"Bienvenue au Gondwana" : "J’avais le rire magnifique et cristallin d’Omar Sy derrière moi pendant la projection"

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FESTIVAL DE L'ALPE D'HUEZ - L'humoriste nigérien Mamane a présenté, mercredi en compétition, son premier long-métrage en tant que réalisateur en compagnie de deux de ses acteurs, les deux Antoine, Gouy et Duléry. Quelques heures après la présentation du film au jury, présidé par Omar Sy, ils sont revenus pour LCI sur cette comédie politico-sociale pas comme les autres.

LCI : Que raconte donc cette fable moderne qu'est "Bienvenue au Gondwana" ? Vous avez le droit à une intervention chacun.

Antoine Gouy : En République très très démocratique du Gondwana, Président-fondateur veut se présenter pour un troisième mandat contre la Constitution.

Mamane : Et comme dans toute élection en Afrique, il faut qu’il y ait la validation de la communauté internationale. On envoie donc une mission pour valider cela. Une mission dirigée par…

Antoine Duléry : Monsieur Delaville, que j’interprète. Il va surtout se préoccuper de vendre ses asperges blanches de Saint Albouy plutôt que de s’occuper de la communauté internationale. Voilà l’histoire. Mais avant toute chose, c’est une comédie très drôle dans laquelle nous sommes entourés de deux acteurs africains extraordinaires.

LCI : De qui s’agit-il ?

Antoine Duléry : Digbeu Cravatte et Michel Gohou. Ils amènent un pittoresque extraordinaire dans ce film qui contient des scènes très absurdes. C’est complètement déconnant et totalement l’humour de Mamane.

Mamane : Michel Gohou, par exemple, a un million de fans sur Facebook. Idem pour Digbeu Cravatte. Ils font partie de ces humoristes qui ne sont pas d’un seul pays. Ils sont Ivoiriens tous les deux mais ils appartiennent à toute l’Afrique. A tous les pays africains mais aussi à tous les Africains de la diaspora. Ce sont des gens qui, quand ils sortent à Château-Rouge ou à Barbès à Paris, provoquent l’émeute. Ils sont adorés par toutes les générations. C’est un bonheur pour moi de travailler avec eux.

LCI : Ça a été facile de les convaincre de participer au film ?

Mamane : Ce sont des amis, on travaille ensemble depuis six ans. On fait des spectacles ensemble, des séries télé ensemble. D’ailleurs, ils sont devenus amis avec les deux Antoine. C’est la beauté de ce film qui fait se rencontrer des Français et des Africains, on réalise qu’on est les mêmes. Ce sont les Etats qui mettent les gens les uns contre les autres, mais les peuples n’attendent pas le " ok" pour se tendre la main...

Antoine Gouy : ...pour échanger les cultures.

LCI : Vous parliez du million de fans sur Facebook. Il y a une autre page qui a quand même plus de 220.000 fans, c’est celle de la République très très démocratique du Gondwana. Que pouvez-vous nous dire de ce pays ?

Mamane : C’est un pays situé à l’ouest de n’importe où et au sud d’où tu veux. Il est situé en Afrique, en gros. Pour redevenir sérieux, je fais des chroniques sur RFI - plus de 45 millions d’auditeurs dans le monde tous les jours – et on m’a demandé de faire une chronique sur l’actualité africaine. L’Afrique ce n’est pas un pays, c’est un continent. Il y a 54 pays. Donc je ne peux pas stigmatiser, choisir. J’ai pris le Gondwana qui regroupe d’un côté tous les défauts des pays africains. Je ne donne pas de nom. Le président s’appelle Président-fondateur, le pays le Gondwana. Mais il suffit que je prenne un trait de ce qu’il s’est passé par exemple en Côte d’Ivoire pour que les gens reconnaissent et sachent que je parle de la Côte d’Ivoire sans le dire. C’est l’humour qui fait appel à l’intelligence des gens sans stigmatiser, sans blesser. Pas d’attaque ad hominem, c’est juste l’ironie par le respect.

C’est une arme avec laquelle on peut tout dire sans blesser celui qui écoute et sans blesser l’objet de cet humour-là. Mamane sur l'humour

LCI : La Côte d’Ivoire, c’est là où vous avez tourné une partie du film.

Mamane : On y a tourné avec le soutien de l’Etat ivoirien qui nous a donné carte blanche. On a eu accès à un palais présidentiel, on a eu droit à des véhicules militaires, des policiers qui nous suivaient partout. On dit "l’Afrique" mais tous les pays ne sont pas dictatoriaux. Il y en a où il y a la liberté d’expression et ce sont eux qui veulent entraîner les autres en disant : "vous voyez, on a financé ce film-là, on veut que ce soit comme ça en Côte d’Ivoire et dans les autres pays".

Antoine Gouy : C’est vrai que le fait que Mamane soit diffusé dans toute l’Afrique fait qu’il rend sa parole à un peuple qui dans certaines républiques très très démocratiques – toute ressemblance serait purement fortuite – est baillonné et n’a plus sa liberté d’expression. L’univers de Mamane, le Gondwana pour eux, c’est une sorte de soupape, une bulle d’air, de rire, de légèreté, d’ironie sur la vie qui leur fait un bien fou.

LCI : L’humour, c’est l’ultime arme de résistance ?

Antoine Gouy : Franchement, une bonne épée aussi.

Mamane : Une bonne épée, une bombe atomique, une mine anti-personnelle. C’est une arme avec laquelle on peut tout dire sans blesser celui qui écoute et sans blesser l’objet de cet humour-là. Ce qui passe, ce n’est pas de la moquerie. Comme dit Antoine Duléry, on ne ricane pas. Aujourd’hui, l’humour c’est se moquer, faire des vannes. Alors que la vie est sérieuse.

Antoine Gouy : On a le droit d’en rire, justement. Ce film est témoin de tout ce qui peut se passer politiquement et dans les relations de la Françafrique qui sont des fois dérisoires et très drôles. Risibles surtout.

Antoine Duléry : Et comme disait Gérard Oury : "Il est poli d’être gai". C’est beaucoup plus dur d’être léger que d’être grave, on le sait tous, et c’est pour ça que c’est formidable que ce festival existe. Il rend enfin hommage à cet art magnifique qui est la comédie, le plus difficile. Faire rire en parlant de choses sérieuses, comme le fait Mamane, c’est l’art suprême. La Fontaine faisait déjà ça il y a bien longtemps avec ses fables.

J’ai été saluer, un par un, d’une façon extrêmement faux derche, le jury en disant que je l’adoraisAntoine Duléry lors de la projection mercredi matin

LCI : A l’issue de chaque projection à l’Alpe d’Huez, le public vote pour son film préféré en compétition. Doit-on envoyer une mission pour vérifier que le décompte est correct ?

Antoine Duléry : Ce serait bien !

Antoine Gouy : Elle travaille déjà !

Antoine Duléry : Vous savez ce que j’ai fait ce matin quand on a présenté le film ? J’ai fait ma petite délégation à moi tout seul. J’ai été saluer, un par un, d’une façon extrêmement faux derche, le jury en disant que je l’adorais. J’ai fait vraiment le faux cul.

Antoine Gouy : Tu es en train de dire que tu ne le pensais pas ?

Antoine Duléry : Non, pas du tout. Je n’ai aucun respect pour ce jury. Il ne me manquait plus que mes asperges. D’après ce que j’ai entendu, le film a été très bien reçu. J’avais le rire magnifique et cristallin d’Omar Sy derrière moi, président, qui je crois a fait beaucoup de bien à nous tous, en particulier à son collègue Mamane.

Mamane : C’est l’honneur de ce festival de comédie de recevoir un film qui n’entre pas dans ce carcan de la comédie qu’on nous formate. La comédie est multiple et variée. On a besoin de tout. Un jardin fleuri est beau quand les fleurs sont de différentes couleurs. Le Festival de comédie de l’Alpe d’Huez doit être ça, la comédie c’est ça. Il y a le burlesque, le muet…

Antoine Gouy : ... les comédies d’horreur, politiques, sentimentales. Le Gondwana, je ne sais pas… Ce serait une comédie satirique et sociale, politique, humaine.

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"Bienvenue au Gondwana" : quand Antoine Gouy, Antoine Duléryy et Mamane résument le film

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