foultitude d’interrogations à la fois éthiques et purement humaines. Lindholm parvient ainsi à resserrer l’attention et la tension sur une seule question : qu’aurions-nous fait à la place de son protagoniste ? Pour y répondre, le chemin des salles obscures vous attend.

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