André Dussollier : grâce à la "Diplomatie", il a réussi son Paris

André Dussollier : grâce à la "Diplomatie", il a réussi son Paris

CINÉMA
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INTERVIEW - André Dussollier est à l'affiche ce mercredi de "Diplomatie" aux côtés de Niels Arestrup. Devant la caméra de Volker Schlöndorff, il y incarne le consul suédois Nordling, l'homme qui a sauvé Paris.

Saviez-vous que Hitler avait ordonné la destruction de Paris à la fin de la Seconde Guerre Mondiale ?
J'en avais vaguement entendu parler. Hitler adorait Paris, notamment l'Opéra Garnier, et désirait faire de Berlin une ville encore plus belle. Il voulait donc détruire Paris, raison pour laquelle de nombreuses charges ont été placées sous des monuments comme la Tour Eiffel, les ponts, Notre-Dame... Cet épisode a déjà été traité dans Paris brûle-t-il ? où, comme moi dans Diplomatie , Orson Welles incarne le Consul Nordling.

Qui était donc ce monsieur ?
Il est né à Paris de mère française et de père suédois. Bien que Consul de Suède à Paris, il était complètement français. Quand le Général Von Choltitz, Gouverneur du Grand Paris, s'apprêtait à faire exploser la capitale sur ordre d'Hitler, c'est lui qui l'a convaincu d'arrêter. Il a utilisé tous les arguments possibles pour éviter que du sang ne soit versé. Ce qui est bien dans cette histoire, c'est que les deux personnages ont leurs zones d'ombre. Il n'y a pas que des mots entre eux, il y a aussi de la vie. Malgré les camps opposés, ils réussissent à transgresser l'ordre pour faire valoir leur propre conscience.

"La Tour Eiffel, on aurait peut-être pu la refaire"

Le film est tiré d'une pièce de théâtre dans laquelle vous jouiez...
Oui. Et on ne s'attendait pas à ce que le public s'intéresse à ce point à cette histoire. Je me souviens... Chaque fois que je sortais de la pièce et que je rentrais en voiture vers 23h, je regardais Paris en me disant que tout ça aurait pu ne plus exister du tout.

Quel monument auriez-vous regretté le plus si l'explosion avait eu lieu ?
J'ai focalisé sur l'Opéra... Je crois qu'il aurait été dur à reconstruire. La Tour Eiffel, on aurait peut-être pu la refaire. Notre-Dame, ça devient plus compliqué. Je suis également terrifié à l'idée que des textes qui racontent notre histoire puissent être détruits. (Réflexion) Avant d'arriver à Paris à l'âge de 23 ans, j'ai découvert la ville à 12 ans avec mes parents. Nous sommes allés au Château de Versailles. C'était un moment idyllique, idéal. J'adore Paris, marcher dans ses rues, m'arrêter et être pris par la couleur des cieux qui change.

"Ce qui vous permet de durer, c'est le travail"

Revenons quelques secondes sur le mot diplomatie... Quelle en serait votre définition ?
Un jour, un ambassadeur m'a envoyé une lettre pour me dire qu'il s'agit d'un mélange de vérité et de mensonge. Il faut être extrêmement crédible et donner l'impression à l'autre qu'on connait son dossier et ses arguments. C'est une partie d'échec. Un mélange de compétence et d'humanité. De sensibilité et d'intelligence.

Faut-il être un bon diplomate au cinéma pour avoir une carrière aussi longue que la vôtre ?
Bonne question (rires). Pas sûr. Il n'y a pas vraiment de règles. Je crois que c'est important de ne pas être dans le conflit. Globalement, ce qui vous permet de durer, c'est le travail. Et il dépend de choses aléatoires et inattendues. Quand un rôle arrive jusqu'à vous, c'est le résultat d'une addition de détails. Alain Resnais est un parfait diplomate (l'interview a été réalisée avant son décès, ndlr). Il sait se mettre à la place de l'autre.

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