"Blade Runner 2049", la critique : spectaculaire et intimiste, une suite qui n’a pas peur d’affronter son modèle

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ON ADORE – On en rêvait, Denis Villeneuve l’a fait. Avec "Blade Runner 2049", le cinéaste canadien reste fidèle à l’esprit du film d’origine, sur le fond comme sur la forme. Une grande et belle surprise.

Il y a mille raisons de ne pas tourner la suite d’un chef d’oeuvre. 35 ans après le Blade Runner de Sir Ridley Scott, le cinéaste canadien Denis Villeneuve les fait toutes mentir avec brio. Blade Runner 2049 nous transporte trois décennies précisément après l’intrigue du premier film. On se rappelle d’un Deckard/Harrison Ford dégustant des nouilles fumantes dans un Los Angeles pluvieux, truffé d’écrans numériques. Lorsqu’il ne faisait pas la chasse aux vilains Réplicants, ces androïdes en apparence plus humains que les humains.  


L’officier K (Ryan Gosling, formidable) est l’un d'entre eux. En version domestiquée, docile. Mais déterminée à accomplir la mission qu’on lui a confiée : débusquer les derniers récalcitrants, cachés dans des zones irradiées inaccessibles au commun des mortels. C’est en mettant la main sur l’un deux, le colosse Sapper (Dave Bautista), qu’il fait une surprenante découverte qui va chatouiller son âme d'humanoïde en quête de sens. Mais aussi exciter la curiosité de Neander Wallace (Jared Leto), un inventeur-businessman un brin mystique, prêt à tout pour parvenir à ses fins.

Un blockbuster qui donne autant à réfléchir qu'à ressentir

Si on met de côté le gigantisme des décors, la splendeur des lumières et la folle élégance des cadres, Blade Runner 2049 est avant tout un film intimiste. Comme son prédécesseur, tiens, tiens. Une enquête policière qui se transforme en déchirante aventure intérieure. Dans un futur finalement très proche de notre présent, K partage son quotidien avec Joi (Ana de Armas), une divine hologramme connectée à sa domotique. Sur le papier, leur histoire d’amour est absurde, improbable. A l’écran elle est aussi irrésistible qu’intrigante. Fragile et risquée comme autrefois l’attirance de Deckard pour la brune Rachel… 


Ce n’est pas un hasard si le scénario de cette suite passionnante a été co-écrit par le vétéran Hampton Fancher, celui-là même qui avait adapté en 1982 Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, le roman visionnaire de Philip K. Dick. Blade Runner 2049 en prolonge les questionnements existentiels et scientifiques, sans jamais se perdre dans un charabia high-tech abstrait. Car comme Ridley Scott avant lui, Denis Villeneuve donne autant à réfléchir qu’à ressentir, jusque dans une hallucinante scène d’amour virtuel qui fera date dans l’histoire de la SF au cinéma.

Un anti-blockbuster

Histoire de ne pas gâcher le plaisir des futurs spectateurs qui liront ces lignes, on ne dira rien de l’entrée en scène tardive mais carrément jouissive de Deckard, interprété par un Harrison Ford plus grave, plus touchant qu’on ne l’avait jamais connu. Là aussi, le cinéaste canadien réussit le tour de force de citer, d’emprunter, d’"updater" le premier film avec intelligence et malice. Reste que Blade Runner 2049 est aussi un film risqué.


En faisant le pari de l’atmosphère, de l’errance, voire de la contemplation dans sa première partie, Denis Villeuve avance à contre-courant de 99% des blockbusters hollywoodiens actuels, grisés par la vitesse, le montage au hachoir et la profusion d’effets numériques. La jeune génération fera-t-elle preuve de la patience nécessaire ? Pour peu qu’on se laisse porter par son immense beauté, ce petit miracle de cinéma se déploie avec grâce jusqu’à son dernier acte, aussi spectaculaire que bouleversant.

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