Deauville 2015 : "Everest", l'anti-blockbuster qui donne le vertige

Deauville 2015 : "Everest", l'anti-blockbuster qui donne le vertige

VERTIGINEUX - Après un hommage vibrant rendu à Keanu Reeves, le 41ème Festival du Cinéma Américain de Deauville a projeté vendredi soir, en avant-première, l’anxiogène "Everest" de Baltasar Kormákur. Un spectacle, en salles le 23 septembre, qui se vit le souffle (souvent) coupé.

Ascensions phénoménales, périples de jusqu’au-boutistes chevronnés, trajectoires homériques… Au fil de son histoire, l’industrie du cinéma a souvent pioché dans ces récits hors normes qui célèbrent l’abnégation, le courage, la puissance du mental et toutes ces qualités prescrites quand l’homme est confronté à la nature et à l’impétuosité de ses éléments. C’est ce que propose ici le cinéaste islandais Baltasar Kormákur en portant à l’écran le livre Tragédie à l’Everest de Jon Krakauer. Lequel revient sur deux expéditions menées en 1996 et endeuillées par la mort de vaillants aventuriers. 

A contre-courant d’oeuvres telles que Cliffhanger ou Vertical Limit, qui s’arrogèrent un droit d’invraisemblance prodigieux, Everest est animée par une volonté aussi incorruptible que la passion de ses héros ; celle de conjuguer grand spectacle et réalisme criant. Tourné entre le Népal et les Alpes italiennes (concernant les décors naturels), Kormákur utilise le relief de manière optimale pour donner à vivre, sans plans d’épate ou de pirouettes numériques ostensibles, l’expérience Everest. Ses paysages enchanteurs et vertigineux. Sa musique. Ses sautes d’humeur climatiques. Et ces nombreux tours opérateurs qui se font la concurrence, souvent au détriment de la sécurité des touristes, pour vendre de l’adrénaline.

Une aventure sans héros

Le scénario, qui refuse toute ingérence sensationnaliste gratuite, s’échine à suivre dans une première partie chacun de ses sujets et d’en brosser le portrait détaillé. N’essayez d’ailleurs pas d'identifier le "premier de cordée", figure éculée du héros omniscient et omnipotent. Ici, tout le monde est logé à la même enseigne : Jason Clarke, Josh Brolin ou Jake Gyllenhaal. Si l’introduction des personnages s’avère fastidieuse et assez ennuyeuse, la seconde partie relève considérablement le niveau et impressionne par le souci du détail déployé. Le manque d’oxygène, les engelures, le vent qui fouette, le ciel vociférant, la neige aveuglante, les esprits qui vacillent… L’impression d’être pris au piège est totale. Rarement survival n’aura été aussi viscéral et concret.    

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