"Adieu au langage" : l’imbitable purge de Jean-Luc Godard

CINÉMA

CRITIQUE – Avec "Adieu au langage", Jean-Luc Godard propose un objet filmique non identifié d’un ennui redoutable. Trop théorique, on y trouve en vrac un couple, un chien, quelques pets et de la prétention.

Adieu au langage. Avec un titre pareil, on attendait de Jean-Luc Godard une œuvre qui rebattrait avec panache les cartes du cinéma. Une réflexion acerbe qui interrogerait les fondements de l’art ou les malmènerait. Encore faudrait-il déjà savoir de quel langage il est question ici. Celui du corps ? De l’esprit ? De la raison ? De la nature ? De l’espèce animale ?... Allez savoir. Au cœur de ce brouillamini visuel trône en tout cas une histoire d’amour incompréhensible entre un homme et une femme adynamiques.

Attention à vos yeux

Malgré sa très courte durée – 1h10 –, ce fourre-tout filmique, en lice pour la Palme d’or, semble en réalité s’étaler sur une atroce éternité. Godard y passe à la moulinette un nombre incalculable de citations d’auteurs, d’aphorismes et de pensées syncopées. Soit autant de pistes réflexives qu’il est peut-être le seul à comprendre. Son montage épileptique et ses variations sonores assassines n’arrangent par ailleurs rien à l’affaire. Au lieu de nous éclairer sur les messages cachés et abscons, ils ne font que parasiter la lecture de cette expérimentation prétentieuse.

Que dire de l’usage de la 3D ? Pour son premier film en relief, l’auteur d’A bout de souffle corrompt nos nerfs optiques pour nous envoyer, séance tenante, chez l’orthoptiste. Souvent illisibles, les scènes se succèdent sans logique pour le commun des mortels, à moins d’avoir fumé un sequoia avant la séance. S’il ne trouve pas de place au palmarès cannois, nul doute que ce long métrage agaçant finira sa course dans un musée d’arts abstraits où il fera probablement plus de recettes que dans une salle obscure.       

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