Christian Duguay : "Ce qui se passe dans 'Un sac de billes' est encore d’actualité"

CINÉMA

RENCONTRE – Le réalisateur de "Jappeloup" et "Belle et Sébastien : l’aventure continue" adapte "Un sac de billes", le best-seller de Joseph Joffo, déjà porté à l’écran par Jacques Doillon en 1975. LCI a rencontré le cinéaste québécois pour évoquer l’histoire de ces deux enfants juifs en fuite sur les routes de France pendant l’Occupation.

A l’origine, un roman

"On ne connaissait pas le roman quand j’étais en primaire au Québec dans les années 60 , il n’est sorti qu’en 1973. Mais je l’ai vu 20 ans plus tard dans la chambre de mes enfants et je l’ai lu quand les producteurs m’ont approché. J’ai découvert l’univers Joffo et je me suis rendu compte de l’importance du sujet, du devoir historique qu’on avait. J’ai beaucoup aimé le côté didactique que je ne voulais pas trahir. Mais il fallait trouver un axe et j’ai opté pour un film lumineux, populaire, vu du prisme de ces enfants qui posent un regard sur le monde qui évolue autour d’eux."

Main dans la main

"Joseph Joffo est d’une humilité et d’une générosité incroyables. Il y avait pourtant quelque chose d’inquiétant pour lui dans cette adaptation. Je sais qu’il n’avait pas tellement aimé le Doillon. (...) Le livre était mon guide de chevet. Ensuite, j’ai fait parler Joseph de son père. Et le courant est passé. Au départ, il y a eu des critiques sur le scénario mais j’ai bien fait comprendre qu’il s’agissait d’une adaptation et qu’il fallait me faire confiance. Il a été respectueux et a même trouvé certaines de mes propositions audacieuses. Le plus important, c’était l’authenticité de nos personnages principaux."

J’ai écrit le rôle du papa des enfants en pensant à Patrick Bruel que je n’avais jamais rencontré- Le réalisateur Christian Duguay

Un sujet d’actualité

"Il faut que le spectateur réalise à quel point ce qui se passait alors est encore d’actualité. Les points déterminants étaient l’exode, la ségrégation : je voulais montrer d’un côté un peuple qui est immobile, dans l’inertie, de l’autre des gens qui collaborent, et enfin des résistants qui veulent faire leur truc. Les enfants sont témoins de tout cela et sont tout près de cette réalité. Laquelle résonne avec ce qui se passe actuellement en Syrie, avec ces enfants qui se retrouvent seuls, qui pleurent dans les bras de leurs parents, ou qui vont être séparés d’eux. C’est à nos portes, c’est maintenant. Je suis désolée de dire que beaucoup de gens restent par exemple mutiques devant le nouveau président américain. Ils se sentent sécurisés par ce type de pouvoir diabolique, ils pensent qu’il y a une bonne prise en charge, mais des innocents, des minorités souffrent. Comme ce que l’on voit dans cette magnifique histoire écrite par Joseph."

Un couple d’acteurs

"Le père est un personnage récurrent dans mes films. Mon papa est encore vivant et j’ai un rapport exceptionnel avec lui. Ca a été tendu parfois mais le père solaire est une figure référence pour moi. J’ai écrit le rôle du papa des enfants en pensant à Patrick Bruel que je n’avais jamais rencontré. Je lui ai d’abord montré les essais avec les enfants, il avait les larmes aux yeux. Je crois qu’on s’est tous les deux dit qu’on ne pouvait pas passer à côté de cette expérience. Quant à Elsa Zylbertsien, elle est extraordinaire. Du fait de ses racines profondes, elle comprend très bien son personnage."

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Un sac de billes : la bande-annonce

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