Deauville 2016 : "Goat", ou le bizutage comme vous ne l’avez jamais bu

CINÉMA

ON HESITE - Lundi matin, le Festival du Cinéma Américain de Deauville a accueilli le jeune cinéaste Andrew Neel venu présenter, en compétition, son second long métrage : "Goat". Soit une plongée parfois remuante dans les entrailles des fraternités étudiantes et de leurs pratiques du bizutage. Bilan mitigé.

Cris, drogues, alcool, hystérie amicale et collective… Brad Land, 19 ans, déserte très tard dans la nuit une bruyante soirée. Avant de regagner l’habitacle de sa voiture, deux individus étranges l’alpaguent et lui demandent s’il peut les reconduire jusqu’à leur domicile. "C’est au bout de la rue", insiste l’un d’eux. Le coeur sur la main (la peur au ventre, aussi), le jeune homme accepte et se retrouve bientôt au beau milieu d’une route abandonnée où il se fait copieusement frapper et humilier. Et ce, sans jamais vraiment trouver le courage de se défendre.

Brisé dans sa chair, il se repose lentement sur l’épaule réconfortante de son frère aîné, membre d’une fraternité universitaire très en vue. Une fois remis -du moins sur le plan physique-, Brad nourrit vite le souhait de rejoindre cette communauté d’étudiants, visiblement garante d’une protection à toute épreuve. Des liens, de l’amitié, de la popularité : tel est le cocktail en forme de panacée qu’il espère ingurgiter pour aller mieux, pour renaître. Le hic, c’est que, malgré les réserves de son frangin, il a oublié l’essentiel : ce satané bizutage inhérent à l’assimilation rêvée.

Condamnation ferme, originalité absente

Nul doute que le réalisateur Andrew Neel, dont c’est le second long métrage, a dû étudier en amont de ce projet le fonctionnement des groupes de jeunes dont il brosse là le portrait. Sûrement parce que ce diplômé de Columbia a fait ses dents dans le documentaire, avec succès. Son regard sur le bizutage, qu’il modèle dans sa brutalité la plus stricte, ne laisse aucune place au doute. En montrant avec frontalité de multiples moments d’avilissement (les bizuts -qualifiés de goats, chèvres en anglais- se font traîner dans la boue, martyriser, reçoivent de l’urine et des coups…), il vilipende en effet ces pratiques d’une effarante stupidité.

Là où l’arête se coince hélas dans la gorge, c’est dans la position ambivalente de son héros. Lequel se libère graduellement des sévices qu’il a reçus en s’infligeant une nouvelle forme de violence, supposée cette fois faire de lui un homme plein de testostérone. Si la peinture (sans surprise) de la réalité des fraternités, déjà traitée à foison par d’autres réalisateurs, ne manque pas de panache, les contours psychologiques du héros meurtri sont hésitants. 

A défaut de déranger ou de secouer, son cheminement indécis achève de nous frustrer. Rien ne vient par ailleurs ouvrir les perspectives d’une quelconque forme réflexion. Le film soulève des interrogations passionnantes auxquelles il ne répond jamais. Au bout du compte, ces mecs finissent par se cannibaliser sans laisser de message autre qu’une condamnation sinon subtile, du moins utile.

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