De "Kill Bill" à "Old Boy", le palmarès des "films de vengeance"

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GENRE - Au cinéma, la vengeance est un plat qui se mange froid. A l'occasion de la présentation de "Peppermint" avec Jennifer Garner ce samedi au Festival de Deauville, voici dix "films de vengeance" qui ont bousculé notre parcours de cinéphile.

Dans Peppermint, projeté ce samedi au Festival de Deauville, Jennifer Garner incarne une jeune mère de famille dont le mari et la petite fille viennent d’être assassinés par un gang. Face à système judiciaire corrompu qui remet en liberté les meurtriers qu’elle avait pourtant formellement identifiés, elle décide de prendre les armes pour faire payer tous ceux qui, de prêt ou de loin, sont impliqués. 


On ne compte plus les films, plus ou moins bons, où les personnages principaux cherchent à se venger du mal qu'on leur a fait. Voici une sélections de dix longs métrages qui, sur ce sujet risqué, propose des réflexions complexes.

"Kill Bill" de Quentin Tarantino

De quoi ça parle ? Un mariage en plein désert : un commando fait irruption dans la chapelle, massacre les mariés et leurs invités et disparaît, laissant pour morte la Mariée et l’enfant qu’elle porte. Après quatre ans de coma, la Mariée se lance à la poursuite des assassins...


Pourquoi on adore : Avec Kill Bill, le réalisateur de Pulp Fiction signe une œuvre inclassable empruntant à la fois aux films d’arts martiaux chinois, aux westerns spaghetti, à la japanimation et aux films de samouraïs nippons. L’ensemble donne un concentré de trente années de cinéma bis d’une extraordinaire densité. 

"Old boy" de Park Chan-wook

De quoi ça parle ? A la fin des années 80, un père de famille sans histoire est enlevé un jour devant chez lui. Séquestré, il est relâché 15 ans plus tard, toujours sans explication. Peu de temps après, il est alors contacté par celui qui semble être le responsable de ses malheurs, qui lui propose de découvrir qui l'a enlevé et pourquoi. 


Pourquoi on adore : Le réalisateur coréen Park Chan-Wook montre avec virtuosité les effets de la captivité sur le personnage principal, fait ressentir presque physiquement la relativité du temps qui s’écoule. Une fois libéré, Oh Dae-Soo est motivé par le désir de comprendre, puis de se venger. Lorsque le point de vue bascule du côté du manipulateur, les rôles se brouillent : qui se venge de qui ? Qui est la victime ? Que restera-t-il une fois la vengeance assouvie ? Dès lors, le film prend une dimension qui dépasse la simple vengeance. Le résultat, très surprenant, est devenu culte. 

"Prisoners" de Denis Villeneuve

De quoi ça parle ? Dans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans ont disparu. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard, faute de preuve, entrainant la fureur du père de l'une des deux fillettes. Aveuglé par sa douleur, ce dernier, dévasté, se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les enfants disparus...


Pourquoi on adore Avant de céder au spectaculaire inhérent au whodunit ("qui a fait ça?"), Villeneuve a privilégié le drame humain en prenant le temps de détailler les doutes, les angoisses, les motivations et les comportements de chaque personnage, sans exception. C'est une véritable aubaine pour les comédiens (Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Maria Bello, Viola Davis, Terrence Howard, Melissa Leo ou encore Paul Dano) de défendre des rôles aussi complexes. Le réalisateur de Sicario prend plaisir à manipuler le spectateur au gré de rebondissements inattendus, jusqu'à une conclusion étonnante rappelant L'homme qui voulait savoir (George Sluizer, 1988). Et l'invraisemblable vérité de ce qui se passe invite à méditer sur les forces secrètes qui travaillent notre quotidien le plus familier. 

"J'ai rencontré le diable" de Kim Jee-Woon

De quoi ça parle ? Un agent secret recherche le serial-killer qui a tué sa fiancée...


Pourquoi on adore Comme toutes les oeuvres fortes, J'ai rencontré le diable risque, une fois de plus, de froisser les bien-pensants par sa remise en cause systématique des idées reçues, son sadisme, son jusqu'auboutisme suicidaire et sa misanthropie. Mais ceux qui l'ont vu ne l'ont pas oublié. L'agent secret et le serial-killer n'incarnent pas distinctement le bien et le mal, la vertu et le désordre, mais le mal contre le mal dans une société dépravée où chaque coréen cache un serial-killer potentiel. Ce film-ci appartient à ces joyaux impurs, proches de la transfiguration morbide, qui s'enroulent dans un linceul noir et dessinent les contours d'un drame humain. On ne sursaute pas, on est pétrifiés.

"Le vieux fusil" de Robert Enrico

De quoi ça parle ? L'action se déroule en 1944, à Montauban. Un homme mène une vie paisible avec sa femme et leur fille. Face à l'invasion allemande, il demande à un ami de conduire ces dernières à la campagne. Une semaine plus tard, ne supportant plus l'absence des siens, il rejoint sa famille pour découvrir, avec effroi, que les Allemands ont déjà semé la terreur dans le village...


Pourquoi on adore Un film fort qui a marqué les esprits en son temps (César du Meilleur film, César du Meilleur acteur pour Philippe Noiret, ainsi que César de la Meilleure musique en 1975). Le réalisateur Robert Enrico s'est librement inspiré des évènements tragiques d'Oradour-sur-Glane. En effet, durant le mois de juin 1944, la division panzer SS a été renvoyée en renfort en Normandie : harcelée tout le long par les maquisards, ces allemands ont pris leur vengeance sur une petite commune, l'Oradour-sur-Glane, où la présence de ces maquisards leur avait été signalée : ils ont organisé leur "expédition punitive". Dans l'un de ses rôles les plus durs, Philippe Noiret est impérial.

"La source" de Ingmar Bergman

De quoi ça parle ? Un père hurle, tordu de douleur, invoquant le ciel près du corps de sa fille, violée par trois brutes. C'est toute la misère de l'homme, abasourdi et impuissant, face l'existence du Mal. 


Pourquoi on adore Voilà un film à voir absolument si vous pensez que le cinéma de Ingmar Bergman ne peut séduire que les cinéphiles pointus de cinémathèque et pas les autres. Erreur : il s'agit bel et bien d'un pur film de vengeance et ce bien avant Un justicier dans la ville avec le moustachu Charles Bronson. On se souvient encore de la douleur du père joué par un impressionnant Max Von Sydow et de cette sublime idée de Bergman que face à la laideur du monde, un miracle se produise et qu'en déplaçant le corps mort de sa fille, le père réalise qu'une source jaillit. Impressionné, Wes Craven, futur réalisateur des Scream, en réalisera un remake horrifique avec La dernière maison sur la gauche.

"Que la bête meure" de Claude Chabrol

De quoi ça parle ? Pour venger la mort de son fils, tué par un chauffard, un homme se lance sur la piste du coupable. Il parvient bientôt à retrouver sa trace et devient un intime de sa famille. L'homme se révèle un être abject haï de tous.


Pourquoi on adore En bon connaisseur de Lang et d’Hitchcock, Chabrol adapte un roman anglais de Peter Blake, pseudonyme du poète Cecil Day Lewis, et met en lumière les zones d’ombre de l’âme humaine. Michel Duchaussoy, aveuglé par sa quête, inconsolable depuis la mort de son enfant, est bouleversant. Jean Yanne en ordure sans scrupule, inoubliable.

"The Revenant" de Alejandro González Inárritu

De quoi ça parle ? Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir.


Pourquoi on adore Leonardo DiCaprio et Tom Hardy sont formidables. Quelques fulgurants moments de cinéma, dont une hallucinante attaque de grizzly. Un peu d'esbroufe certes et de plans piochés, entre autres, chez Tarkovski et Jodorowsky. Mais une expérience de cinéma unique.

"L'homme qui voulait savoir" de George Sluizer

De quoi ça parle ? Sur la route des vacances, un couple s'arrête sur une aire d'autoroute. L'homme s'éloigne du véhicule pendant quelques minutes. A son retour, sa compagne a disparu. Fou de douleur, il renonce à sa vie professionnelle et sociale pour se consacrer exclusivement à la recherche de la disparue. Après trois années d'une quête infructueuse, il reçoit une étrange carte postale, dont l'auteur prétend connaître la vérité sur la disparition...


Pourquoi on adore Film oublié, méconnu et pourtant incroyable, L’homme qui voulait savoir s’appuie sur un scénario manipulateur proposant une multiplicité de points de vue et de niveaux de lecture, comme on en voit rarement dans le domaine du thriller. Deux arguments qui devraient inciter les plus curieux à le voir immédiatement : l'excellent acteur Bernard-Pierre Donadieu, dans le rôle du manipulateur qui "sait" ce qui s'est passé, trouve le rôle de sa vie et, surtout, la fin du film est tout simplement l'une des plus noires et des plus traumatisantes de l'histoire du cinéma (vous avez bien lu).

"Hard Candy" de David Slade

De quoi ça parle ? Hayley et Jeff se sont connus sur Internet. Elle est une très belle adolescente de 14 ans, et lui un séduisant photographe trentenaire. C'est elle qui a suggéré d'aller chez lui pour être plus tranquille. Lorsqu'il se réveille, Jeff est ligoté et Hayley retourne tout chez lui. Elle a des questions à lui poser, et elle est décidée à obtenir des réponses. Sur le net, elle a également appris comment on pouvait jouer avec un bistouri, et elle meurt d'envie d'essayer...


Pourquoi on adore Ce qui réunit les deux protagonistes de Hard Candy se révèle mystérieux et, surtout, tordu. Le secret est habilement préservé pour n’être révélé qu’à la toute fin même s’il demeure quelques frustrations qui obligent le spectateur à proposer sa propre interprétation des événements. Et si l'on se passionne pour ce huis-clos dérangeant où les rôles de prédateur sont inversés, c'est avant tout pour ses deux acteurs : Patrick Wilson qui exprime bien la douleur et la détresse psy et surtout Ellen Page qui révèle une maturité exceptionnelle pour son âge dans des situations dures qu'elle assume sans rechigner. 

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