Bruno Podalydès : "Ce ne sont pas les Bretons qui rejettent Bécassine !"

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ON AIME - Avec "Bécassine !", en salle ce mercredi, le réalisateur Bruno Podalydès adapte à sa manière drôle et poétique, les aventures de la célèbre héroïne de papier. N'en déplaise à certains...

Il était une fois Bécassine. Une héroïne rigolote, née du crayon du dessinateur Joseph Pinchon, pionnier de la ligne claire, pour illustrer les histoires de l’écrivain Jacqueline Rivière, en 1904. D’abord dans une revue pour filles, La semaine de Suzette, puis dans une série d’albums qui seront publiés jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Ce personnage de servante bretonne, à la fois gaffeuse et poétique, inspire aujourd’hui le film de Bruno Podalydès, le réalisateur de comédies décalées comme "Le Mystère de la chambre jaune", "Adieu Berthe" ou "Comme un avion". C’est la deuxième adaptation de ses aventures, après le film de 1940 avec Paulette Dubost. Et depuis la célèbre chanson de Chantal Goya…


"Bécassine fait partie du paysage de l’enfance. Mais je ne garde aucun souvenir d’une lecture assidue d’un album en particulier", avoue Bruno Podalydès. "C’est plutôt un compagnon quand on est petit, comme Oui-Oui ou Oum le dauphin. Un personnage familier, avec quelque chose d’un peu étrange et mystérieux. Visuellement, c’est un peu comme Tintin : une figure conceptuelle très graphique. Deux petits points, une tête. On y projette ce qu’on veut en fait. Il y a une grande liberté du lecteur comme moi j’ai eu une grande liberté pour écrire un scénario original. J’ai laissé voguer mes souvenirs de petit garçon car c’est d’abord aux enfants que je veux m’adresser."

On a cherché des gestes, des postures. Il fallait aller dans l’outrance sans jamais tomber dans la caricatureBruno Podalydès

Dans le film de 2018, Bécassine quitte son village pour monter à la capitale, vêtue de sa célèbre robe verte et de sa coiffe traditionnelle, un baluchon sur l’épaule. Sur la route, elle tombe sur la marquise de Grand-Air (Karin Viard), à la recherche d’une nouvelle nourrice pour Loulotte, sa fille adoptive. La jeune femme va alors découvrir les moeurs - et les travers – de la grande bourgeoisie de l’époque. Bientôt indispensable au château, elle va devoir se méfier de Rastaquoueros (Bruno Podalydès), un sombre marionnettiste grec qui s’intéresse d’un peu trop près à la fortune de sa patronne. 


 A la fois tendre et déjanté, "Bécassine !"  porte la patte de Bruno Podalydès qui a confié le rôle à Emeline Bayart, une comédienne de théâtre peu connue du grand public. "Quand on choisit un acteur, il est avant tout question de sensibilité", explique-t-il. "Avec Emeline, on a sans se le dire attrapé quelque chose de Bécassine qui était entre le burlesque et l’émotion. On a cherché des gestes, des postures. Il fallait aller dans l’outrance sans jamais tomber dans la caricature." Un jeu d’équilibriste auquel s’est volontiers prêté l'ensemble du casting qui comprend également Josiane Balasko, Michel Vuillermoz, mais aussi Denis Podalydès, le frère de Bruno.

Pas besoin d’effets spéciaux, même s’ils sont bien présents, mais de manière discrète. "Pour moi, le réel est enchanté", s’enthousiasme cet amoureux de Buster Keaton et Jacques Tati. "Je me rappelle que gamin, j’aimais les films pour enfants avec des acteurs. Je n’aimais pas trop les dessins animés que je trouvais souvent un peu hystériques, n’en parlons pas maintenant. J’étais amoureux fou de Gina Lollobrigida dans le "Pinocchio" de Luigi Comencini ou de Julie Andrews dans "Mary Poppins". J’espère que grâce à Emeline, ils auront envie d’avoir Bécassine comme amie !".

Avant sa sortie, "Bécassine !" a fait l’objet d’un appel au boycott de la part d’une association qui dénonce l’image caricaturale que véhiculerait le personnage de papier. "Ce ne sont pas les Bretons qui rejettent Bécassine", précise Bruno Podalydès. "J’ai été faire des avant-premières à Brest, à Rennes, à Quimper et j’ai été très bien accueilli. Ce sont des indépendantistes  qui voient dans Bécassine le symbole de la Bretonne humiliée au début du siècle. Je comprends que ce passé soit très douloureux, et c’est très bien qu’on en parle  à cette occasion. Mais mon film ne vise pas du tout à raconter cet épisode."

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