"Amoureux de ma femme" : Daniel Auteuil a toujours envie de faire rire

DirectLCI
PORTRAIT - Avec "Amoureux de ma femme", en salles ce mercredi, Daniel Auteuil est de retour devant et derrière la caméra pour la quatrième fois de sa carrière. Après "Marius" et "Fanny", l’acteur-réalisateur oublie Marcel Pagnol pour broder un écheveau amoureux dans lequel jouent Sandrine Kiberlain et Gérard Depardieu. Celui qui a commencé dans la comédie n'a jamais quitté son domaine de prédilection.

Dans Amoureux de ma femme, Daniel Auteuil joue Daniel qui est... très amoureux de sa femme, mais il a beaucoup d'imagination et un meilleur ami disons encombrant joué par Gérard Depardieu. Lorsque celui-ci insiste pour un dîner "entre couples" afin de lui présenter sa toute nouvelle, et très belle, amie, Daniel se retrouve coincé entre son épouse qui le connaît par cœur et des rêves qui le surprennent lui-même.


Retour à la comédie pour Daniel Auteuil... Amoureux de ma femme est l’occasion pour Daniel Auteuil de jouer de nouveau à Gérard Depardieu, quatorze ans après 36 quai des Orfèvres et moins de vingt ans après Le Placard. L’acteur-réalisateur retrouve également Sandrine Kiberlain, croisée il y a 15 ans dans Après vous de Pierre Salvadori. 


En interview, l'acteur de 68 ans révèle toujours un désir de dérider les zygomatiques du spectateur. Et rechigne sans peine lorsqu'on traverse avec lui sa filmographie dans tous ses états, de ses débuts de post-ado pitre dans Les Sous-Doués de Claude Zidi à celui de l'homme tourmenté dans Caché de Michael Haneke. 

LCI : Tout d'abord, parlons de votre éclectisme. Vous aimez surprendre dans vos choix. Prendre quelques risques comme "Mauvaise Passe" (Michel Blanc, 1999) et "La personne aux deux personnes" (Nicolas & Bruno, 2007)...

Daniel Auteuil : Non, je ne prends pas de risques. Je ne prends aucun risque. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, faire un film comme Mauvaise Passe ne s'appelle pas "prendre un risque". Ça serait sans doute prendre un risque que de le faire aujourd'hui. Il y a une notion de calcul dans l'idée de «prendre un risque». Or, je n'ai vraiment jamais fait de calcul, j'ai toujours agi en fonction de mon plaisir de l'instant. C'est ce plaisir-là qui me guide.

LCI : Et "Sade" de Benoît Jacquot ? Et "Caché" de Michael Haneke ?

Daniel Auteuil : Si je refuse Haneke, je suis le roi des cons. Ça fait partie de mon A.D.N. et des films qui ont parsemés ma vie d'acteur. Donc il y a des films plus audacieux, plus singuliers, comme ceux que vous citez. Et parallèlement il y a les comédies. Je vous assure qu'il n'y a pas de volonté de ma part, il y a avant tout l'envie d'être libre. Mais il est vrai que j'aimerais être libre de ne faire que des grands films... Ce qui est vrai, c'est que je n'aurais pu faire un rôle comme celui de Bamberski il y a 20 ans. C'est un rôle de maturité. C'est en cela que c'est un très beau rôle pour moi. A l'époque des "Sous-doués", par exemple, ça n'aurait pas été possible. C'est drôle d'ailleurs, parce que quand je regarde Les Sous-Doués, je réalise qu'à la même époque des acteurs de mon âge comme Patrick Dewaere et Gérard Depardieu avait déjà du vécu, une capacité à s'emparer de rôles tragiques. En même temps, je pense que cela m'a préservé d'être très inconscient. J'en suis ravi. Encore aujourd'hui, quand je fais rire les gens sur scène, je me dis qu'il y a vraiment la moitié de mon cerveau encore ancrée dans cette prédilection pour le rire, pour la comédie.

Le cinéma d'auteur tel que Claude Sautet le faisait n'existe quasiment plusDaniel Auteuil

LCI : Avec "Amoureux de ma femme", vous revenez un peu à la comédie de vos débuts. Entre-temps, vous avez excellé dans le cinéma d'auteur. Que reste-t-il de tout ce cinéma aujourd'hui ?

Daniel Auteuil : Je pense qu'il reste plein de super auteurs. J'essaye de ne pas être trop pessimiste et de ne pas tomber dans l'ornière consistant à dire "c'était mieux avant". C'est toujours de qualité maintenant. Je pense juste qu'il y a une mutation dans le désir du spectateur... Il est vrai que l'on est davantage dans un cinéma de consommation immédiate, respectable aussi, mais peut-être que les metteurs en scène actuels ne veulent pas non plus s'aventurer dans ce cinéma-là. Parce qu'on leur dit que c'est trop compliqué à faire... C'est vrai que le cinéma d'auteur tel que Sautet le faisait n'existe quasiment plus. Mastroianni m'avait raconté un rêve qu'il avait fait. Il retournait à Cinecittà [NDR. complexe de studios cinématographiques italien fondé en 1937]. Les gens là-bas le saluaient mais lui, il ne les reconnaissait pas. Pour passer une porte, il était obligé de pencher la tête. Il visitait les studios mais les plafonds étaient très bas. Et en fait, à l'issue de ce rêve, il réalisait tout simplement que le cinéma était devenu trop petit pour lui. Très sincèrement, je pense qu'il faut envisager ça comme des périodes. En France, nous avons la chance d'avoir d'excellents acteurs, d'excellents metteurs en scène. Après, il y a ce que l'on pense que le marché désire. Tous ces décideurs qui pensent savoir ce que les autres désirent. C'est transitoire, c'est rien. Ne vous inquiétez pas, ce cinéma-là reviendra (rires).

LCI : Votre popularité d'acteur vient aussi du fait que vous assumez pleinement tous vos choix. Vous ne rechignez pas lorsqu'on vous ramène sans cesse des "Sous-doués"...

Daniel Auteuil : J'assume tous mes choix. Je me fous complètement, honnêtement, de ce que les gens peuvent penser de moi. Je fais ce métier depuis 40 ans, les spectateurs ont grandi, ont évolué avec moi. Et je peux le dire, parce que ce n'est pas moi qui les ai fait, j'ai tourné dans quelques films très balèzes. De la même façon que je peux être ému parce qu'en telle année, je dansais sur telle ou telle chanson, chaque film correspond à un moment de ma vie. C'est pareil chez ceux qui les ont regardés. Et ça, c'est le privilège de l'âge. Et si je n'en profite pas, de quoi je profite ? Je suis content de ça. Ça me donne une liberté de parole que je n'ai jamais eue. A cause de ça, on est obligé de m'écouter. J'ai toujours eu cette liberté, cette faculté à m'emporter pour un rien et je n'y peux rien, c'est ma mère et mon père qui m'ont fait comme ça. Parfois il y a des gens qui s'énervent parce qu'ils n'ont pas très bien compris ce qu'on leur a dit. Je revendique cette forme de bêtise. Le mec qui s'attachera un jour à ma filmographie aura du boulot. Il y a aussi plein de mystères dans ma filmographie, des zones d'ombre. Vous, jeune homme, je vous donne la clef de tout ça, c'est le plaisir et peu importe avec qui. C'est le plaisir d'une rencontre, sans aucun calcul de carrière.

Etre juré au Festival de Cannes, c'est magnifiqueDaniel Auteuil

LCI : L'une des récompenses, c'est par exemple d'être membre d'un jury présidé par Steven Spielberg au Festival de Cannes. C'était comment ?

Daniel Auteuil : Etre juré au Festival de Cannes, c'est magnifique. Vous êtes entouré de gens géniaux. Ce qui est plus difficile dans ce métier, c'est d'être confronté aux tocards, aux mauvais, aux frustrés. J'ai réalisé au fil du temps d'ailleurs que c'était avec les moins bons cinéastes que l'on apprenait le plus, tout simplement parce qu'on apprend d'eux, on apprend ce qu'il ne faut pas faire. Donc, oui, au Festival de Cannes, j'étais avec des gens qui n'avaient plus rien à prouver, d'une humilité, d'une gentillesse et d'une classe folles. Le plus important, c'est que nous étions tous réunis par le même amour que nous portions au cinéma. Il y avait cette année-là une sélection de films remarquables et puissants dont le fameux "La Vie d'Adèle" d'Abdellatif Kechiche. J'étais le seul français membre de ce jury et j'étais fier qu'un film comme ça représente la France. J'étais heureux que les actrices aient elles aussi la Palme d'or. Nous étions unanimes pour penser que ce film bénéficiait beaucoup de ses actrices. C'était vraiment un truc à trois, c'est indissociable de la Palme d'or. Et puis, être membre du jury, c'est aussi fréquenter des artistes incroyables matin, midi et soir pendant 15 jours. Je me souviendrais toujours du jour des délibérations, je me souviendrais toujours de Nicole Kidman nageant dans la piscine ou des après-midi avec Steven Spielberg me demandant: «Et toi maintenant Daniel, c'est quoi ton prochain film?». C'est magnifique, ça. De la même façon que c'est magnifique d'avoir croisé dans ma vie des artistes comme Patrice Chéreau, Yves Montand, Marcello Mastroianni...

LCI : Comment s'étaient déroulées les délibérations ?

Daniel Auteuil : Nous étions unanimes pour penser que ce film bénéficiait beaucoup de ses actrices. C'était vraiment un truc à trois, c'est indissociable de la Palme d'or. Et puis, être membre du jury, c'est aussi fréquenter des artistes incroyables matin, midi et soir pendant 15 jours. Je me souviendrais toujours du jour des délibérations, je me souviendrais toujours de Nicole Kidman nageant dans la piscine ou des après-midi avec Steven Spielberg me demandant: "Et toi maintenant Daniel, c'est quoi ton prochain film ?". C'est magnifique, ça. De la même façon que c'est magnifique d'avoir croisé dans ma vie des artistes comme Patrice Chéreau, Yves Montand, Marcello Mastroianni...

Plus d'articles

Sur le même sujet

Lire et commenter