Catherine Frot : "La vie, soit on la rêve, soit on l’accomplit"

Catherine Frot : "La vie, soit on la rêve, soit on l’accomplit"

CINÉMA
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INTERVIEW – A l’affiche dès le 25 septembre de la pièce "Fleur de Cactus" au théâtre Antoine, Catherine Frot fera également parler d’elle ce mercredi dans "Marguerite", le nouveau long métrage de Xavier Giannoli. La comédienne, qui y incarne superbement une nantie à la voix horrible, s’est confiée à Metronews.

Marguerite s’inspire de la vie de la chanteuse américaine Florence Foster Jenkins, connue pour sa voix atroce. Aviez-vous entendu parler d’elle ?
Non, j’ignorais tout de cette femme fortunée qui chantait faux sans s’en rendre compte. Elle est surtout connue dans le milieu musical classique. Quand j’ai lu le scénario de Xavier Giannoli, je me suis empressée d’écouter sa version de La Reine de la Nuit de Mozart, qui est disponible sur Youtube. C’est quelque chose…

Marguerite, votre personnage, casse régulièrement les oreilles de ses fans hypocrites. Etes-vous en empathie avec elle ?
Oh oui… J’ai été touchée par son innocence un peu ambiguë, son jusqu’auboutisme candide et effarant, sa fragilité monstrueuse… C’est une femme sincère et insensée qui, d’une certaine manière, s’apparente à un symbole de pureté. Autour d’elle, le monde fourmille de vautours. (…) J’aime les phrases incroyables qu’elle est capable de dire, comme : "L’argent n’a pas d’importance. L’important c’est d’en avoir." On sent qu’il y a beaucoup d’intelligence et de paradoxes en elle.  

Vous avez pris des cours de chant par le passé. Cela aide-t-il à bâtir votre personnage ?
Plus ou moins… Deux mois avant le début du tournage, j’écoutais tous les jours dans ma chambre Maria Callas et Florence Foster Jenkins. Osciller entre le juste et le faux, c’était parfait pour apprendre mes airs : La reine de la nuit, Casta Diva, Carmen… Notez qu’une jeune femme formidable s’est occupée du doublage des parties où ça monte très haut.

"Toute vérité est-elle bonne à dire ?"

Avez-vous le sentiment que Marguerite marque un tournant dans votre carrière ?
Je ne sais pas. Je suis très attachée à Odette Toutlemonde ou à Yolande dans Un air de famille… Le public s’est identifié à elles. Marguerite n’est pas loin. Sous ses traits, quelque chose m’échappait. C’est assez nouveau pour moi, cette part d’abandon. Grâce à la personnalité singulière de Xavier Giannoli, je me suis sentie mi-actrice mi-modèle. C’est un cinéaste remarquable, qui transforme le réel en romanesque, qui crée du suspense sur pas grand-chose et qui tire le meilleur de ses comédiens.

Si vous l’aviez connue, auriez-vous dit la vérité à Marguerite ?
(rires) Faut être très proche de la personne pour ça. C’est difficile… Le film charrie des questions passionnantes. Toute vérité est-elle bonne à dire ? Qu’est-ce que le beau ? Qu’est-ce que l’art ? A partir du moment où Marguerite chante, n’est-ce pas de l’art ? Je crois sincèrement qu’on a tous un peu d’elle en nous…

Y a-t-il un domaine artistique que vous rêvez d’investir mais pour lequel vous n’avez pas le talent ?
La peinture… Je dessine des gens, des meubles, des bouts de paysages… Des esquisses… Dans le film, on entend la réplique suivante : "La vie, soit on la rêve, soit on l’accomplit". Je résumerais les choses ainsi : la vie dont je rêve, c’est la peinture ; celle que j’accomplis, c’est le cinéma. On ne peut pas tout avoir.

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