Assassin's Creed, Resident Evil, Silent Hill... : Faut-il (vraiment) adapter les jeux vidéo au cinéma ?

CINÉMA
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LA QUESTION QUI FÂCHE. Si "Assassin’s Creed", l’un des fers de lance majeurs d’Ubisoft, s'impose comme une réussite notable en terme de transposition de jeu vidéo au cinéma, cela n'a pas toujours été le cas. De "Resident Evil" à "Super Mario Bros" en passant par "Final Fantasy", les réussites se comptent sur les doigts de la main. Enquête.

Sorti en 1999, Matrix a créé une révolution à l’aube du bug. On peut le considérer comme le premier film à avoir assimilé avec succès le langage et la culture des jeux vidéo. Andy et Lana Wachowski reprenaient le meilleur de ce qui avait déjà été fait pour donner une nouvelle dynamique et appliquer une imagerie des jeux vidéo avec des mondes virtuels sans fin. A quelques rares exceptions, on ne peut pas dire que les transpositions cinéma-jeu vidéo soient probantes. 

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SUPER MARIO BROS Bande annonce

SUPER MARIO BROS de Annabel Jankel & Rocky Morton (1993)

La popularité du personnage de plombier Mario, créé par le génie Shigeru Miyamoto dans les années 80, est telle au début des années 90, avec la sortie de Super Mario Bros 3 sur NES, que la firme japonaise Nintendo s’est mise en tête de produire un grand film hollywoodien à partir de sa mascotte. Les réalisateurs Annabel Jankel et Rocky Morton respectent le cahier des charges (le look des personnages, l’apparition de Yoshi, la présence de la princesse Daisy) mais tout le reste vole en éclat. Dotés d’un budget énorme pour l’époque (50 millions de dollars), les deux réalisateurs ont la folie des grandeurs. Le film, calamiteux, connaît un four au box-office et reste aux yeux de Bob Hoskins, interprète de Mario ayant remplacé Danny DeVito au pied levé, comme la pire expérience de sa carrière.  

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STREET FIGHTER Bande annonce

STREET FIGHTER de Steven de Souza (1994) 

Autre jeu très populaire au début des années 90, le beat’em up Street Fighter II de Capcom connaît les joies d’une adaptation pas vraiment fidèle au matériau de base. Si les personnages les plus populaires de la franchise ludique trouvent un pendant cinématographique (Jean-Claude Van Damme en Guile, Raul Julia en Bison, Kylie Minogue en Cammy et Wes Studi en Sagat), l’intrigueest totalement changée pour coller à une actualité plus ou moins fantasmée de l’époque. Résultat, les "gentils" deviennent ainsi des soldats de l’ONU chargés de renverser le dictateur Bison, qui menace de prendre le contrôle du monde entier. Courses poursuites, cascades, effets spéciaux à gogo, et très peu de baston au final.

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DOUBLE DRAGON Bande annonce

DOUBLE DRAGON de James Yukich (1994)

Ici, pas de stars comme Jean-Claude Van Damme, mais des vedettes de la série B comme un jeune Mark Dacascos pas encore sacré Crying Freeman. Oubliez cependant l’ambiance de déliquescence urbaine inspirée par le film Les Guerriers de la nuit, cette version de Double Dragon est expurgée de toute brutalité et adopte un ton plus proche des films d’action pour enfants, avec méchants ridicules, arts martiaux câblés et ambiance fluo. 

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MORTAL KOMBAT de Paul WS Anderson : bande annonce

MORTAL KOMBAT de Paul WS Anderson (1995) & MORTAL KOMBAT : ANNIHILATION de John R. Leonetti (1997)

C’est avec l’adaptation de Mortal Kombat par Paul WS Anderson que la donne change totalement. Le film est tout d’abord le premier véritable succès du genre au box-office, et surtout la première adaptation fidèle au jeu, à un détail près : la violence très graphique de Mortal Kombat et ses suites ludiques n’a pas le droit de citer dans cette transposition classée tous publics. Fort du succès du film, une suite est lancée deux ans plus tard. Mais le résultat se vautre et même Christophe Lambert refuse d’y reprendre le rôle du Dieu Rayden. 

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WING COMMANDER de Chris Roberts : bande annonce

WING COMMANDER de Chris Roberts (1999)

Grosse franchise des jeux sur ordinateurs, la saga des Wing Commander rend un hommage certain à La Guerre des étoiles, d’autant que Mark Hamill y joue l’un des rôles principaux. Il était donc logique que les jeux vidéo soient transposés sur grand écran, puisque leur univers s’inspire grandement des space opéra popularisés par la saga mythique de George Lucas. Pour cette transposition, le créateur du jeu Chris Roberts se charge de la réaliser, avec un budget cependant limité à 25 millions de dollars, dont une bonne partie va dans la poche des comédiens Freddie Prinze Jr et Matthew Lillard, alors très populaires pour leurs rôles dans les films d’horreur Scream et Souviens-toi l’été dernier

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RESIDENT EVIL de Paul WS Anderson : bande annonce

RESIDENT EVIL de Paul WS Anderson (2002), RESIDENT EVIL : APOCALYPSE de Alexander Witt (2004), RESIDENT EVIL : EXTINCTION de Russell Mulcahy (2007)...

Fort du succès de Mortal Kombat, Paul WS Anderson décide d’adapter Resident Evil, qui a relancé la mode ludique des survival-horror à sa sortie en 1996. Jeux vidéo mettant en scène une épidémie de zombies, les Resident Evil sont très gores. Mais Resident Evil – le film est très propret et déçoit par son manque de panache et de fidélité. Pourtant, il s’agira d’un véritable succès qui connaîtra des suites écrites et supervisés par Anderson lui-même, qui une fois de plus préfère suivre ses propres idées plutôt que de se fier à la qualité des jeux. 

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FINAL FANTASY : LES CREATURES DE L’ESPRIT : bande annonce

FINAL FANTASY : LES CREATURES DE L’ESPRIT de Hironobu Sakaguchi (2001) & FINAL FANTASY VII : ADVENT CHILDREN de Tetsuya Nomura (2005)

Franchise vénérée par les joueurs pour sa richesse et son imagination, Final Fantasy saute également le pas en étant adaptée sur grand écran, par son créateur lui-même, Hironobu Sakaguchi. Les ventes des jeux vidéo, qui comptent aujourd’hui plus de 12 aventures et un grand nombre d’extensions, sont à ce point inouïe que Sony a toute confiance dans cette adaptation un peu particulière, puisqu’il s’agit d’un long-métrage d’animation en synthèse à caractère photoréaliste. Le studio offre ainsi au créateur une enveloppe de 150 millions de dollars  pour réaliser le film, et celui-ci s’éloigne drastiquement de l’univers visuel de son œuvre pour en capturer surtout le ton. Monument de science-fiction empruntant beaucoup à certains gros blockbusters comme Aliens, 2001 L’odyssée de l’espace et Starship Troopers, Final Fantasy : Les créatures de l’esprit est pourtant loin d’être le succès attendu. Trop lunaire et trop posé, le film connaît même un four incroyable dans le monde entier, notamment parce que les spectateurs n’ont pas vu le rapport entre le film et les jeux vidéo, sorti du titre. L’erreur sera réparée par Final Fantasy VII : Advent Children, une sorte de suite en DVD du jeu Final Fantasy VII, l’un des épisodes les plus populaires de la saga ludique. Très attendu par la communauté des joueurs en son temps, le film tient ses promesses.

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LARA CROFT : TOMB RAIDER : bande annonce

LARA CROFT : TOMB RAIDER de Simon West (2001) & LARA CROFT TOMB RAIDER : LE BERCEAU DE LA VIE de Jan De Bont (2003)

En 2001, c’est une autre icône du jeu vidéo qui est transposée sur grand écran: Lara Croft, l’héroïne de la franchise Tomb Raider. La reconnaissance de Lara Croft dépasse le cadre des joueurs, puisque le personnage devient un véritable phénomène de société qui sert même à vendre des voitures. C’est Angelina Jolie qui est chargée d’incarner l’aventurière casse-cou au cinéma, tandis que le spécialiste de l’action Simon West (Les Ailes de l’enfer) est chargé de la diriger au milieu des fusillades et des explosions. Le film connaît un énorme succès à sa sortie en salles, malgré ses qualités toutes relatives. Deux ans plus tard, Angelina Jolie rempile pour l’inévitable suite, cette fois réalisée par Jan De Bont (Speed). Le film connaît un succès très mitigé.

LE CAS UWE BOLL : HOUSE OF THE DEAD (2003) ALONE IN THE DARK (2005) & BLOODRAYNE (2005)

En 2003, un nouveau réalisateur se fait remarquer sur la scène internationale en achetant toutes les licences de jeux vidéo possible afin de les adapter sur grand écran. Il s’agit de l’allemand Uwe Boll, qui profite du succès de son adaptation nullissime du jeu d’arcade House of the Dead (le joueur utilise un pistolet pour tirer sur des zombies à l’écran). Pour des raisons encore inexplicables, le film parvient donc à rapporter de l’argent et offre une crédibilité financière au réalisateur, qui enchaîne avec Alone in the Dark (un survival horror français antérieur à Resident Evil) et Bloodrayne, dans lequel le joueur incarnait une héroïne vampire. La liste est longue. 

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DOOM de Andrzej Bartkowiak : bande annonce

DOOM de Andrzej Bartkowiak (2005)

Déjà prévue au milieu des années 90 avec Sam Raimi derrière la caméra, l’adaptation de Doom, l’un des tous premiers FPS (soit First-Person Shooter, jeux de tir à la première personne), a longtemps été fantasmé. En 2005, c'est le cinéaste Andrzej Bartkowiak qui s'y colle avec The Rock. Mais si le jeu propose de l’action non stop, c’est loin d’être le cas avec le film qui reste surtout connu pour sa séquence finale, reporenant le style du jeu en proposant une fusillade en plan séquence, vue subjective à l’appui. 

DOA : DEAD OR ALIVE de Corey Yuen (2006)

Jeu de baston pas aussi populaire que Mortal Kombat ou Street Fighter, Dead or Alive se distingue par son côté sexy et volontairement populo qui lui a d’ailleurs valu un spin-off relativement vendeur, puisque les héroïnes dénudées du jeu y ont le droit de faire du beach volley dans des tenues suggestives. L’adaptation cinématographique, qui louche volontiers du côté de Charlie et ses drôles de dames pour le ton déconneur et polisson, n’hésite d’ailleurs pas à se référer à ce passage entre deux bastons chorégraphiées par le réalisateur Corey Yuen, spécialiste des arts martiaux qui aura dirigé entre autres Jet Li dans plusieurs de ses films. 

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SILENT HILL de Christophe Gans : bande annonce

SILENT HILL de Christophe Gans (2006)

Grand fan de jeux vidéo, Christophe Gans souhaite être le premier à offrir au cinéma l’adaptation à la fois fidèle et réussie. Son choix se porte alors sur Silent Hill, jeu d’horreur au rythme particulier et à l’imagerie très graphique, ce qui constitue un pari risqué, que le réalisateur du Pacte des loups ne réussit qu’à moitié. L’idée de faire le pont entre les deux médiums est particulièrement intéressante, mais la forme, stylisée et vénéneuse, prime sur le fond. 

MAX PAYNE de John Moore (2008)

Lorgnant plus du côté de Sin City pour son ambiance et dans l’usage d’un univers virtuellement modifié, Max Payne au cinéma s'engoufre dans un dédale de passages obligés. Ainsi, si la présence des fameux Bullet time était apparemment indispensable car élément intégrant du gameplay, le procédé souffre d’un regard externe puisque s’apparentant plus à un cliché et à un artifice mal employé qu’à un élément justifié.

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PRINCE OF PERSIA : bande annonce

PRINCE OF PERSIA de Mike Newell (2010)

Une heure. C'est le temps qu'il a fallu en 1985 à Jordan Mechner, le père de Prince of Persia, pour jeter les bases du scénario du jeu. Le soft nous plonge dans l'univers des milles et une nuits, où un prince acrobate et rebelle doit sauver une princesse des griffes d'un vizir diabolique. Son idée en tête, le jeune programmeur note dans son journal « c'est plus réaliste, plus complexe, plus humoristique que Karateka, c'est visuellement distinctif, et il n'a pas encore été utilisé dans le monde du jeu vidéo ». Commence alors un travail de longue haleine de quatre ans avec l'éditeur de son premier jeu Brøderbund. Il ne pense pas alors au succès que va avoir la saga du Prince de Perse. Mike Newell en tirera des années plus tard une adaptation un peu molle avec Jake Gyllenhaal baraqué. 

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La bande-annonce de Warcraft : le commencement de Duncan Jones

WARCRAFT de Duncan Jones (2016)

Après Silent Hill, Prince of Persia ou Hitman, Hollywood continue à éplucher méticuleusement la liste des jeux vidéo bankables. Parmi eux : Warcraft et ses millions d’adeptes à travers le globe. Annoncé en 2009, le projet d’adaptation de ce jeu de stratégie en temps réel devait au préalable passer entre les mains expertes de Sam Raimi avant que Duncan Jones ne s’en empare en 2013. Seulement voilà : si les aficionados de la première heure prennent un certain plaisir à retrouver les héros de leur passe-temps favori, ceux qui n’y connaissent rien font la moue. L'écueil redoutable et inévitable...

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