Charlize Theron : "Le féminisme, c'est exiger d’être traitées avec les mêmes égards que les hommes"

CINÉMA
INTERVIEW – On la croyait morte à la fin de "Blanche-Neige et le Chasseur". Mais Ravenna revient dans "Le chasseur et la reine des glaces", second volet de la franchise fantastique. L’occasion de parler inspirations et égalités salariales avec Charlize Theron.

Est-ce libérateur de jouer le mal incarné ?
C’est très plaisant de pouvoir se lâcher à ce point. Ravenna a un humour à froid que j’adore incarner mais elle me permet aussi d'aller plus loin, de franchir certaines limites. Dans un film de genre comme celui-ci, avec des éléments magiques, tout est autorisé. Rien n’étant réel, l’interprétation n’a pas vocation à être contenue.

Quelqu’un vous a inspiré pour jouer ce personnage ?
Au début, j’étais obsédée par l’image iconique de la reine maléfique de dessins animés mais plus ça allait, plus elle me rappelait les sociopathes et serial killers que j’ai étudiés au fil de ma carrière. Les sciences comportementales me passionnent. Je peux par exemple rester des heures au même endroit à observer les gens : j’ai un côté "voyeur" assez prononcé, comme pas mal d’acteurs d’ailleurs.

Avez-vous besoin d’être en empathie pour incarner ? 
Oui mais je ne me pose jamais la question de savoir si j’aurais réagi comme mon personnage dans telle ou telle situation. C’est quelque chose que j’ai appris en tournant Monster. Tout le monde jugeait et condamnait Aileen pour les crimes qu’elle avait commis en oubliant ce qu’elle avait enduré. Mais plus j’apprenais à la connaître, plus je réalisais qu’elle n’avait pas eu la même chance que moi dans la vie. Il est facile, voire déplacé, de jouer les cœurs nobles quand on est installé dans le confort d’un palace.

"90% des actrices sont coincées"

Vous n’avez accepté cette suite qu’à condition d’être payée le même salaire que Chris Hemsworth.
Evidemment ! Mais ce n’était ni par militantisme ni pour assouvir un caprice, c’était par souci de justice. Le féminisme c’est ça : exiger d’être traitée avec les mêmes égards que les hommes. Quand j’ai appris que Jennifer Lawrence était payée 50% de moins que ses partenaires masculins dans American Bluff, j’ai été choquée. C’est humiliant et injuste étant donné sa notoriété et son talent.

Ce genre d’exigences ne vous dessert pas auprès des décideurs ?
Non mais ma situation est marginale par rapport à la majorité. Je gagne très bien ma vie, j’ai le luxe de pouvoir choisir les films qui me plaisent, j’ai joué dans des succès et grâce à cela, je peux avoir quelques exigences. Mais 90% des actrices sont coincées : si elles refusent le rôle au prix qu’on leur propose, ils le filent à une autre. Si elles veulent payer les factures et nourrir leurs enfants, elles doivent donc se taire et accepter des salaires plus faibles que ceux des hommes. Les décideurs en profitent : c’est indigne. 

A LIRE AUSSI
>>  Charlize Theron, star du Festival de Cannes 2016
>>  Charlize Theron bientôt à l'affiche d'une franchise mythique

Sentez-vous néanmoins une évolution positive ?
C’est un peu tôt pour le dire. Mais si le piratage de Sony a eu quelque chose de positif, c’est bien cela : exposer au grand jour ces inégalités scandaleuses.

Lire et commenter