"Bethléem" : un brûlot politique qui risque de froisser les susceptibilités

"Bethléem" : un brûlot politique qui risque de froisser les susceptibilités

CINÉMA
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SORTIE - Ce mercredi sort en salles le drame "Bethléem" de l'israélien Yuval Adler. On y suit le parcours tourmenté d'un jeune palestinien employé comme indic par les services secrets de l'Etat Juif.

Difficile de réaliser un long métrage sur le conflit israélo-palestinien sans heurter les uns ou les autres. Bethléem, le premier film du cinéaste Yuval Adler, n'échappe pas à ce constat. Pourtant récompensé par 6 Ophirs, l'équivalent des César dans l'Etat Juif, ce brûlot divise fortement. Malgré un très bel accueil du public et un succès en salles, son positionnement politique fait grincer des dents. A commencer par celles du célèbre journaliste Gideon Levy, du quotidien Haaretz, qui trouve que le récit en question fait la propagande d'Israël et donne le mauvais rôle aux arabes.

Dilemmes en tous genres

Bethléem tisse son intrigue autour du personnage de Sanfur, un jeune palestinien qui n'existe pas, ou peu, aux yeux du père. Un géniteur qui lui préfère le courage de son aîné, un terroriste influent qui lutte pour la survie de son peuple. A la maison comme à l'extérieur, c'est ce courageux guerrier qui reçoit les lauriers. L'affection, Sanfur la trouve auprès de Razi, un agent des services secrets israéliens qui l'utilise en qualité d'espion.

Comment rester loyal envers son frère sans jamais mentir à ses employeurs ? Tel est le dilemme, plutôt passionnant, que vit le jeune héros. Dans une terre à feu et à sang, où les groupes religieux se cannibalisent, Sanfur cristallise à lui seul tous les tourments, les ironies et les bêtises d'un conflit infernal. Certes, on aurait davantage aimé croire à la complicité salutaire qu'il noue avec l'agent secret israélien. Mais le sous-texte, tendancieux, plombe quelque peu l'émotion qu'aurait pu/du véhiculer cette belle relation d'amitié.

Où est la nuance ?

Au-delà de sa mise en scène de qualité et de ses acteurs amateurs de premier choix, Adler présente ici le peuple palestinien comme un groupe incapable de trouver sa voie et de s'en sortir. S'il revendique une neutralité dans le traitement des faits, les palestiniens qu'il filme sont souvent assimilés, comme le regrette Gideon Levy, à des "bad guys" de service. Il manque à Bethléem l'éclairante nuance qui a fait le succès de merveilles telles que Valse avec Bachir, Ajami ou Jaffa. Des œuvres qui ont su mettre équitablement les deux camps face à leurs responsabilités.

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