Charlotte Gainsbourg dans "La Promesse de l'aube" : "L’amour d’une mère peut vous briser comme vous élever"

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INTERVIEW – Dans "La Promesse de l’aube", en salles mercredi, Charlotte Gainsbourg incarne la mère de l’écrivain Romain Gary, interprété par Pierre Niney. Un rôle de femme fantasque et bouleversante, prétexte à une étonnante transformation physique pour la comédienne qui s’est confiée à LCI.

2017 restera sans doute comme une année à part dans la carrière de Charlotte Gainsbourg. En mai dernier, elle montait les marches du Festival de Cannes pour présenter Les Fantômes d'Ismaël, le film d'Arnaud Desplechin dans lequelle elle donnait la réplique à Mathieu Amalric et Marion Cotillard. En novembre, elle publiait Rest, son troisième album solo, enregistré avec une poignée d'invités prestigieux comme Guy-Manuel de Homem-Christo de Daft Punk et Sir Paul McCartney. 


Retour au cinéma ce mercredi avec La Promesse de l'aube, l'adaptation par Eric Barbier du roman du même nom de l'écrivain Romain Gary, incarné par Pierre Niney. Si elle prête ses traits à la mère de l'écrivain, la comédienne a puisé dans son histoire familiale pour composer un rôle de femme aussi fantasque que bouleversante...

LCI : Aviez-vous lu "La Promesse de l’aube" de Romain Gary avant d’en tourner l’adaptation ?

Charlotte Gainsbourg : J’en ai eu très envie, oui. Mais j’ai d’abord découvert le scénario et toutes les émotions que j’aurais pu avoir en lisant le livre, je les ai eu ce moment-là. Les personnages, leur destin extraordinaire… C’est seulement après que j’ai découvert Gary.

LCI : Quelle image vous êtes-vous alors faite de Romain et sa mère, que vous incarnez à l’écran ?

Charlotte Gainsbourg : Ce qui m’a le plus marqué chez Romain, c’est son côté insaisissable, le fait qu’on ne sache vraiment rien de lui. Pour ce qui est de sa mère, c’était encore plus difficile. Eric Barber (le réalisateur – ndlr) avait écrit une version du scénario dans laquelle elle s’appelait Mina, comme sa vraie mère. Et Diego Gary, le fils de Romain, a insisté pour qu’elle s’appelle Nina, comme le personnage du livre. Parce qu’il ne fallait pas essayer de faire un portrait de la vraie mère de Gary. Il y avait peu de documents, de toute façon.

LCI : Comment Eric Barbier vous l’a t-il présentée alors ?

Charlotte Gainsbourg : Il me rappelait que c’était un monstre. Parce que moi, je ne la voyais pas comme ça. C’est normal puisque je la jouais et que j’avais besoin de me l’approprier, de l’excuser, de la comprendre. Si bien que tout ce qu’elle avait d’antipathique devenait charmant, à mes yeux. Eric me rappelait donc son côté monstrueux, du moins pour Romain. Et puis il m’a donné beaucoup d’images, pour que je me représente le quartier où il a grandi en Pologne. Et qui racontaient l’histoire de sa vie. C’était très utile.

LCI : Pour le film, vous vous êtes transformée physiquement. Il paraît même que vous avez de vous-même proposé de prendre l’accent polonais…

Charlotte Gainsbourg : Je me trouvais en Pologne lorsqu’on a fait des essais avec des petits garçons pour le rôle de Romain, enfant, et je me rappelle avoir juste mis une robe d’époque, pour me mettre en condition. On s’est rendu compte avec Eric que je n’étais pas dans le personnage. J’avais ma silhouette, fragile, un peu maigrichonne. Ça ne fonctionnait pas. Tout de suite on s’est dit qu’il fallait me trouver une enveloppe, un "corps d’époque". J’avais cette vision de ma grand-mère, la mère de mon père, qui avait des seins lourds, des hanches, qui était un peu voûtée. C’est ça que j’imaginais pour le rôle. Et j’ai adoré. Je n’avais pas l’impression d’être dans une transformation exagérée. J’avais bizarrement l’impression d’être moi-même. En fait tout résonnait avec l’histoire de mon père.

LCI : Et l’accent, alors ?

Charlotte Gainsbourg : Quand Eric est venu me voir la première fois, il m’a dit : ‘le gros challenge, c’est le Polonais. Il faut que tu parles le Polonais, avec un accent. Il faut qu’on y croit. J’avais très envie de me jeter là-dedans, ça m’a pris 5 mois. Mais je ne m’imaginais pas parler Polonais puis Français avec un accent parisien la scène d’après, je trouvais ça absurde. Eric ne voulait rien savoir. Il trouvait ça ridicule que je parle Français avec l’accent polonais. Alors j’ai fait ma cuisine dans mon coin. Je suis désolée mais, ma grand-mère, elle avait un accent russe, dont elle ne s’est jamais débarrassée. Finalement je l’ai convaincu, très peu de temps avant le tournage.

LCI : "La Promesse de l’aube", c’est un film sur l’amour maternel. Comprenez-vous qu’il puisse être à la fois un moteur, et un poison comme c’est le cas ici ?

Charlotte Gainsbourg : Ça peut vous briser comme ça peut vous élever, oui. Ça fait tout. Le film propose une réflexion sur l’amour maternel qui est plus que passionnante. Autant Gary a joué dans le livre avec sa vraie vie, autant ses personnages sont sans doute très proche de la réalité. C’est compliqué d’avoir une juste mesure. Enfant, on a besoin d’un amour absolu. Et c’est très compliqué à gérer en tant que parent. Mais cette mère n’est pas dans la réflexion. J’excuse son côté extrême considérant l’époque, le manque de moyens, la persécution en tant que juive... Elle fait des choix qui sont de l’ordre de la survie.

>> La Promesse de l'aube, de Eric Barbier. Avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Finnegan Oldfield. Durée : 2h10. En salles le 20 décembre 2017

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