Catherine Deneuve : "L'époque du selfie et des réseaux sociaux est effrayante"

Catherine Deneuve : "L'époque du selfie et des réseaux sociaux est effrayante"

LEGENDE - Ce vendredi soir, au Centre de Congrès de Lyon, la comédienne française Catherine Deneuve recevra dans le cadre du Festival Lumière une récompense honorifique visant à saluer l’ensemble de sa carrière. Quelques heures avant ce sacre mérité, la star des Demoiselles de Rochefort a accordé une masterclass au cours de laquelle elle s’est laissée aller à quelques confidences. LCI y était.

C’est dans l’enceinte du Théâtre des Célestins, dont la scène est actuellement magnifiée par le décor de la pièce La grenouille avait raison de et avec James Thierrée, que Catherine Deneuve a accordé une prestigieuse masterclass. Entourée du réalisateur Bertrand Tavernier et de Thierry Frémaux, respectivement Président et Délégué Général du Festival Lumière de Lyon, la comédienne iconique s’est adressée, parfois à demi-mots, à un public en état d’adulation totale. Outre la multitude de fans présents, on pouvait apercevoir dans les rangs les visages de personnalités telles que Gustave Kervern, Marisa Paredes, Pierre Lescure, Melvil Poupaud ou Sam Riley. LCI était au rendez-vous et vous propose de revenir sur quelques-uns de ses propos. Morceaux choisis.

Sur Lars Von Trier

"Breaking the Waves m’avait bouleversée. Du coup, j’avais vraiment envie de collaborer avec Lars Von Trier, ou de lui dire tout le bien que je pensais de son travail. Je lui ai d’ailleurs écrit pour ça. (…) Un jour, je me souviens qu’on m’avait dit qu’il tournerait un film en Europe, et que ça se ferait en voiture dans plusieurs pays - car il ne prends pas l’avion, il en a peur. J’ai souhaité lui dire que je serais ravie de pouvoir le rencontrer. Par la suite, il m’a fait savoir qu’il préparait une comédie musicale avec Bjork (Dancer in the Dark, Palme d’Or en 2000, ndlr) et qu’il pouvait m’offrir un rôle. Je tournais à l’époque Place Vendôme. J’ai pris l’avion le temps d’un week-end pour en discuter avec lui. Et ça s’est fait. On a passé quelques heures ensemble. J’étais curieuse de rencontrer Bjork qui est une chanteuse que j’apprécie."

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Sur Robert Aldrich, Burt Reynolds et les Etats-Unis

"J’aime beaucoup La cité des dangers, que j’ai tourné sous la direction de Robert Aldrich. On m’avait mise en garde avant que ça ne se fasse en me disant que c’était un metteur en scène caractériel, une personnalité très forte et que ça aurait pu être dur. Mais on s’est bien entendus. J’ai eu un rapport facile avec lui. Je me souviens qu’il tournait toujours avec deux caméras, je n’avais pas l’habitude de ça. C’était une coprod. Il n’y avait pas de gros studio derrière, ça ressemblait à une production européenne. Burt Reynolds était adorable. Il paraissait macho comme ça mais il était en fait très timide, avec un vrai sens de l’humour et de la dérision. J’ai adoré travailler avec lui. (…) L’occasion de continuer à Hollywood ne s’est pas précisée. On ne m’a pas fait de propositions si intéressantes. Je ne peux pas non plus dire que j’ai refusé une carrière américaine. Et puis, ça serait quand même dur pour moi de vivre ailleurs qu’en France. Je ne suis pas très Parisienne, mais très Française."

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Sur sa soeur Françoise Dorléac

"Ma soeur était excentrique dans sa façon d’être, de se nourrir, de vivre avec ses animaux en peluche tout le temps. Mais dans le fond, elle n’était pas si extravagante que ça. Elle vivait en face de chez mes parents. Elle n’était pas émancipée. Moi non plus. (…) J’osais davantage les choses sans que ça soit mis en évidence. Je me débrouillais pour vivre ma vie discrètement. Les soeurs, ce ne sont pas comme deux actrices. Une telle relation est à la fois plus intime, violente, directe. On avait un lien très exceptionnel. Nous étions à la fois très proches l’une de l’autre et très différentes. Cela nous rendait complémentaires, comme elle le disait toujours. C’est assez vrai. Dans une famille nombreuse, - nous étions quand même quatre soeurs -, on essaye de trouver sa place en fonction de l’autre. Chacun la trouve au creux de l’autre. Et ma soeur prenait beaucoup de place (sourire)."

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Sur les réseaux sociaux (et encore Lars Von Trier)

"J’accompagnais l’équipe de La Grande Bouffe à Cannes et j’ai été ahurie par la violence des réactions même si le film est dérangeant. Une femme a craché sur Marco Ferreri. J’étais sidérée. Cannes c’est particulier car le public est très contrasté. J’étais spectatrice de tout ça. Aujourd’hui, ça aurait pris d’autres proportions. (…) L’époque du selfie et des réseaux sociaux a changé la donne d’une façon assez effrayante. Ce n’est pas dans mon caractère, je ne m’y oppose pas mais je ne fais rien pour. On peut me filmer. Mais si on me demande une photo, c’est toujours non. (…) Quand je pense ce qui est arrivé à Lars Von Trier à Cannes avec son film absolument magnifique Melancholia… Il a voulu faire à la conférence de presse de l’humour et de l’esprit et ça a dépassé sa pensée. Il ne s’est pas rendu compte de la portée de ce qu’il disait et ça a pris des proportions incroyables parce que ça a été repris par les réseaux sociaux. Moi, je fais attention. Je suis spontanée mais je ne me vais pas provoquer comme lui."

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