Beaune 2016 : Donald Trump, le Moyen-Orient, Batman... Brian de Palma fait son état des lieux !

CINÉMA
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TEMOIGNAGE - "Scarface", "Carrie", "Les Incorruptibles", "Blow Up"… Nul doute qu’avec une filmographie aussi vertigineuse, Brian de Palma méritait bien l’hommage qui lui sera rendu vendredi soir, à l’occasion du 8ème Festival International du Film Policier de Beaune. Le cinéaste culte, rare en interview, s’est prêté à un état des lieux du monde actuel.

A l’extérieur : un jardin où la foisonnante verdure s’épanouit sous un ciel triste. Un peu comme comme le visage de Brian de Palma qui nous reçoit à l’abri du vent frais, dans les salons d’un magnifique hôtel de caractère, à 3km de Beaune. Laconique, le maestro répond aux questions le regard dans le vague, presque nostalgique d’une époque révolue.

Celle des seventies et du début des eighties où, porté par des succès comme Phantom of the Paradise, Carrie, Blow Out ou Scarface, il refaisait le monde avec Coppola ou Scorsese. Une parenthèse enchantée où "les jeunes gens aspiraient à devenir des rocks stars ou des cinéastes et non pas les nouveaux Steve Jobs". 

Il est copain avec la nouvelle génération

"Cette fraternité et les discussions cinéphiliques qui en naissaient me manquent", admet-il d’emblée. "Pour renouer avec cet esprit-là, j’ai formé une petite bande. Je dîne en effet une fois par semaine, à New York, en compagnie de jeunes cinéastes talentueux tels que Wes Anderson, Noah Baumbach ou Jake Paltrow". C’est ensemble que ces cinéphages se font d’ailleurs des toiles.

Mieux : ils se refilent régulièrement leurs scénarii et n’hésitent jamais à se critiquer les uns les autres, quand il le faut. Ainsi va de Palma, se nourrissant des rencontres et oeuvrant sans précipitation. Depuis Passion, son dernier film sorti en 2012, il prend son temps et affirme sans sourciller son détachement de la sphère hollywoodienne, amorcé il y a 16 ans avec Mission to Mars.

"Je veux raconter des histoires visuelles"

"Franchement, ce monde d'Hollywood, animé par les suites (la saga Mission : Impossible, dont il a réalisé le premier film, compte 5 volets) et les comics, m'est complètement égal. Batman, Superman et consort sont devenus des marques déclinées à l’infini. Ces personnages ne m’intéressaient pas à 13 ans. Alors je ne vous dis pas aujourd’hui", murmure-t-il, un petit sourire au visage.

Ce qui intéresse le réalisateur culte, comme au tout premier jour, ce sont plutôt les images et leur construction. Il confesse à cet effet qu’il a toujours utilisé le genre policier pour raconter des histoires visuelles. "Tenez : les séries, aussi bonnes soient-elles, ne sont pas du cinéma et ne se résument qu'à un simple narrateur bavard qui réduit l’histoire à un petit écran." Et v’lan !

Poursuivant sur sa lancée, il crie volontiers haro sur les "terribles" méfaits de la télé-réalité et des séquences fabriquées. Cette obsession de la transfiguration de l’image a d’ailleurs forgé son amour pour les plans-séquences, qui compose une de ses signatures artistiques, une manière de "créer vrai".

"Vous connaissez Survivor ? (l’équivalent américain de Koh Lanta, ndlr)", demande-t-il. "Qui peut croire une seule seconde que ces mecs sont livrés à eux-mêmes alors que le moindre de leur murmure sous les herbes est capté par une imposante équipe technique ?" Un constat implacable qui l’emmène piano piano à commenter l’ascension hallucinante de Donald Trump, dont il est un fervent opposant, dans les hautes sphères politiques.

"Quand des gens sont prêts à se faire péter pour en tuer d’autres, il n’y a aucune défense possible"

"Cet homme cristallise la malédiction de la télé-réalité", soutient-il fermement. "Il sait comment manipuler à son avantage les médias et les images… Bien mieux encore que n’importe quelle autre figure politique. Il connait les règles, sait nourrir le fil de l’info et faire parler de lui tous les jours. Quelles économies en termes de budget publicitaire !".

Autre sujet d’actualité qu’il a accepté d’évoquer : celui de la chaotique situation au Moyen-Orient. Souvenez-vous : en 2007, avec Redacted, il racontait l’enfer et l’absurdité du conflit en Irak. Alors, quand on lui demande si la tournure qu’a prise cette partie du monde le surprend, avec la fulgurante montée en puissance du terrorisme, sa réponse est claire. 

Smartphones et réseaux sociaux ? Il déteste !

"Rien ne m’étonne ! Et les Français le savent mieux que quiconque. Quand on se met à occuper des pays arabes, qu’est-ce qui se passe ? Des explosions en Occident, dans nos avenues. Quoi faire ? Arrêter d’essayer de contrôler ces régions comme on tente de le faire depuis des décennies." Et d’ajouter, avec pessimisme : "Quand des gens sont prêts à se faire péter pour en tuer d’autres, il n’y a aucune défense possible."

Alors, pour combattre l’obscurantisme et toutes ces choses qu’il exècre au quotidien, comme l’usage intempestif des smartphones ou les réseaux sociaux, de Palma continue à écrire, à penser des histoires, dans son coin, discrètement. Son prochain projet ? Lights Out : un thriller centré sur une jeune Chinoise dont le père est mêlé à une opération secrète de la CIA. On a hâte de voir ça ! 

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