Cinéaste engagé, Spike Lee fait de la résistance avec "BlackkKlansman"

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ZOOM - Le cinéaste américain Spike Lee revient sur le devant de la scène avec "BlackkKlansman", en salles le 22 août en France. S’il raconte comment un flic noir infiltra le Ku Klux Klan dans les seventies, le film fait écho de manière habile aux tourments de l’Amérique sous Donald Trump.

Il a donné une nouvelle dimension au cinéma afro-américain. En 1986, Spike Lee frappe un grand coup avec "Nola Darling n’en fait qu’à sa tête", le portrait d’une jeune femme tiraillée entre ses trois amants. Le jeune réalisateur impressionne par maîtrise formelle et sa liberté de ton. Trois ans plus tard, le Festival de Cannes acclame l’électrique "Do the right thing", chronique d’une journée d’été brûlante dans un quartier de Brooklyn. Même s’il rentre bredouille de son séjour sur la Croisette, le phénomène est lancé. Et le natif de Géorgie va enchaîner les films marquants, de "Jungle Fever" (1991) à "Clockers" (1995) en passant par le biopic Malcolm X (1992), interprété par Denzel Washington.


Si le personnage est clivant, sa filmographie impressionne. Au tournant du millénaire, il effectue un virage réussi vers le film de genre avec "Summer of Sam" (1999), "La 25e Heure" (2002) et surtout "Inside Man" (2006), son plus gros succès au box-office. Une diversification qui trouve ses limites avec le remake dispensable du classique sud-coréen "Old Boy" (2013). Homme engagé, il filmera les ravages de l’ouragan Katrina dans "When the Levees Broke", un docu poignant pour la chaîne HBO. Sous l’Amérique d’Obama, Spike Lee se fera plus discret. Certains diront moins inspiré. L’élection de Donald Trump a visiblement changé la donne.

On voulait que ce film résonne avec ce qu'il se passe aujourd’hui. C’est pour ça qu’on a ajouté quelques phrase fortes comme "America First"Spike Lee

Alors que les abonnés de Netflix peuvent découvrir son adaptation en série des aventures de Nola Darling, il revient en force sur grand écran avec "BlackkKlansman", l’histoire vraie de Ron Stallworth, un flic afro-américain qui infiltra une section locale du Ku Kluk Klan, dans les années 1970. "Ce qui m’a plus avant tout, c’est que cette histoire est difficile à croire", nous expliquait-il en mai dernier à Cannes. "Quand Jordan Peele (le réalisateur de "Get Out", ici producteur) me l’a présentée, j’ai cru que c’était un vieux sketch de l’humoriste Dave Chapelle, vous voyez ? Comme vous je me suis dit : mais ‘comment un homme noir peut-il infiltrer le Klan ?’."


La soixantaine passée, Spike Lee en tire l’un de ses films les plus ludiques, mélange de thriller et de comédie, interprété avec conviction par le duo John David Washington-Adam Driver. "Quand je suis arrivé avec mon co-scénariste Kevin Willmott, il y avait déjà un script", révèle-t-il. "Une des premières choses qu’on a voulu faire, c’est relier l’époque du film à l’époque présente. On voulait que l'histoire de "BlackkKlansman" résonne avec ce qu'il se passe aujourd’hui. C’est pour ça qu’on a ajouté quelques phrase fortes comme "America First", des choses comme ça pour que les spectateurs pensent à ce qu’il se passe maintenant."

Un pari gagnant puisque le film est reparti avec le Grand prix du jury. Lors d’une conférence de presse retentissante, Spike Lee s’en était pris avec des mots très durs à l’actuel locataire de la Maison Blanche. Refusant de citer son nom, il le qualifiait de "fils de p…" pour avoir renvoyé dos-à-dos les membres de la droite suprémaciste et les militants antiracistes lors des émeutes de Charlottesville, à l’été 2017. Rappelons qu’une femme de 32 ans avait été tuée par un sympathisant néonazi de 20 ans qui l’avait intentionnellement percuté avec sa voiture.


A notre micro, le cinéaste s’était montré plus mesuré lorsqu’on lui avait demandé son sentiment sur l’Amérique de 2018. Mais pas moins révolté. "Je ressens beaucoup d’émotions différentes", avouait-il, à demi-mots. "Lorsque vos confrères me demandent de décrire la période actuelle, j’aime bien citer le titre d’un film de Peter Weir, "L’année de tous les dangers". C’est ça que nous traversons maintenant."


>> BlackkKlansman, de Spike Lee. Avec John David Washington, Adam Driver, Topher Grace. En salles le 22 août.

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