Beaune 2014 - François Berléand : "On ne sait plus faire de films policiers en France"

Beaune 2014 - François Berléand : "On ne sait plus faire de films policiers en France"

DirectLCI
INTERVIEW - François Berléand est membre du jury à l'occasion du 6ème Festival International du Film Policier de Beaune. Avec son humour pince-sans-rire et son franc-parler, l'intéressé a répondu à l'interrogatoire de Metronews.

Comment ça se passe au sein du jury ?
Super bien. J'avais déjà fait un court métrage avec Cédric Klapisch ( président du jury cette année , ndlr). Je connais bien Marc Lavoine, Anne Parillaud aussi. J'avais par le passé travaillé avec Marie Gillain. Les seuls que je ne connaissais pas sont Pio Marmaï et Fanny Valette. Mais ils sont adorables, ils aiment bien les vieux. Ils ne me tapent pas... (rires). C'est un jury très simple. Personne ne se la ramène.

Avez-vous du mal à juger le travail des autres ?
Ce qui me met mal à l'aise, c'est quand beaucoup de films me plaisent. Et qu'il est difficile de choisir. (Réflexion) Je suis entier : soit j'aime, soit j'aime pas. J'ai souvent été président de jury et je pars du principe suivant : l'oeuvre qui se détache est celle que j'ai envie de conseiller à mon meilleur pote. C'est ça un film réussi. Quand on veut justement le faire découvrir à tout prix en envoyant les gens le voir.

"J'aime les films de braquage intelligents"

Quel est votre film policier préféré ?
Je n'en sais rien. C'est dur. En règle générale, j'aime les films de braquage intelligents (Il grignote quelques cacahuètes au sucre puis poursuit). Mon film préféré, c'est Le samouraï de Jean-Pierre Melville. Je peux me le passer en boucle. J'adore aussi Mélodie en sous-sol de Henri Verneuil. Ascenseur pour l'échafaud, c'est quelque chose aussi. Louis Malle n'a fait qu'un seul polar mais quel polar !

Qu'est-ce qui vous séduit dans le genre ?
Les acteurs n'y sont jamais dans le pathos. On est dans un jeu très sobre où il n'y a pas d'affect. Même avec les dialogues rigolos de Michel Audiard, vous avez toujours une rigidité du visage que je trouve formidable. Vous trouverez rarement un mec qui grimace. Revoyez Garde à vue, vous verrez. Lino Ventura, c'est un roc dedans.

"On fait tout pour la ménagère de moins de 50 ans"

A l'opposé, qu'est-ce qui peut très vite vous agacer ?
La longueur... Quand tout a coup il y a des effets de scénario énormes, avec l'invention de situations farfelues visant à faire rebondir l'affaire. Dans le polar, il faut aller à l'essentiel avec simplicité et faire appel à l'intelligence du public. Aujourd'hui, en France, on ne sait plus faire ce genre de film. Alors qu'avant, les grands maîtres du polar étaient français. C'était notre spécialité. Quand vous discutez avec les metteurs en scène américains, ils citent d'ailleurs souvent Melville comme exemple. Des années 1950 à 1980, il n'y avait pas la télé. Et je crois que c'est elle qui a tué le genre. Les ¾ des séries françaises se déroulent au sein de la police.

Comment justifiez-vous ce déclin ?
Les chefs des chaînes de télévision ne veulent pas de films trop noirs. Du coup, ils décident pour des spectateurs qu'ils ne connaissent pas mais qu'ils font semblant de connaître. Ils disent : "Non, ça c'est pas bon pour mon public". Ce à quoi je réponds : "Ah bon ? Mais vous le connaissez personnellement votre public ?". Regardez les Américains ou les Anglais, ils vont loin alors que nous, ici, on fait tout pour la ménagère de moins de 50 ans... ou 40 ans... Ce n'est plus du cinéma, c'est de la pub. Et c'est insupportable. J'ai plein de films qui n'ont pas été faits parce qu'ils étaient trop noirs. Et je n'avais pas envie de faire dans le gris.

Quel policier auriez-vous rêvé d'incarner ?
Marlowe, à l'américaine. C'est lui qui me fait vibrer. Il a toujours été interprété par des acteurs incroyables, dont Robert Mitchum. J'étais gamin, j'avais autour de 12 ans et ça me fascinait de voir ces mecs bourrés, avec leur verre de whisky, leur cigarette...

Plus d'articles

Lire et commenter