Asif Kapadia : "J'ai essayé de montrer qui était la vraie Amy Winehouse"

Asif Kapadia : "J'ai essayé de montrer qui était la vraie Amy Winehouse"

CINÉMA
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DOCUMENTAIRE - Asif Kapadia signe un long-métrage passionnant, fouillé et très émouvant sur Amy Winehouse, prématurément disparue en 2011 à l’âge de 27 ans.

Il aura fallu trois ans au réalisateur de Senna pour mettre en boîte son documentaire sur Amy Winehouse. Un timing impressionnant au regard des entretiens, archives et autres images collectés pour tirer le portrait de cette icône populaire et arty. Asif Kapadia décrypte pour metronews ce grand film de cinéma, présenté à Cannes hors compétition.

Amy, héroïne de cinéma
"C’est elle qui m’a choisi, pas l’inverse. Un peu comme ce qui s’était passé pour Senna : je n’étais pas fan de Formule 1, ça s’est fait par hasard. Ce qui m’a d’abord attiré, c’est la possibilité de faire un film enfin à la maison, à Londres. Ensuite, comme j’ai vécu à Camden une grande partie de ma vie, comme Amy, j’ai réalisé que j’aurais pu la croiser à une fête ou à l’école comme toutes les filles de mon quartier. Elle m’est alors apparue comme cette fille ordinaire à qui il arrive quelque chose d’extraordinaire. J’ai dès lors voulu comprendre son parcours et ce qui l’avait conduite à sa perte. Et les réponses sont nombreuses : la célébrité, la boulimie, la drogue, son mariage, la pression médiatique et financière... Ça fait beaucoup pour un petit bout de femme de 20 ans."

L’arc du long-métrage
"J’adore la musique mais je n’avais jamais fait de film sur le sujet. Or, quand je réalise, j’aime être un outsider, pour n’avoir aucun a priori. Je suis donc parti de zéro, j’ai commencé à interviewer les gens et puis, en étudiant de près les chansons d'Amy, j’ai réalisé qu’on y trouvait les réponses à toutes les questions qu’on pouvait se poser sur elle. Sa musique, que je n’utilise qu’à travers des live, est alors devenue la colonne vertébrale du film."

Les témoignages des proches
"Son entourage n’avait jamais donné d’entretien avant. Certains se sentaient coupables, en colère, tristes, choqués et quelques-uns avaient même fait le pacte de ne jamais parler pour ne pas être accusés d’utiliser la mort d’Amy. J’ai dû longuement insister, six mois parfois. Ensuite, je les rencontrais dans un studio et nous parlions pendant des heures, la lumière éteinte, afin que leur parole se libère. Nick Shymansky, son premier manager, a été le premier à me faire confiance : c’est lui qui a ensuite convaincu Juliette et Lauren, les amies d’enfance d’Amy. Les autres ont suivi."

La polémique
"Au début, tout le monde approuvait : son ex-mari, son père, sa mère, tous m'ont accordé des entretiens. Pendant la fabrication du film, ils n’ont jamais rien dit et ont signé les accords de diffusion (...) Je ne sais pas exactement quelle est la nature du problème mais Amy avait beaucoup de gens autour d’elle, issus d’horizons différents : parmi eux, certains se détestaient et chacun pensait détenir la vérité sur Amy. C'est sans doute pour cela qu'ils sont en désaccord avec certains points de vue du film mais tout ce qui est dit dans le documentaire a été vérifié plusieurs fois."

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Le vrai visage d’Amy
"Au sommet de sa célébrité, Amy s’est retrouvée au milieu d’une guerre entre les tabloïds The Sun et The Mirror et est devenue la proie favorite des paparazzis. C’est moralement discutable d’utiliser ces images mais, quand vous faites un film, il faut se servir de tous les outils à votre disposition. Surtout que ceux-ci faisaient partie de son quotidien. Mais, à cause des paparazzades, beaucoup de gens gardent l’image d’une fille paumée et défoncée. Je voulais rééquilibrer : on la voit aussi en famille et entre amis dans le film, drôle, jeune, passionnée, notamment à travers les images où elle se filme elle-même. J’ai essayé de montrer qui était la vraie Amy."

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