Chouf : plongée sans complaisance dans la cité phocéenne minée par le trafic de drogue

Chouf : plongée sans complaisance dans la cité phocéenne minée par le trafic de drogue

MA 6-T VA VRAIMENT CRAQUER. Avec "Chouf", peinture sans complaisance de la jeunesse désœuvrée dans les quartiers nord de Marseille en salles ce mercredi, le réalisateur Karim Dridi achève sa trilogie dans la cité phocéenne, après "Bye-bye" (1995) et "Khamsa" (2008). Plus convaincant dans sa part documentaire que dans sa part fictionnelle mais loin d’être déshonorant.

Chouf veut dire "regarde" en arabe. C’est aussi le nom des guetteurs des réseaux de drogue de Marseille. Sofiane, 24 ans, brillant étudiant, intègre le business de son quartier après le meurtre de son frère, un caïd local. Pour retrouver les assassins, il est prêt à tout, abandonnant pour un temps famille et études et gravissant rapidement les échelons. Aspiré par une violence qui le dépasse, il découvre la vérité et doit faire des choix.

Chouf a comme premier mérite de dépeindre un univers peu filmé au cinéma, celui de la jeunesse dans la cité phocéenne. Le Marseille des fait-divers, où la circulation d'armes lourdes et la dimension mafieuse de la criminalité alimentent le sentiment d'insécurité et où des jeunes de quartiers avé l'assent s’entretuent à la kalachnikov. 

Le regard qui donne du recul et une hauteur à tout ce qui se passe, c’est celui de Sofiane (Sofian Khammes), jeune mec échappé de cet environnement délétère comme pour faire la nique au déterminisme, parti étudier en école de commerce à Lyon et de retour au bercail. Il constate alors, bien désolé, que rien n’a changé, pour les autres comme pour son frère, ou plutôt que tout a empiré. 

S’attachant à ceux qui vivent en marge de la société depuis ses débuts (le prometteur Pigalle en 1992), Karim Dridi signe ici le dernier volet d’une trilogie marseillaise, après Bye-bye (1995) qui a été sa première incursion marseillaise et Khamsa (2008) qui lui a permis de rencontrer des enfants gitans et des adolescents des quartiers nord. 

De la même façon que le protagoniste revenant à Marseille et réalisant ce que sont devenues d’anciennes connaissances, Karim Dridi a procédé tel un documentariste, renouant avec des jeunes des quartiers défavorisés connus au moment du tournage de Khamsa, observant ainsi sur le terrain comment fonctionnent les réseaux de drogue. 

Plus convaincant dans sa part documentaire

Dans sa part documentaire, Chouf libère une captivante authenticité, plonge dans la réalité à peine transfigurée des relations sociales et familiales. C’est sur la forme qu’il est maladroit, jouant du hors-champ ou du gros plan pour mettre en scène les morts de manière marquante, et sur la dramaturgie qu’il est moins convaincant, prisonnier d’une bienséance scénaristique et donc du respect d’un genre, le thriller, avec ses personnages archétypaux, ses conventions inéluctables, ses maladresses stylistiques et son Simon Abkarian en mafieux libanais. 

A l’arrivée, l’ensemble boite dans le feu de l'action et se révèle assez convenu, faute d’être incisif ou d’aller plus loin dans la sauvagerie. Il a néanmoins le mérite d’exister à l’abri des productions typées du cinéma populaire français et de faire vivre des personnages ostracisés, de montrer leur quotidien avec lucidité et sans complaisance.

Chouf, en salles le 5 octobre 2016

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