"Charlie Mortdecai" : mais où est passé le vrai Johnny Depp ?

CINÉMA
COUP DE GUEULE – Johnny Depp incarne cette semaine dans "Charlie Mortdecai" un marchand d’art (et escroc à mi-temps) à la recherche d’un tableau volé par les nazis. L’acteur y multiplie les moues et les gestes imbitables, comme dans ses récents films. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme !

Des débris glacés à travers lesquels danse une jeune femme. Au-dessus d’elle, comme un ange tombé d’ailleurs, Edward sculpte à l’aide de ses mains d’argent, dans l’urgence. Nous sommes en 1989. Après avoir été révélé par la série 21 Jump Street, Johnny Depp atteint le nirvana artistique grâce au chef-d’œuvre de Tim Burton.

Depuis, le comédien américain, aujourd’hui âgé de 51 ans, court toujours derrière cet absolu, ce moment de grâce cristallisant en quelque sorte l’aspiration-mère de sa carrière. Laquelle consiste à honorer les laissés-pour-compte, les marginaux et autres excentriques à qui il suffit de tendre la main pour sentir battre l’humanité.

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De Dead Man à Las Vegas Parano en passant par la saga Pirates des Caraïbes ou Dark Shadows, Johnny Depp a su imposer un style singulier, désormais bien ancré dans l’inconscient populaire. Puisant ses influences dans le maniérisme, sa patte panache les ADN de Lon Chaney, Buster Keaton ou Charlie Chaplin, ces as intemporels de la mimique.

De film en film, le comédien-chanteur a réussi à jongler entre l’auteurisme et le mainstream, allant à contre-sens des conventions et dévoilant une palette riche d’épure comme d’excès. Mais ces derniers temps, la coupe s’est hélas trop remplie. A force de n’opter que pour des rôles nécessitant grimages et grimaces, Depp n’a pas su se renouveler, pensant à tort (et à travers) qu’un costume peinturluré et une coiffe hirsute suffisent à incarner.

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Après les déplorables Rhum Express ou Lone Ranger, le voilà encore cette semaine dans la peau d’un drôle de bonhomme. Son nom ? Charlie Mortdecai, un marchand d’art à la moustache en guidon, obsédé par la recherche d'un tableau chapardé par les nazis. Cabotin jusqu’à l’embarras, Depp y fait proliférer les moues téléphonées et les intonations éculées, puisant dans sa besace d’expressions désespérément caduques.

Pis, à force d’insister sur ce sentier-là, il devient un déplorable cliché de lui-même. Traînés dans ce sillage de contorsions faciales, ses partenaires à l’écran – Gwyneth Paltrow et Ewan McGregor – coulent avec lui. Il serait temps qu’une remise en question se fasse et que les rôles burtonesques soient temporairement mis de côté. Au risque de ringardiser une filmographie qui comporte des pépites… et qui mérite un vrai ravalement. On y croit !

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