Avec "La Isla minima", l’Espagne tient son "True Detective"

Avec "La Isla minima", l’Espagne tient son "True Detective"

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COUP DE COEUR - Récompensé par 10 Goyas (équivalent espagnol de nos César), le thriller La Isla minima sort ce mercredi sur les écrans. Dans une Andalousie envoûtante, le réalisateur Alberto Rodriguez y relate une enquête policière abstraite et fantasmagorique.

Véritable phénomène critique et public en territoire ibérique, La isla minima a définitivement propulsé Alberto Rodriguez dans les très hautes sphères du cinéma européen. Après Les 7 vierges et Groupe d’Elite, l’intéressé plante avec maestria les griffes du polar dans les plaies encore béantes de l’Espagne post-franquiste. C’est dans une petite ville andalouse, aux paysages cinégéniques et désolés, que le réalisateur déploie son intrigue. Laquelle s’articule autour d’une enquête menée par deux flics pour retrouver, au cœur des années 1980, celui qui a sauvagement assassiné des adolescentes pendant les fêtes locales.

Contrairement à la grande majorité des polars, l’intérêt du long métrage en question ne réside absolument pas dans la découverte de l’identité du meurtrier. Cette donnée n’est qu’un lointain prétexte à une exploration, par le cinéma de genre, d’un pays en pleine déréliction. Le choix des lieux de tournage, évoquant clairement la moiteur asphyxiante et envoûtante du bayou de Louisiane, n’est d’ailleurs pas un hasard. La beauté sèche des panoramas andalous fusionne en effet à merveille avec le visage languide d’une population occupée à recompter ses démons.

En creux, les fantômes du franquisme

A condition de s’y perdre et d’accepter sa trame (pas si) conventionnelle, La isla minima porte l’empreinte d’un vrai choc formel. Il gagne en épaisseur et en majesté à mesure que le spectateur effleure avec terreur le fantôme du franquisme. Car, en filigrane, c’est bien de ça dont il s’agit : creuser dans cette période de traumatismes qui a produit des êtres mutiques, marqués, errant dans une terre de l’absurde, du secret et du silence.

Un no man’s land spectral chaperonné par des bâtisses menaçantes et des voitures aux allures de Christine. Au final, on en ressort avec cette (dés)agréable impression d’avoir fait un cauchemar fantasmatique, dans lequel dansent les ombres de True Detective, Truman Capote, Cormack McCarthy et Angel Heart.

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