"Dans Captain Fantastic, personne n'a de superpouvoirs"

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FOCUS – En salles ce mercredi, "Captain Fantastic" retrace la destinée émouvante et exubérante d’une famille portée par le patriarche Viggo Mortensen. Une petite communauté ayant opté pour un mode d’existence loin de tout. Son réalisateur Matt Ross revient sur cette folle aventure, déjà couronnée d’un certain succès.

Prix de la mise en scène au Certain Regard à Cannes, prix du jury et du public à Deauville, acclamé à Sundance… Captain Fantastic enchante partout où il passe. Et ce n’est que justice ! Dans cette comédie dramatique saupoudrée d’humour noir et d’émotion, un papa de famille, merveilleusement incarné par Viggo Mortensen, élève seul ses six enfants dans un océan végétal. Un mode de vie extrême et viscéral que le réalisateur Matt Ross, 46 ans, a immortalisé avec panache et inspiration. De passage en France pour promouvoir ce second long métrage, qui devrait bénéficier d’un excellent bouche-à-oreille, l’intéressé a évoqué pour LCI trois pans de son labeur. Morceaux choisis.

Un titre qui n'a pas été choisi au hasard

"Ce titre pose une question, comme le revendique d’ailleurs Viggo Mortensen. Ben, le papa, est-il un Captain Fantastic ? Il s’agit d’établir une comparaison intentionnelle avec les films de superhéros, en suggérant qu’endosser le rôle de parent peut être une tâche héroïque. Est-ce que l’expérience que traversent les personnages est folle ? Sage ? Belle ? Est-ce que ça marche ? Je raconte là l’histoire d’une famille qui adopte une manière de vivre extrême, d’un papa qui abandonne tout, même son travail, pour se consacrer à ses enfants. Je connais des gens qui vivent comme ça. Au-delà de l’exploration de l’existence en marge, je désirais parler de la conscience parentale. Le film rejoint un peu mon passé. Quand j’étais jeune, ma mère a prêté main forte à des gens qui résidaient de manière alternative dans le sud de l’Oregon et au nord de la Californie. Des maisons avaient l’électricité et la plomberie. D’autres non. En été, on dormait dans un tipi. C’était ascétique, loin des routes cimentées et des magasins. J’ai de bons souvenirs de balades dans les bois mais j’avais besoin d’être parmi des enfants de mon âge."

"Je connais des gens qui vivent comme ça"Matt Ross, réalisateur

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De l'importance de communiquer avec les enfants

"Dans le cadre de ce projet, mon intention était de dépeindre le monde réel, n’en déplaise à ceux qui y voient un conte. Il n’y a pas d’univers alternatif ici, personne n’a pas de superpouvoirs. Je voulais montrer que ces gens existent vraiment et les immortaliser à ma façon. Ben, le père, est un homme brave. Il multiplie les sacrifices, fait l’effort d’entrainer ses mômes comme des athlètes. Il leur enseigne l’art. Et tout ça sans l’aide de personne ! Outre la logistique engagée, il leur tient un discours ouvert. Ce qu’il tente de créer, ce sont des enfants et citoyens intelligents, tolérants, aimants, cultivés, etc… Il aime à leur parler clairement de sujets variés, sans mentir. J’étais avec mon fils de 9 ans l’autre jour et, à la radio, ils ont dit le mot "sperme". Il a demandé ce que c’était. Et on en a parlé de façon biologique et normale, sans diaboliser le mot. Quand les attaques de Paris ont eu lieu, on en a discuté également. Il n’y a aucune raison que je le protège car c’est une forme de mensonge. L’important est de recontextualiser les choses et s’adapter aux limites que l’on pose."

Je n’avais personne d’autre en tête que ViggoMatt Ross, réalisateur

Un acteur qui incarne le film à lui tout seul

"Viggo Mortensen était mon premier choix. Je n’avais personne d’autre en tête en écrivant ce film. J’avoue : c’était un peu cavalier car on ne sait jamais qui sera disponible au bout du compte. Nous avons attendu qu’il le soit. J’admire son travail. J’ai envie d’être comme lui (rires). C’est un grand artiste, capable de passer de la poésie à la peinture en passant par la photographe… Il est le visage de ce long métrage. Nous nous sommes immédiatement adoptés. On a beaucoup parlé de paternité. On s’écrivait de longs mails, on a travaillé de manière très organique. Il s’est par ailleurs bien entendu avec les enfants ; ça a été un bonheur de les diriger, même si les petits n’arrivent pas toujours à moduler leur taux de sucre dans le sang (sourire). Mais bon, il y avait des tuteurs et des parents sur le plateau qui les calmaient. Les enfants jouent naturellement, sans notion de business ou de carrière. C’est un terrain de jeu pour eux. Un procédé organique. Je les ai cherchés dans tous les pays anglophones. Nous nous sommes préparés deux semaines avant en faisant des activités : yoga, escalade, musique… Cela les a aidés à regarder Viggo comme un père et un ami."

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