VIDÉOS - Audrey Dana : "Si j’étais un homme, je voudrais être une femme"

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INTERVIEW – Présenté en compétition jeudi lors du Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez, "Si j’étais un homme", le nouveau film de et avec Audrey Dana met en scène une jeune femme qui un matin se réveille avec un pénis entre les jambes. Pour LCI, elle revient, aux côtés d’Alice Belaïdi, sur la genèse de ce projet.

LCI : Le film a été présenté hier (jeudi) en compétition. Dans quel état étiez-vous à la fin de séance ?

Audrey Dana : Un bel état de trac parce que quand même, quand on y pense, on fait tout ça pour les gens. On a beau se dire "s’ils n’aiment pas, c’est pas grave", si, c’est grave. On a envie qu’ils aiment, on a fait ça pour eux, on a envie de les entendre se marrer. Ça part du salon avec cette envie de faire rire et de divertir. C’est comme un dépucelage (elle tire la langue, ndlr).

LCI : Vous réalisez le film mais vous en êtes également la scénariste. D’où vous est venue cette idée un peu folle ?

Audrey Dana : Soyons très honnêtes, nous les femmes, on s’est toutes posé la question, enfin peut-être pas toutes mais une grande grande majorité s’est dit : "Qu’est-ce que ça fait d’en avoir une ? Allez, j’aimerais bien savoir, cinq minutes, une heure, peut-être 24 heures". Et bien moi j’ai décidé de tirer le fil parce que j’ai la connerie et je voulais aller au bout de cette connerie-là en disant : "et si on le réalisait ce film ? Peut-être que ça assouvirait les interrogations de certaines femmes". Ensuite, j’y ai vu la possibilité de créer un film qui réconcilie un peu les femmes avec les hommes, les hommes avec les femmes, et l’opportunité surtout d’en rire ! Le monde va mal, très mal, donc trouver le matériau pour créer du divertissement, faire marrer et créer quelque chose de nouveau , bouger un peu les lignes tant qu’à faire. Ce n’était pas possible pour moi de ne pas y aller.

Franchement dans une autre vie, si on n’aimait pas autant les mecs, on aurait peut-être pu se péchoAlice Belaïdi sur Audrey Dana

LCI : Le film repose beaucoup sur le comique de gestes, notamment la manière dont Jeanne va se mouvoir. Avez-vous fait des recherches, discuté avec la gent masculine pour avoir ces gestes qui sont plus vrais que nature ?

Audrey Dana : Exactement, j’ai fait des entretiens. On a écrit à trois femmes et j’ai fait des entretiens avec plus d’une centaine d’hommes qui m’ont parlé de leur intimité. Ça a été génial, ça a beaucoup nourri le film. Je suis extrêmement reconnaissante de ce qu’ils ont fait pour moi. Je le dis à chaque interview parce que vraiment sans eux, il n’y avait pas de film. Et puis ça a été bouleversant de voir qu’à la fin de chaque entretien, les mecs me disaient merci parce que c’était la première fois qu’ils parlaient de ça avec quelqu’un. J’ai senti à quel point c’était libérateur pour eux. C’était très joyeux ce travail de recherche.

LCI : Alice, c’est la deuxième fois que vous tournez sous la direction d’Audrey. Est-ce que du coup quand on arrive sur le plateau, on est un peu moins stressé ?

Alice Belaïdi : Pas stressée du tout ! Pas de stress, une envie de bien faire. On a tourné dans la joie. Je sais qu’Audrey a une grande confiance en moi. Quand je me vois dans ses yeux, je me vois belle, je me sens désirée, je me sens aimée.

Audrey Dana : On dirait que je t’ai pécho !

Alice Belaïdi : Franchement dans une autre vie, si on n’aimait pas autant les mecs, on aurait peut-être pu se pécho.

Ce n’est pas vrai, Christian Clavier n’est pas dans le film. Je ne sais pas d’où vient cette rumeur, c’est quand même hallucinantAudrey Dana nous taquine

LCI : La scène où Marcelle (Alice Belaïdi) découvre que Jeanne a un pénis entre les jambes est hilarante. Comment s’est passé le tournage ? Beaucoup de fous rires ?

Alice Belaïdi : On a beaucoup ri mais après on a quand même été assez sérieuse avec Audrey. On a beaucoup bossé en amont, dont cette scène-là. On l’avait rebossée, réécrite, vraiment préparée. Du coup quand on est arrivé sur le plateau, on l’avait déjà, on savait exactement ce qu’il fallait qu’on fasse. Et puis Audrey était quand même très préparée parce qu’elle était derrière et devant la caméra avec un rôle de composition pas facile. Tout était calé. Après évidemment, on a ri mais on a surtout ri après et avant. Pendant les séquences, on était assez sérieuses. Mais quand je la voyais arriver maquillée et coiffée, déguisée comme elle était ou quand je la voyais ressortir quand on allait se changer dans la loge, là on se rendait compte de ce qu’on avait fait dans la journée.

Audrey Dana : Post scène, on se dit "ouhlala, qu’est-ce qu’il s’est passé ? On a intérêt à bien la monter la scène quand même parce que ouah..."

LCI : On a parlé des personnages féminins, il y a aussi des personnages masculins qui sont très forts dans le film dont Christian Clavier qui joue le gynéco complètement barré de Jeanne.

Audrey Dana : (Elle fait non du doigt) Ce n’est pas vrai, Christian Clavier n’est pas dans le film. Je ne sais pas d’où vient cette rumeur, c’est quand même hallucinant. Ils l’ont mis jusque sur l’affiche. N’importe quoi ! Et Antoine Gouy, il a fait une demi-journée de figuration, on arrête les conneries . Eric Elmosnino, je l’ai au téléphone une fois … C’est ridicule. Avec Alice, on fait tous les personnages.

Alice Belaïdi : On est un peu les Madame Doubtfire du film.

Audrey Dana : Plus sérieusement, ils sont là et surtout ils ont été supers, ils sont venus dans une aventure de filles. Alors en même temps, on ne nous dit pas nous qu’on est supers quand on vient dans les aventures de mecs, ce qui est quand même 95% du temps. Rappelons qu’on n’est que 3% de femmes réalisatrices dans le monde. Ils ont vraiment joué le jeu, c’était génial et c’était osé. Il fallait quand même avoir du courage pour venir prendre ces rôles-là dans ce film-là avec cette histoire-là, je les remercie aussi très chaleureusement de la confiance qu’ils m’ont faite. Et je crois que le film leur rend bien.

LCI : Si vous étiez un homme toutes les deux, que feriez-vous en premier ?

Alice Belaïdi : Moi c’est un basique : je pisserais debout.

Audrey Dana : Moi si j’étais un homme, la première chose que je ferais ce serait de voir quel plaisir pourrait me donner ce nouveau copain, ce petit compagnon entre les jambes. Et plus sérieusement si j’étais un homme, je voudrais être une femme. J’ai beaucoup réfléchi à la question et je suis très sincère en répondant ça.

Alice Belaïdi : Je crois que j’ai la même réponse que la dame.

Audrey Dana : Je me suis vraiment posée la question. Si j’étais un homme, je serais un homme, voilà.

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Le synopsis collectif de "Si j'étais un homme"

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Audrey Dana sur le festival de l'Alpe d'Huez : comment il l’a poussée à la réalisation

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