VIDEO - Avec "Le 15h17 pour Paris", Clint Eastwood signe l’anti-film de superhéros parfait

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ON AIME – Dans "Le 15h17 pour Paris", Clint Eastwood reconstitue l’attaque du Thalys Amsterdam-Paris, en août 2015. Et dresse le portrait touchant de ses trois héros ordinaires, loin des canons prévisibles du film de genre.

A Hollywood, on a rarement peur d’embrasser l’actualité brûlante. Le légendaire Clint Eastwood encore moins que les autres, lui qui a enregistré le plus grand succès de sa (très) longue carrière en 2014 avec "American Sniper", le portrait du tireur d’élite Chris Kyle, assassiné par un vétéran de la guerre d’Irak quelques mois avant que le cinéaste porte sa vie à l’écran avec Bradley Cooper dans le rôle principal.

 

Deux ans après "Sully", qui racontait l’exploit du pilote de ligne qui posa son avion endommagé sans encombre sur le fleuve Hudson, en 2009, l’ex-Inspecteur Harry porte une nouvelle fois à l’écran une histoire vraie. Et qui nous concerne nous Français au plus haut point : l’attaque du Thalys Amsterdam-Paris, le 21 août 2015,  par un terroriste qui sera désarmé et maîtrisé par trois amis américains, dont deux militaires, en vacances en Europe.

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L’annonce du projet, au printemps 2017, a pu surprendre de ce côté de l’Atlantique. C’est oublier le succès aux Etats-Unis du livre des trois "héros", Spencer Stone, Anthony Sadler et Alek Skarlatos, relatant leur parcours des bancs de l’école jusqu’à leur jour de gloire. Trois garçons ordinaires auxquels Clint Easwood a proposé de jouer leur propre rôle. Un pari risqué, aucun n’étant comédien. Mais qui contribue à l’authenticité d’un film qui n’a rien, mais alors rien d’un thriller militaire, encore moins d’un blockbuster survolté comme il en sort toutes les semaines.

 

Passée la scène d’ouverture, au cours de laquelle le terroriste monte à bord, en gare de Bruxelles, "Le 15h17 pour Paris" raconte, à coups de flashbacks, le destin presque banal du trio. Enfants de parents divorcés, le taciturne Spencer et le remuant Alek grandissent dans une banlieue californienne sans histoire. Ils font la connaissance du (très) bavard Anthony dans le bureau du proviseur de leur école religieuse… et ne vont jamais se perdre de vue jusqu’à ce fameux voyage qui a scellé leur destin.

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Si le film séduit, c’est parce qu’il s’emploie à casser les idées reçues sur ses protagonistes. Américains, d’accord. Mais pas spécialement doués, un peu chanceux, sinon guidés par leur bonne étoile. Spencer Stone, le personnage central de l’intrigue, le plus attachant aussi, en est l’illustration parfaite. Devenu infirmier militaire par défaut, moqué par ses camarades à cause de son physique de grand lourdaud, mais pas revanchard pour autant, il lui a fallu une dose égale de courage et d’inconscience pour prendre la décision qui a certainement sauvé des centaines de vie.

En s’épargnant un suspense inutile, "Le 15h17" prend le risque de dérouter une partie des spectateurs. Si la reconstitution de l’attaque est minutieuse, précise jusque dans les détails les plus anodins, le film d’Eastwood est d’abord un drame intimiste qui questionne la notion d'héroïsme. Et renvoie le public à ses propres interrogations. Qu’aurions-nous fait à la place des trois amis ? Auriez-nous fui ? Aurions-nous commis un geste inconsidéré ? La malice du cinéaste est de nous faire comprendre qu’il n’y a pas de profil type du sauveur. Et que chacun d’entre nous est, au fond, responsable de son propre destin.

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