Alexandra Lamy : "J’aime traire les chèvres autant qu’arpenter les tapis rouges !"

CINÉMA
INTERVIEW - A la vie, Alexandre Lamy est comme à l’écran : solaire, généreuse et enthousiasmante. Dans "Retour chez ma mère", de Eric Lavaine, en salles ce mercredi, la comédienne incarne Stéphanie, une quarantenaire sur la paille qui pose ses valises chez sa maman. Rencontre décontractée avec une femme qui, selon son propre aveu, ne prendra jamais la grosse tête. On la croit !

Retour chez ma mère brosse le portrait de la génération "Boomerang", celle qui est contrainte, faute d’argent, à regagner le domicile des parents. Connaissiez-vous cette appellation ?
Oui. Cette situation, tout le monde la connait ou l’a connue de façon directe ou indirecte. Divorce, licenciements… Nombreuses sont les raisons pour lesquelles des personnes sont obligées de retourner chez leurs parents ; encore faudrait-il avoir la chance qu’ils soient toujours vivants et qu’ils acceptent de les recevoir. Eric Lavaine scanne ce sujet de société par le prisme de la comédie, en se basant notamment sur des faits qui se sont déroulés autour de lui.

Votre personnage, Stéphanie, connait une double peine…

Clairement ! Non seulement elle va chez sa mère après avoir perdu son travail mais elle se fait de surcroit cartonner par ses frères et soeurs. Ces derniers lui reprochent en effet ce retour. Comme si elle allait piquer l’héritage. Les griefs ressortent, ça va se battre pour un service à cuillères. Qui n’a pas connu ce dîner de famille qui va à vau-l’eau ? C’est assez glauque. J’adore par ailleurs la façon dont est traitée le maman. C’est une femme libre. Josiane Balasko l’interprète de manière charnelle, sensuelle, maternelle. Un peu comme une mama italienne !

Dans votre entourage, connaissez-vous des personnes appartenant à cette génération boomerang ?

Oui, malheureusement. J’ai un ami à qui c’est arrivé. Pendant la tournée province, une dame m’a dit : "J’ai tout perdu, je suis retournée chez ma mère et me suis faite éjecter par mes frères et soeurs car ils ne supportaient pas la situation." Même en travaillant dur, ce n’est pas toujours facile de se loger dans des villes aussi chères que Paris. On voit de plus en plus de jeunes et de moins jeunes regagner le nid familial. C’est terrible.
Croyez-vous que le rejet de ces gens indique que l’échec n’est pas pardonné dans notre société ?
Exactement. En France, on est très durs pour ça. Je ne dis pas que c’est mieux ailleurs. Mais dans les pays anglo-saxons, on a quand même l’impression qu’on peut toujours rebondir. Ici, si on perd son travail à 40 ou 50 ans, c’est terminé. On est hors société. On ne peut plus revenir.

Retourner chez vos parents : est-ce que c’est une hypothèse que vous avez crainte dans la vie ?
Bien sûr. Je ne me plains pas. Aujourd’hui, je travaille bien, je fais des films… Mais on sait très bien que, même dans ce métier, on n’est à l’abri de rien. Tant d’acteurs étaient des stars dans les années 80 et sont aujourd'hui hors course. J’en ai peur. Cela dit, ça nous permet de nous remettre en question. Le doute est mon moteur, ma manière de garder les pieds sur terre.

Il y une séquence intéressante où votre personnage craint de payer une addition. Est-ce une situation que vous avez déjà vécue ?

Oui… (rires). Quand je suis arrivée à Paris, mes parents n’avaient pas les moyens de m’entretenir. Je venais d’un milieu modeste. J’ai fait plein de petits boulots pour payer mon loyer. Et forcément, il m’est arrivé d’aller manger avec des amis sans oser leur dire que je n’avais pas un rond. Je vous dis pas la suée au moment où l’addition arrive. (rires)

Eric Lavaine dit qu’on croit dans vos personnages parce que vous faites "vraie vie". Vous voyez ce qu’il veut dire ?

C’est quelque chose qu’on me dit très souvent. Et je pense que c’est la vérité. Si j’avais pris le melon, j’aurais reçu un coup de pied au cul de mon père. C’est interdit ça chez nous ! Quand on est acteur, il faut rester dans la vie. L’observation est notre terreau. Je viens de la campagne et je n’ai pas beaucoup d’amis dans le cinéma. J’aime mon métier mais hors de question qu’il me bouffe la tête. Quand je décroche, je décroche. En définitive, j’aime traire les chèvres et faire des fromages tout autant qu’arpenter les tapis rouges. (sourire)

Cette image de fille adorable et solaire n’est-elle pas un peu lourde à porter ?

Parfois, comme tout le monde, on déprime. Et là, vous avez quelqu’un qui demande un autographe, ça arrive, c’est sûr. Mais globalement, les gens sont adorables avec moi. Dans les Cévennes, tout le monde sait où j’habite et il n’y a jamais une seule personne plantée devant ma porte. Au contraire, on me protège. Quand je vais chez mon boucher, il me dit rapidement qu’il a vu mon dernier film. Rien de plus. Les gens qui prennent la grosse tête sont comme ça dès le début. Si on s'éloigne de la vie, on devient des sales cons.

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