"Corniche Kennedy" : une nouvelle adaptation séduisante d'un roman de Maylis de Kerangal

CINÉMA

ON AIME - On l’avait laissée il y a trois ans avec le documentaire "Grandir". La réalisatrice Dominique Cabrera revient en trombe avec le très réussi "Corniche Kennedy", dans lequel elle dresse le portrait sensible d’une jeunesse livrée à elle-même et baignée par le soleil de Méditerranée.

Deux mois après la sortie du superbe Réparer les vivants de Katell Quillévéré, et alors que Julie Gavras planche actuellement sur Naissance d’un pont, Prix Médicis en 2010, voilà que Corniche Kennedy est le troisième roman signé Maylis de Kerangal à connaître les faveurs du grand écran. Une transposition logique pour cette oeuvre atmosphérique et estivale dans laquelle des adolescents désoeuvrés trompent l’ennui en se risquant à d’inconscients plongeons. Pour la cinéaste Dominique Cabrera, qui rêvait depuis longtemps de poser sa caméra dans les rues de Marseille -où se déroule l’intrigue en question-, l’aubaine est immense. Et immanquable. 

Animée par une approche réaliste de son sujet, l’intéressée a entrepris de vivre au coeur de la cité phocéenne pour s’imprégner de son énergie, de sa mixité, de sa musique. De longs jours durant lesquels elle a ouvert ses sens, catalysé les rencontres et multiplié les repérages. C’est dans cette dynamique qu’elle rencontrera Alain Demaria et Kamel Kadri, qui deviendront les personnages principaux de son adaptation. Deux acteurs amateurs au centre d’un groupe de minots tout aussi inexpérimenté. "Il me semblait en effet plus juste d’engager des jeunes de Marseille adeptes du plongeon auxquels il faudrait apprendre à jouer que des jeunes acteurs venus d’ailleurs à qui apprendre à plonger et à parler marseillais", avoue Dominique Cabrera.

Marco, Mehdi, Franck, Mélissa, Hamza, Mamaa et autre Julie répondent ainsi à l’appel. Ils ont pour point commun une jeunesse à toute épreuve à qui il manque néanmoins l’essentiel : une perspective d’avenir capable de juguler leurs écarts de conduite. Et comme celle-ci n’arrive pas, ces derniers préfèrent confluer du côté de la Corniche Kennedy, face au bleu amical du ciel et aux embruns bienfaiteurs de la Méditerranée. Un terrain de jeu propice à l’ivresse et au lâcher-prise, où le saut dans le vide n’est plus qu’un simple shot d’adrénaline mais la revendication d’une existence. A l’instar de Jack Dawson sur la proue du Titanic, hurlant (pour quelques secondes) qu’il est « le maître du monde », ces gamins-là y affirment de facto leur gloire personnelle.

Ces comportements transgressifs, Suzanne (Lola Creton) les contemple depuis sa villa plantureuse, posée sur le front de mer. Elle est riche, belle et promise à des études enviables. Pourtant, du haut de sa tour d’ivoire, elle ne peut s’empêcher de désirer la même chose qu’eux : l’inconscience, l’ivresse, l’expérimentation des corps qui se cherchent, dans l’eau et au-dehors. A travers ses yeux et au rythme de ses pas, le spectateur va doucement rejoindre la bande de sauteurs et pousser la porte d’un écrin immortalisé dans sa passionnante dualité. D’une part : la beauté brute du lieu, matérialisée avec un naturalisme bienvenu. De l’autre : sa portée merveilleuse, figurée comme le passage vers une dimension fantasmagorique. Dominique Cabrera s’installe entre ces deux eaux, sans jamais préjuger du comportement de ses héros imparfaits -même quand ils s’allient aux caïds du coin-, sans jamais donner de leçons, sans jamais cesser de les aimer pour leurs travers et leurs caractères. 

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