Beaune 2016 - Sandrine Bonnaire : "On peut tout montrer à condition qu’il y ait une morale"

Beaune 2016 - Sandrine Bonnaire : "On peut tout montrer à condition qu’il y ait une morale"

INTERVIEW - Deux César, un prix d’interprétation à Venise, un nom célébré par les cinéphiles du monde entier… Elle a tourné pour Claude Chabrol, Agnès Varda ou Maurice Pialat. A l’aube de la cinquantaine, la magnifique actrice et réalisatrice Sandrine Bonnaire joue les présidentes de jury au Festival du Film Policier de Beaune. metronews lui a fait passé un interrogatoire. Déposition.

Vous avez présidé en 2012 le jury du Festival de Deauville. Cette année, vous renouvelez l’expérience à Beaune. Qu’est-ce qui vous séduit tant dans cet exercice ?
J’adore ça. Ce type de manifestation permet de découvrir des films qu’on n’a pas toujours l’occasion de voir : soit parce qu’ils ne possèdent pas encore de distributeurs, soit parce qu’on ne trouve pas toujours le temps d’aller à leur rencontre. Sans en être une grande spécialiste, j’apprécie beaucoup le cinéma policier, surtout les oeuvres de la veine du Deuxième Souffle de Jean-Pierre Melville. Ici, à Beaune, les longs métrages présentés m’intéressent et m’interpellent dans leur façon d’emprunter les codes du genre pour aborder des thèmes sérieux. Tout ne se résume pas à une histoire de flic qui tire sur un méchant.

Bruno Barde, le directeur du festival, dit que vous avez de la force dans la douceur. Est-ce ainsi que vous comptez diriger vos jurés ?
(sourire) Je n’ai pas de plan précis. Je veux juste que ce jury, que j’adore et qui se trouve être très cinéphile, se réunisse à deux reprises et soit animé par de vraies discussions. (Un serveur l’interrompt pour lui servir un verre de Chablis 1er cru Les Vaillons 2012, sélection Bernard Loiseau).

Que recherchez-vous chez le potentiel lauréat du Grand Prix ?
J’attends une émotion pure, une mise en scène forte, qu’elle soit pointue ou non, un sujet tenu de bout en bout… Je veux réagir comme une spectatrice. Le film qui m’emballera le plus d’un point de vue émotionnel, sans que j’aie à me poser trop de questions, l’emportera. Finalement, le critère est de se dire : il n’y a rien à juger, rien à analyser… Notre désir est de mettre en lumière une oeuvre et de l’accompagner. 

En plus d’être actrice, vous réalisez. En quoi cela peut-il être utile dans cette tâche qui vous incombe ?
Je pense que réaliser aide. Avoir été comédienne depuis trente ans, aussi. J’ai eu la chance de travailler avec de grands noms du cinéma. Cela a aiguisé mon regard, m’a cultivée. J’arrive à percevoir qui est bon metteur en scène et qui ne l’est pas.

"J’ai toujours été sensible à la violence."

Qu’est-ce qui a changé dans le genre depuis que vous avez tourné pour Maurice Pialat dans Police en 1985 ?
Je suis assez partagée par l’usage que certains font du support, de la caméra. Il y a des certains metteurs en scène qui l’utilisent correctement et d’autres qui ne font que des films d’images. C’est ce que je regrette pour une partie de la production actuelle. (Réflexion) Je pense qu’on peut tout montrer à condition qu’il y ait une morale, sans moralisme. Le cinéma et l’art constituent une formidable contribution à notre monde. C’est quelque chose de politique, qui rassemble, qui influence dans le bon comme dans le mauvais sens. Raison pour laquelle il faut faire très attention à ce qu’on raconte, aux images qu’on donne et aux messages qu’on véhicule.

Justement… Avec les attaques terroristes du 13 novembre et celles qui enténèbrent la planète, notre perception des scènes de fusillade a été considérablement altérée… 
C’est sûr. (Réflexion) J’ai toujours été sensible à la violence. Et je continue à l’être contrairement aux jeunes qui le sont de moins en moins. A leurs yeux, elle se banalise, notamment à cause des jeux vidéo. Les enfants sont conditionnés dès leur plus jeune âge dans tous ces jeux suspicieux. La violence vient de partout : des images, des magouilles étatiques, des intérêts économiques, des trafics d’armes… C’est un long débat. En règle générale, les sujets ne me font pas peur, c’est la forme qui compte. 

Auriez-vous pu être flic dans une autre vie ?
Je n’y ai jamais pensé pour tout vous dire. J’ai endossé le rôle de policière une seule fois dans ma carrière pour les besoins de la fiction Rouge Sang de Xavier Durringer (diffusée en novembre 2014 sur France 2, ndlr). En tout cas, heureusement que les flics sont là. J’ai du respect pour ce métier courageux quand il est bien fait mais pas quand il engendre des abus de pouvoir. L’autorité doit être menée sainement. 

"Je peux m’essouffler en tant qu’actrice."

Le Festival de Beaune rend hommage samedi soir à Brian de Palma. Vous avez fait une brève apparition dans son film Femme Fatale. Que représente-t-il pour vous ?
C’est un très grand cinéaste. Il est... waouh (rires) ! J’ai un souvenir fort de Scarface. Je l’ai vu ado. J’en suis sortie toute tremblante. J’ai eu du mal à le regarder et ne l’ai d’ailleurs pas revu depuis.

Vous tournez avec beaucoup de parcimonie. Pourquoi ?
Je vais vraiment vers les choses qui m’intéressent. Comme je réalise aussi, je prends du temps pour mes propres films. Vous savez, je ne me sens pas la nécessité de tourner absolument tout le temps. Je peux m’essouffler en tant qu’actrice. Ce métier d’actrice m’intéresse mais pas tout le temps.

Où trouvez-vous refuge dans ces moments de ras-le-bol ?
Dans la vie, dans le plaisir -entre guillemets- de ne rien faire… Dans le fait de ne pas être en contact avec le monde du cinéma… Je trouve une plénitude auprès des amis, dans les voyages, le sport, la cuisine et le bricolage aussi (éclat de rire)…

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