Deauville 2016 : Captain Fantastic, un shot de rire et d’émotion

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CRITIQUE - Après ses passages à Sundance et à Cannes, où il a obtenu le Prix de la mise en scène au Certain Regard, Captain Fantastic a investi ce samedi matin le Festival de Deauville de façon héroïque. Ce feel-good movie de Matt Ross, centré sur un père de famille (Viggo Mortensen) qui choisit d’élever ses enfants en marge de la société, a galvanisé le public. Emouvant !

Quelque part dans le nord-ouest américain… Au milieu des sapins qui murmurent à l’oreille des cieux, six enfants, dissimulés sous un océan de chlorophylle, chassent sous l’oeil fiérot de leur papa Ben. Visage hirsute, look de festivalier woodstockien, allure débonnaire, le monsieur a choisi d’élever ses garnements en les préservant de la violence mercantile, du consumérisme vampirisant, des méfaits de la pollution et de ces maudits aliments génétiquement modifiés… Sa méthode ? Communiquer sans filtre, de manière crue, qu’il soit question de sexe, de religion, de philo ou d’oenologie.  


Là où les autres gamins apprennent le monde entre les quatre murs d’une salle de classe, les siens le découvrent et le vivent à ciel (très) ouvert. Varappe sous la pluie, gainage tonifiant, courses effrénées, arts martiaux… : leurs activités physiques ont pour objectif de développer leur musculature, de sorte qu’elle soit à l’épreuve de la vie. Et quand le corps ne travaille pas, c’est le ciboulot qui tourne comme les turbines du Titanic. Du naturaliste Tom Brown au linguiste et philosophe Noam Chomsky en passant par le scientifique Jared Diamond ou Les frères Karamazov de Dostoïevski, rien n’échappe aux filets de leur culture. 



Récit intime


Hélas, cette eurythmie familiale se désarticule le jour où Ben apprend le suicide de son épouse bipolaire. Traité comme un paria par son beau-père, qui entend l’empêcher d’assister aux funérailles, le héros de Captain Fantastic va contre-attaquer en embarquant sa smalah dans un minibus, façon Little Miss Sunshine, pour honorer le voeu ultime de sa bien-aimée : l’incinération. Pour son second film en qualité de réalisateur, l’acteur américain Matt Ross adopte ainsi le genre du road-trip afin de dresser le portrait émouvant d’une famille pas si fonctionnelle. Lui-même a d’ailleurs connu, plus jeune, un mode de vie alternatif entre l’Oregon et la Californie.  


C’est donc de manière personnelle et sensible que le cinéaste va faire de Ben, superbement interprété par Viggo Mortensen, l’épicentre de son intrigue. Ou comment ce père, obsédé par l’érudition et l’invulnérabilité qu’il souhaite tatouer sur ses progénitures, verra sa pensée se modifier, muter et saigner au gré des étapes de ce voyage collectif. Si les thèmes abordés relèvent dans leur grande majorité du drame pur, Captain Fantastic n’est pas du genre à faire exploser le cours du Lexomil en bourse. Ici, l’humour (noir) grimpe toujours sur les épaules du désespoir et le rire masque constamment les hurlements de la tristesse.


Eclairés par la belle lumière de Stéphane Fontaine, le chef-op de Jacques Audiard, les jeunes comédiens qui entourent Mortensen ne sont pas en reste. Castés aux quatre coins du globe, ils composent une famille attachante dont le naturel et la spontanéité irradient de toutes parts. Il coule entre eux un ciment de bons sentiments, qui fige parfois l’entreprise dans une vision démonstrative, voire naïve, du conformisme pris pour cible. Une critique du système qui, sur la dernière ligne droite, est parfois noyée par un assagissement du propos, par des saillies normatives. Mais comment résister au regard triste et éclairant de Viggo ? Comment ne pas s’abandonner à cette fable écolo si généreusement usinée, jusqu’à son final lacrymal ? Comment ? Réponse en salles le 12 octobre. 


En vidéo

Le message politique de Viggo Mortensen sur la Croisette

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