Deauville 2016 : "Christine", ou le suicide télévisé vu par Antonio Campos

CINÉMA
CRITIQUE - Présenté en compétition ce mercredi matin au Festival du Cinéma Américain de Deauville, le long métrage "Christine" d’Antonio Campos retrace l’histoire vraie d’une journaliste qui s’est suicidée en direct à la télévision dans les années 1970. Une peinture clinique et inégale, sauvée par son interprète principale : Rebecca Hall.

Non, la nouvelle réalisation d’Antonio Campos, auteur du remarqué Afterschool en 2008, ne (re)met au goût du jour la voiture malveillante imaginée par Stephen King. Son troisième film Christine n’a effectivement rien de surnaturel. Il s’inscrit plutôt dans le terreau d’une triste réalité : le destin terrible de la journaliste floridienne Christine Chubbuck, décédée le 15 juillet 1974 après s’être tirée une balle en pleine tête en direct à la télévision. Partant de ce fait divers, le cinéaste de 33 ans en a profité pour brosser le portrait d’une femme encellulée au milieu de ses perspectives personnelles et professionnelles.


Christine situe ainsi son action quelques semaines avant la tragédie. L’héroïne travaille pour la chaîne WRZB, une structure cahotante et vouée aux oubliettes si sa courbe d’audience ne s’inverse pas de toute urgence. A l’image du récent long métrage Night Call de Dan Gilroy, avec Jake Gyllenhaal, l’idée consiste pour l'équipe en place à traquer le sensationnalisme jusqu’à sa moelle, à trouver des mesures palliatives, quitte s’abîmer sur les rives putrides du reportage-poubelle. Dans ce contexte difficile, Christine s’accroche à ses ambitions en essayant de ne jamais ployer.


Emotion aux abonnés absents

Mais comment tenir la distance alors que sa vie personnelle est un naufrage ? Entre ses rapports houleux avec sa maman, le kyste dangereux qui grandit dans son bas ventre et une situation amoureuse réduite à néant, Christine tâtonne, raidie dans ces tailleurs ternes. Impossible de juguler son stress, qu’il soit question de répondre aux avances d’un présentateur de JT (incarné par Michael C. Hall, l’interprète de Dexter à la télévision) ou de parler à son chef. L’héroïne autorise en effet la crise identitaire qu’elle traverse à bâtir des murs entre elle et elle-même, entre elle et les autres.


Dans le rôle-titre, la comédienne Rebecca Hall s’en sort avec les honneurs. On la sent engagée et complètement au fait de la personnalité qu’elle habite. A bien des égards, son investissement éclaire le long métrage et éloigne le spectateur d’une narcose totale. Parce qu'hélas, Antonio Campos ne parvient pas à tirer suffisamment profit du talent de l'actrice, échouant, à cause notamment d’une mise en scène figée, à donner de la chair aux enjeux existentiels traités. Bien sûr : nous les devinons, nous les comprenons mais jamais leur concrétisation à l’écran ne hisse l’émotion vers le haut.


Les sentiments se coagulent ainsi, lentement mais sûrement, dans une atmosphère lugubre et propice à un ennui assez poisseux. Les séquences de perte de contrôle, de tristesse, de mélancolie et autre isolement social se succèdent, sans électrochoc, à un rythme engourdissant. Par conséquent, lorsque le drame survient et que le coup de feu retentit, le bruit semble étouffé, presque lointain. Au lieu de nous coller à notre siège, il ne fait que rappeler tout ce que le scénario a échoué à bâtir : à commencer par cette maudite empathie, qu’on aurait souhaitée bien plus grande. 


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