Beaune 2014 - Le cinéma policier vu par l'ex flic Danielle Thiéry

Beaune 2014 - Le cinéma policier vu par l'ex flic Danielle Thiéry

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TEMOIGNAGE - Depuis la création du Festival International du Film Policier de Beaune, Danielle Thiéry préside avec passion le jury spécial police. Commissaire divisionnaire honoraire de la police nationale, elle a écrit une vingtaine de romans, dont le dernier, Echanges, vient de paraître chez Versilio. Pour Metronews, l'intéressée nous offre son regard sur le cinéma policier.

Comment aborde-t-on un film policier quand on a passé sa vie à exercer ce métier ?
Vous savez, ce n'est pas parce qu'on est docteur qu'on va systématiquement pointer du doigt les erreurs médicales dans un film. C'est pareil pour nous, les policiers. S'il le résultat est bien exécuté, on peut lui pardonner quelques grossières erreurs. Cela dit, ça arrive moins maintenant car les réalisateurs ont tendance à se renseigner. Ils cherchent à créer une ambiance crédible et, pour cela, ils passent du temps dans les services de police, fréquentent des flics afin de ne pas faire d'erreurs aussi élémentaires que les grades par exemple. Il arrive d'ailleurs souvent que des cinéastes m'appellent pour me demander mon avis sur certaines scènes.

Quels sont les films qui ont trouvé grâce à vos yeux ?
Oh, c'est éclectique. Je peux trouver un plaisir ineffable devant Les tontons flingueurs, que j'ai vu dix ou douze fois. J'adore La balance, L.627, Le petit lieutenant, Garde à vue ou Contre enquête... et plein d'autres. 36, quai des orfèvres est réaliste par certains aspects et moins par d'autres. (Réflexion) L'essentiel, c'est d'entrer dans le long métrage sans s'ennuyer ni tomber sur d'énormes incohérences. J'ai besoin d'être emportée dès la première seconde et que ça fonctionne sur moi comme un page turner en littérature.

"On tire moins de coup de feux qu'eux"

Quelles sont les erreurs récurrentes que vous retrouvez souvent ?
Ce qui nous éloigne d'emblée de la réalité, c'est qu'il y a toujours un héros dans un film comme dans une série télévisée. Ce n'est pas le cas dans la vie. Le concept du genre veut ça mais c'est une antinomie. On fonctionne toujours en groupe, en équipe. D'autre part, on trouve souvent des personnages multi-cartes, capable de faire plein de choses différentes, alors que dans notre métier, on est toujours très spécialisés. Les enquêtes sont souvent bouclées en 1h30 sans que l'on voit le nombre de contraintes procédurales avec lesquelles il faut composer. Tenez... Mettre quelqu'un sur écoute, ce n'est pas seulement une prise mâle branchée à une prise femelle (rires). Il y a des démarches derrière. La présence des avocats passent souvent inaperçue avec qu'ils sont systématiquement là lors des gardes à vue, des interrogatoires... On oublie par ailleurs souvent de dire que les magistrats sont les patrons de l'enquête.

Et dans la gestuelle du policier à l'écran, qu'est-ce qui peut clocher ?
On tire moins de coups de feux qu'eux (rires). Très fréquemment au cinéma, il y a plein de gens dans les commissariats. Des personnes qui circulent, qui parlent, des dossiers à la main, qui s'agitent alors que le vrai boulot se situe à l'extérieur. Si vous passez dans un commissariat un jour de semaine, vous ne trouverez qu'une poignée d'individus. Mais apparemment, le public a un mauvais ressenti quand il voit les locaux vides.

Comment la police a-t-elle évolué depuis vos débuts ?
Avant, c'était l'époque de la loupe et du pendule, le temps où on faisait prévaloir l'intuition, le nez, le pif, le flic à l'ancienne quoi... On avait de vieilles machines à écrire. La plupart avait perdu des touches qu'on remplaçait par des bouchons. On avait des voitures à bout de souffle et pas d'essence à mettre dedans. On disposait de moyens de transmission nuls. Pas de portable. On avait parfois un téléphone pour 3 ou 4, on se battait pour y accéder et il fallait passer par un standard. La police a beaucoup évolué avec la pression de la rue. C'est comme ça qu'on progresse. On a fait des avancées grâce à des tueurs en série qui ont défrayé la chronique. A la fin des années 80, les choses ont changé avec l'arrivée de la police technique et scientifique, qui est devenue un support important de l'enquête. Mais malgré les progrès, rien ne replace l'humain.
 

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