"Crazy Rich Asians" : et si ce film révolutionnait (enfin) tout pour les Asiatiques à Hollywood ?

"Crazy Rich Asians" : et si ce film révolutionnait (enfin) tout pour les Asiatiques à Hollywood ?

CINÉMA
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CARTON - La comédie romantique "Crazy Rich Asians", présentée comme le "premier film d'Hollywood au casting 100% asiatique", resplendit en tête du box-office nord-américain ce week-end. Un succès certes incontestablement lié à la qualité du long métrage mais qui s'impose aussi et surtout en réaction au "whitewashing" dans les productions Hollywoodiennes.

C'est le film dont tout le monde parle à Hollywood et pour cause... La comédie romantique Crazy Rich Asians, étendard proclamé d'une communauté, avec sa distribution 100% asiatique, a littéralement dépassé toutes les attentes aux Etats-Unis, cartonnant en tête du box-office nord-américain ce week-end et atomisant la concurrence, les films avec Tom Cruise (Mission Impossible - Fallout) comme avec les films avec les mégalodons (En Eaux Troubles). 


Un phénomène signifiant dans l'Amérique de Trump qui s'est octroyé la couverture du "Time Magazine"...

Ne pas y voir un nouveau reflet d'une révolution à Hollywood, a fortiori dans l'élaboration de ses (super)productions futures, serait une grave erreur. Comme dirait François Hollande, "le changement, c'est (vraiment) maintenant".

De quoi ça parle

En substance, il s'agit ni plus ni moins que d'une comédie romantique de facture très classique qui joue à fond la carte glamour et jet-set à grands coups de faste, entre demeures gigantesques et robes de créateurs, au sein de la très haute société des Chinois de Singapour : Rachel Chu (Constance Wu), New-Yorkaise d'origine chinoise et professeure à l'université NYU, accepte de rendre visite à la famille de son petit ami Nick Young (Henry Golding), à Singapour. Elle va découvrir que Nick est l'héritier d'une famille de promoteurs immobiliers d'origine chinoise parmi les plus riches d'Asie, et se trouver confrontée à un milieu dont elle ignore tout.

Pourquoi c'est un phénomène

Ce long métrage 100% asiatique, traduit en français sous le titre Singapour millionnaire (2013), a raflé 34 millions de dollars depuis sa sortie mercredi, dont 25,2 millions. Hallucinant quand on sait par ailleurs qu'il n'a coûté que 30 millions de dollars...

Pourquoi il faut vraiment y voir un signe de l'époque

A Hollywood, choisir des acteurs d'origine asiatique pour jouer des personnages qui le sont aussi n'est pas si aisé. Aux commandes de Crazy Rich Asians, le réalisateur Kevin Kwan a dans un premier temps refusé une première adaptation dans laquelle Rachel aurait été blanche. Signe que les temps changent : il a finalement eu les coudées suffisamment franches pour dire non et faire le casting de son choix.


Selon une étude de l'université californienne USC Annenberg, 44 des 100 films qui ont réalisé les meilleures recettes en 2016 aux Etats-Unis n'avaient aucun personnage d'origine asiatique. Mais le "whitewashing" - la tendance d'Hollywood à tout confier à des acteurs blancs - ne passe plus aujourd'hui, trouvant dans les réseaux sociaux une caisse de résonance implacable.


Les choix de Matt Damon pour camper le héros de la fresque asiatique La Grande Muraille (2016), Scarlett Johansson pour incarner l'héroïne de Ghost in the Shell (2017) ou de Tilda Swinton pour jouer le rôle de l'Ancien dans Doctor Strange (2016) ont généré des mouvements de protestation d'une ampleur inédite.

Pourquoi il y a définitivement eu un avant et un après "Black Panther"

Le phénomène Crazy Rich Asians s'inscrit dans le sillage d'un autre phénomène : Black Panther. Hollywood a réellement pris un tournant cette année avec cette super-production qui a ouvert portes et fenêtres à la minorité noire dans le monde du cinéma et de la télévision. 


"Il est temps que nous soyons représentés" au cinéma et à la télévision, a confessé Michelle Yeoh, actrice de Crazy Rich Asians et héroïne de Tigre et Dragon (2000) dans une interview au site Build. "Regardez autour de nous. Nous sommes une culture très variée. Les Asiatiques, les Afro-Américains, nous appartenons à l'ADN de cette société ici aux Etats-Unis." C'est entre autres ce que les sœurs Wachowski ont tenté de faire depuis des années à travers leurs super-productions "melting-pot", en offrant une vraie visibilité aux minorités ethniques.

Mais ce n'est pas le premier film 100% asiatique à Hollywood...

Bien qu'il soit vendu sous cette bannière, Crazy Rich Asians n'est toutefois pas le premier film d'un studio hollywoodien avec une distribution presque intégralement asiatique. 


N'oublions surtout pas Le club de la chance (The Joy Luck Club), une production d'il y a 25 ans (1993), réalisée par Wayne Wang et produite par Oliver Stone, racontant l'histoire de quatre femmes d'origine chinoise. Le succès de Crazy Rich Asians pourrait bien être l'occasion de déterrer ce très beau mélodrame, à la fois mosaïque d'histoires romanesques et chant d'amour aux femmes et aux mères...

On le verra quand ?

Crazy Rich Asians sera distribué par Warner Bros et sortira le 10 octobre dans les salles françaises.

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