Audrey Tautou : "Eternité, on aimera ou on détestera"

CINÉMA

RENCONTRE - Réunies pour la première fois dans "Eternité" de Tran Anh Hung, adaptation du roman "L’élégance des veuves", Mélanie Laurent, Bérénice Béjo et Audrey Tautou nous parlent de cette ode contemplative et singulière à la vie.

LCI : Vous n’aviez jamais travaillé ensemble. Comment s’est passée cette rencontre ?

Audrey Tautou : Pour moi, très bien : je les ai très peu vues (rires). Comme dans le film je ne suis pas de la même génération qu’elles, j’avais très peu de scènes avec Mélanie et Bérénice. Mais je sais qu’elles se sont très bien entendues.

Mélanie Laurent : Nous avons eu beaucoup de facilité à jouer des amis avec Bérénice, Jérémie Rénier et Pierre Deladonchamps qui interprètent nos maris. Nous avons formé un quatuor qui a marché tout de suite.

Bérénice Bejo : C’est rare dans le cinéma français d’avoir un film avec trois comédiennes. Or, c’est important de permettre au spectateur de fantasmer sur les acteurs français. On est toujours content de voir dix stars américaines sur la même affiche. Pourquoi bouder notre plaisir en France ?

Audrey Tautou : Tu verras, si on ne fait pas une entrée, tu la ramèneras moins (rires).

LCI : C’est d’autant plus important que c’est un film singulier...

Audrey Tautou : Le scénario dans sa facture était très différent de ce qu’on a l’habitude de lire. C’est une histoire sans dialogues ou presque, avec cette voix off qui raconte ce long souvenir. Ayant vu L’odeur de la papaye verte et Cyclo, j’étais curieuse de voir ce que donnerait cette rencontre entre cette histoire si française et Tran Anh Hung, ce réalisateur à l’univers si particulier. Le film a une personnalité folle. C’est d’ailleurs rare d’avoir une proposition comme celle-ci. C’est une fois dans une vie.

LCI : Le film est très contemplatif. La proposition esthétique vous plaisait ?

Mélanie Laurent : Oui mais quand il filme les sentiments, Hung vous arrache le cœur. C’est ce qu’il y a de plus difficile. Ce sont des tableaux, certes, mais extrêmement vivants.

LCI : Lorsque l’on reçoit un tel scénario, sans dialogues, y a–t-il une forme d’appréhension?

Bérénice Bejo : C’est effectivement assez déroutant car chaque scène décrit un tableau. Mais il y avait le livre d’Alice Ferney sur lequel nous appuyer et Hung qui nous parlait. Il voulait raconter ce que pourrait être une vie. Cela dit, au début, je n’étais pas certaine de comprendre, ni même de vouloir faire le film que je n’ai vraiment découvert qu’à la projection : pendant le tournage, vous ne savez pas ce que ça va donner. Il faut accepter des règles de jeu très différentes.

LCI : Les thématiques abordées, la maternité et la transmission, vous ont-elles aussi touchées ?

Bérénice Bejo : Bien sûr. C’est un film poétique qui parle d’amour, des liens qui nous unissent les uns aux autres, de ce pourquoi nous sommes sur terre. Pour rester. Le film parle de l’éternel recommencement qu’est la vie, du fait que nous voulions tous qu’elle continue après nous. (...)

Audrey Tautou : Au-delà du raffinement, c’est aussi cette force de vie qui m’a le plus touchée. C’est un film unique, avec beaucoup de caractère. Il ne laissera personne indifférent : on l’aimera ou on le détestera. Mais, en tous cas, on n’aura jamais vu un film comme ça.

Mélanie Laurent : Moi, quand je l’ai vu, j’ai oublié qu’on était dedans malgré tout ce que nous avions vécu sur le tournage. Le film est allé chercher des choses très fortes en moi. Avec Eternité, je me suis dit que nous avions beaucoup de chance de faire du cinéma.

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