Danny Boyle : "Les médias et les artistes sont responsables du succès d'Apple"

CINÉMA
CRITIQUE – Deux ans après "Trance", Danny Boyle explore la personnalité fascinante de Steve Jobs dans un biopic homonyme, en salles ce mercredi. metronews a rencontré le cinéaste britannique dont le propos est aussi passionnant que l’œuvre.

Hollywood s’empare depuis toujours des destins d’êtres exceptionnels. Et souvent, pour les mettre en images, ses représentants usent et abusent de schémas narratifs linéaires. Danny Boyle n’est pas de ceux-là. Son Steve Jobs , scénarisé par Aaron Sorkin (The Social Network) d’après la biographie de Walter Isaacson, coiffe le parcours du cofondateur d’Apple en trois moments-clés : les lancements du Macintosh, du NeXTcube et de l'iMac. Verdict ? Une œuvre d’envergure en forme de tragédie intime dans laquelle Michael Fassbender étincelle sous les traits du génie. Pour metronews, Boyle revient sur trois facettes de son labeur. 

► Une genèse complexe
"Le projet a longtemps été emprisonné dans le chaos des studios. (…) Vous savez, quand David Fincher a fait The Social Network, il a rencontré de gros problèmes avec Facebook. Des œuvres centrées sur de telles figures populaires engendrent de nombreux actes d’intimidation. Certains essaient de vous effrayer. Pour se protéger des déconvenues juridiques, il convient de coller à la réalité. Steve Jobs est un biopic non traditionnel. Je me souviens des décisionnaires qui, face à ses 200 pages de dialogues, se demandaient si le résultat serait excitant ou proche d’une pièce de théâtre (rires). Le challenge ici, c’était rester concentré en repoussant l’adversité."

► Le choix du héros
"Je ne voulais pas d’un Jobs ressemblant. Gérer les prothèses, ce n’était pas mon but. C’est un portrait, pas une photographie. J’ai d’abord proposé le rôle à Leonardo DiCaprio, qui l’a décliné pour The Revenant. Je me suis alors tourné vers Michael Fassbender qui a en lui quelque chose de féroce. Il peut rendre ses personnages à la fois plaisant et déplaisant. Cette dualité apporte la tension nécessaire au film que j’ai voulu réaliser pour la personnalité et non la vie de Jobs. Raison pour laquelle la construction est si particulière. Je n’ai pas parlé de l’iPad ou de l’iPhone mais plutôt de l’iMac, que j’étais très fier à l’époque d’avoir dans un coin de chez moi (rires)."   

 Boyle et la technologie
"Steve Job est parvenu à lier l’art à la technologie. Encore une fois, l’iMac était une œuvre artistique et constituait la première fenêtre vers internet dans les maisons. La rapidité du changement qu’il a initié est phénoménale. La télévision a mis 67 ans à toucher un milliard de personnes. Le smartphone l’a fait en 5 ans. What the fuck, n’est-ce pas ? L’usage qu’on en fait peut porter, d’une certaine manière, atteinte à notre intégrité. Nous sommes en effet cantonnés à des numéros. Mais avouez que quand vous êtes perdus à vélo au beau milieu de l’Europe, les options de géolocalisation sont magiques. (…) J’utilise la marque Apple. Je crois d’ailleurs que nous autres médias et artistes sommes responsables de ce succès."

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