Danny Boyle : "Mes films ressemblent à des clips ? Je prends ça pour un compliment"

Danny Boyle : "Mes films ressemblent à des clips ? Je prends ça pour un compliment"

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INTERVIEW - Après l'Oscarisé Slumdog Millionaire et 127 heures, Danny Boyle est de retour cette semaine avec Trance, un passionnant thriller qui met en scène un commissaire priseur, un gangster et une hypnotiseuse très sexy, à la recherche d'un tableau de grande valeur. Rencontre avec le plus speed des réalisateurs britanniques.

Réalisateur et hypnotiseur, c'est un peu le même métier, non ?
Je crois que tous les grands réalisateurs sont des hypnotiseurs. Je dirais même que n'importe quel film, même moyen, est une séance d'hypnose. Lorsqu'on achète un ticket de cinéma, c'est pour s'assoir dans un fauteuil, et s'abandonner dans un autre monde. Un monde de fantasmes, d'horreur, peu importe. On est assailli par les images et l'émotion qu'elles dégagent, la sensualité comme la terreur. On peut être ravagé par un film ! D'ailleurs j'ai toujours dit que je voulais que les miens aient cette dimension hypnotique.

Les séances d'hypnose étaient-elles les plus excitantes à réaliser ?
Ces scènes étaient importantes, mais nous devions créer tout un monde autour afin de séduire le spectateur. Chaque décision que nous prenions était décisive, d'un détail vestimentaire à l'appartement orange dans lequel vit Rosario Dawson, en passant par la bande originale de Rick Smith.

Comment avez-vous choisi le trio James McAvoy-Rosario Dawson-Vincent Cassel. D'autres acteurs ont-ils été envisagés ?
On a vu Michael Fassbender au début. On voulait qu'il joue le gangster, bien avant que Vincent Cassel ne soit envisagé. Fassbender était drôle : il voulait jouer la fille ! 'Parce que c'est le meilleur rôle', disait-il. Et puis il est parti faire Prometheus, ou autre chose, peu importe. Vincent, je l'adore. On a reçu un appel nous disant qu'il était dispo, qu'il avait envie de travailler. Et nous avions ce gangster parfait pour lui. On a pris un taxi entre la Gare du Nord et l'aéroport d'Orly, on a discuté et il a signé. Le rôle n'est pas simple puisqu'il joue au départ un beau salaud, cruel, capable de vous arracher les ongles pour parvenir à ses fins. Comment faire dans ces conditions pour s'attacher à lui ? Il fallait aussi qu'il soit l'opposé de James McAvoy.

Le commissaire priseur que James McAvoy interprète est le genre de personnage qu'aurait pu interpréter Ewan McGregor dans vos premiers films...
Oui, même s'il n'est pas issu du même milieu social que Renton, dans Trainspotting. Disons que c'est le genre de personnage auquel on a envie de faire confiance dès le départ...

"Je suis quelqu'un d'impatient. J'aime que les films durent 90 minutes"

Trance est un film noir. Aviez-vous quelques références avant de commencer ? Où vouliez-vous repartir de zéro ?
On a toujours des références, oui. Les films de Jean-Pierre Melville, par exemple. Le braquage silencieux dans Le Samouraï en particulier. Maintenant pourquoi refaire un braquage silencieux en 2013 ? En revanche nous pouvions essayer d'en faire une aussi plaisante, avec la musique d'aujourd'hui. Pareil avec le personnage de la femme fatale. Pourquoi mettre en scène une blonde glaciale ? Les gens vont penser à Hitchcock ! En revanche on pouvait en faire l'équivalent dans le monde d'aujourd'hui. Elle est brune, métissée. C'est Rosario Dawson. Et au premier abord elle n'est pas froide, calculatrice, cruelle comme l'est d'ordinaire ce genre de personnage dans les films noirs.

Quel que soit le genre de film, votre patte visuelle est immédiatement reconnaissable. Qu'on l'aime ou qu'on la déteste...
Pour moi c'est quelque chose de naturel, presque instinctif. J'aime que les films durent 90 minutes. Celui-là dure 94 minutes donc j'ai échoué ! (rires). Lorsqu'un réalisateur est britannique, on pense par défaut que son style vers tendre vers le réalisme social. Je trouve que c'est un piège. Moi, je veux que les acteurs voient plus  "grand" dans leur jeu. Qu'ils soient plus extrêmes et que leur dilemmes soient un peu théâtraux. Quitte à tendre au maximum le tissu social de mes films. Car il faut quand même qu'on puisse s'identifier aux personnages. Pour accepter qu'ils disparaissent dans les toilettes... Ou qu'ils continuent à parler alors que leur tête est déchirée en deux (rires). Maintenant je peux comprendre que certains spectateurs n'aiment pas ça...

"J'aime les sensations extrêmes au cinéma"

Et préfèrent le cinéma britannique lorsqu'il reste dans les clous du réalisme...
C'est un vrai problème pour moi. A mes débuts, les gens disaient que mes films ressemblaient à des clips vidéos. Et alors ? Je le prenais pour un compliment. La musique est tellement omniprésente dans nos vies. Et ce n'est pas prêt de s'arrêter...

Sauf dans les films de Michael Haneke !
Exactement (sourire). Le grand réalisateur classique et froid. Le maître.

Que les critiques adorent...
Et pas trop le public. Mais j'aime Jacques Audiard. Son cinéma est réaliste, mais en même temps extrême et poétique. Le Prophète, quel film !

Vous dites que vous êtes impatient. Ca vient d'où ? Ca se calme avec l'âge ?
C'est une question de goût. J'aime les films qui vont vite, ce sont ceux que je fais et que je regarde. J'aime le cinéma extrême. J'aime Audiard, j'aime Irréversible de Gaspard Noé. Les gens le trouve horrible ? Je l'adore ! Il est tellement beau à la fin. J'aime les sensations extrêmes que peut nous procurer un film. Je ne conteste pas l'observation sociale au cinéma. C'est une part importante de son histoire. Mais ce n'est pas mon truc. Et non, je crois que ce n'est pas prêt de changer (rires).

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