Après "Wonder Wheel", reverra-t-on un jour un nouveau film de Woody Allen ?

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DÉCRYPTAGE - Alors que "Wonder Wheel" sort ce mercredi sur les écrans français, la sortie du prochain film de Woody Allen, "A Rainy Day In New York", est plus que compromise. Avant même le témoignage choc de sa fille adoptive Dylan, le cinéaste avait en effet était désavoué par plusieurs de ses acteurs. A terme, c'est sa carrière qui semble menacée. Explications.

Chronique d'une mise au ban annoncée. Le 13 octobre dernier, l’avant-première de "Wonder Wheel" au New York Film Festival était annulée à la dernière minute. En cause ? La suspension de Roy Price, le patron d’Amazon Studios, producteur du film, accusé de harcèlement sexuel, trois jours après la parution dans The New Yorker de l'enquête qui a fait vaciller Harvey Weinstein. Interrogé le 15 octobre par la BBC sur "l’affaire" en question, Woody Allen jugeait cette dernière "très triste pour tout le monde. Tragique pour les pauvres femmes concernées, triste pour Harvey dont la vie est tellement bouleversée."


En dépit d'un rectificatif, publié quelques heures après, où il qualifie Harvey Weinstein de "malade", la déclaration du réalisateur de "Midnight in Paris" est modérément appréciée par les défenseurs du mouvement MeToo. D’abord, parce qu’elle donne l’impression qu’il ne choisit pas entre les victimes et l’agresseur. Ensuite, parce qu’il est le père de Ronan Farrow, l’auteur de l'enquête du New Yorker. Mais aussi parce qu’il est lui-même mis en cause, depuis de nombreuses années, par sa fille adoptive Dylan Farrow, qui l’accuse de l’avoir agressé sexuellement à l’âge de 7 ans.

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Dylan Farrow réitère ses accusations contre Woody Allen

Alors que le cinéaste a été innocenté par la justice en 1993, la jeune femme va réitérer ses propos en 2004 dans une lettre ouverte au New York Times. Si à l’époque elle reçoit le soutien de Dylan, son autre frère, Moses Farrow, l’accuse de mentir, sous l’influence de sa mère, Mia Farrow, qui aurait souhaité se venger de l’histoire d’amour entre le cinéaste et Soon-Yi, la fille qu’elle avait adopté avec son précédent compagnon, le chef d’orchestre américain André Previn.


Jusque-là, ce que de nombreux observateurs décrivent comme une sombre querelle de famille ne va pas avoir d’impact sur la carrière de Woody Allen, l’un des cinéastes les plus admirés et les plus prolifiques de l’histoire du cinéma américain. Depuis les années 1960, il enchaîne les tournages sans discontinuer, jusqu’à deux par an. Les acteurs, jeunes et moins jeunes, se battent tous pour un strapontin dans ses films. Et après une période creuse, il renoue avec le succès grâce à une poignée de chefs d’œuvre tardifs. 


Un retour en grâce qui commence avec "Match Point", avec Scarlett Johansson, présenté au Festival de Cannes en 2005. Et qui continue avec "Vicky Cristina Barcelona", qui vaut à Penelope Cruz l’Oscar du meilleur second rôle en 2009, "Minuit à Paris", récompensé par l’Oscar du meilleur scénario en 2012 ou encore "Blue Jasmine", couronné par trois statuettes dorées, dont celle de la meilleure actrice pour Cate Blanchett en 2014.

Si j'avais su ce que je sais maintenant, je n'aurais pas joué dans le film. Je n'ai plus travaillé pour lui depuis et je ne travaillerai plus pour luiGreta Gerwig, à propos de sa collaboration avec Woody Allen sur "To Rome with Love", en 2012

En octobre dernier, alors que Woody Allen n’a pas encore été rattrapé par le mouvement #MeToo, la performance étincelante de Kate Winslet dans le nouveau "Wonder Wheel" en fait, d’après la critique, une candidate crédible à l’Oscar de la meilleure actrice. Au fil des semaines, son nom  va rapidement disparaître des tablettes des bookmakers, sans véritable explication. Si bien qu’elle ne sera même pas nommée aux Golden Globes, attribués le 10 janvier par la presse étrangère à Hollywood.


Ce soir-là, en salle de presse, la comédienne Greta Gerwig, récompensée pour son premier film derrière la caméra, LadyBird, est interrogée sur sa collaboration avec Woody Allen sur "To Rome with Love", en 2012. Soit deux ans avant la lettre ouverte de Dylan Farrow. Contrairement à sa collègue Ellen Page, qui avait exprimé en novembre dernier ses regrets d’avoir tourné le même film, la star de la soirée se montre évasive. Deux jours plus tard, lors d’un débat organisé par le New York Times, elle est catégorique : "Si j'avais su ce que je sais maintenant, je n'aurais pas joué dans le film. Je n'ai plus travaillé pour lui depuis et je ne travaillerai plus pour lui."

D’autres acteurs vont lui emboiter le pas. Mira Sorvino, Rebecca Hall et Timothée Chalamet regrettent les uns après les autres d’avoir tourné avec le cinéaste. Ces deux derniers décident même de reverser au mouvement Time’s Up le salaire qu’ils ont touché pour jouer dans "A Rainy Day in New York", le successeur de "Wonder Wheel", achevé à l’automne dernier. La chanteuse Selena Gomez, qui joue elle aussi dans le film, refusera de son côté de condamner publiquement Woody Allen, en dépit des critiques de ses fans. Mais effectuera elle aussi une généreuse donation à Time’s Up.


Nouveau coup de théâtre : le 18 janvier, dans une interview accordée à la chaîne CBS, Dylan Farrow réitère ses accusations contre son père adoptif. Ce dernier dément dans un communiqué, renvoyant aux conclusions des médecins lors de la procédure judiciaire qui l’a opposée à Mia Farrow pour la garde des enfants. Sur Twitter, Moses Farrow affirme de nouveau que sa sœur a inventé l’agression sexuelle de toutes pièces. Mais ses propos ont beaucoup moins d’impact que les images de sa sœur aînée, en larmes, rediffusées en boucle dans les médias du monde entier. Tout comme ceux de l’acteur Alec Baldwin, qui l'accuse lui aussi de mentir.

Si je pouvais, je tournerais tous les films avec luiJustin Timberlake, à propos de Woody Allen

A Hollywood, il y a désormais ceux qui condamnent Woody Allen. Et les autres. Sur Twitter, Dylan Farrow s’en est ainsi prise à Justin Timberlake, coupable d’après elle de jouer un double jeu en soutenant Time’s Up alors qu’il a tourné dans Wonder Wheel. De passage à Paris en décembre dernier, le chanteur et comédien confiait à LCI son bonheur de travailler avec le cinéaste. "Si je pouvais, je tournerais tous les films avec lui, assurait-il. C’est tellement une expérience unique." Réitérait-il les mêmes propos dans le contexte actuel ? En aurait-il au moins l’occasion ? Car désormais, c’est la carrière même de Woody Allen qui est menacée, du moins aux Etats-Unis.

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Justin Timberlake : "J'aimerais tourner tous les films avec Woody Allen"

Amazon, qui devait sortir "A Rainy Day in New York" à l’automne prochain, envisagerait désormais d’annuler sa sortie en salles et de la limiter à sa plateforme numérique. Autant dire que dans le contexte actuel, il y a peu de chance qu'il soit présenté au Festival de Cannes, en mai prochain. "Wonder Wheel" sera-t-il le dernier film de Woody Allen ? S'il vaut continuer à tourner, à plus de 82 ans, le cinéaste pourrait être contraint de chercher ses financements à l'étranger, comme il l'a déjà fait par le passé.

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