Deauville 2016 : Kristen Stewart et Michelle Williams déçoivent dans "Certain Women"

CINÉMA
CRITIQUE - Après avoir remporté le Grand Prix du Jury à Deauville en 2013 pour "Night Moves", la réalisatrice américaine Kelly Reichardt réinvestit cette année la compétition avec le drame "Certain Women", porté par Laura Dern, Michelle Williams et Kristen Stewart. Verdict ? Une déception totale.

On l’avait laissée en 2013, heureuse lauréate du Grand Prix à Deauville pour Night Moves, la plus accessible de ses réalisations. Pour rappel, ce drame, également passé par la case Venise, relatait la destinée de trois militants écolos qui faisaient sauter un barrage hydroélectrique. Trois ans plus tard, la cinéaste floridienne Kelly Reichardt a décidé de revenir à ses fondamentaux avec Certain Women, son sixième long métrage. En l’occurrence : un cinéma pastoral, minimaliste et spartiate, qui trouve son essence dans la lyophilisation de l’émotion.


Comme son titre l’indique, cette nouvelle oeuvre prend le pouls de trois femmes lambdas, en lutte contre une réalité prosaïque, quelque part dans un Montana délavé et fuligineux. Le premier plan, qui rappelle la passion de la réalisatrice pour la photographie, donne d’ailleurs le triste tempo, avec ce train qui sillonne des paysages ternes en graillonnant une fumée noirâtre. Une courte traversée qui fait écho à celles des trois héroïnes, sorties tout droit des nouvelles Both ways is the only way I want it : Stories de l’écrivaine Maile Meloy.


Où est l’émotion ?

La première (Laura Dern) est une avocate qui intervient lors d’une prise d’otage menée par un de ses clients, estimant avoir été lésé. La deuxième (Michelle Williams, l’actrice fétiche de Reichardt), fraîchement installée dans le coin, tente de convaincre, avec l’aide de son mari, un vieil homme de vendre son stock de pierres. La troisième (Kristen Stewart), animatrice d’ateliers d’aide juridique, se lie d’amitié avec une ouvrière agricole qui suit ses cours. Trois trajectoires différentes, habitées par des comédiennes spectrales et anémiées, qui vont ainsi se frôler, flirter, sans se rencontrer avec le fracas de ces destins croisés dont raffole notamment Iñárritu.


Non : ce n’est pas le genre de la maison. Kelly Reichardt préfère filmer à hauteur d’humain, peindre avec sa caméra des portraits de petites gens, s’attarder sur les détails, les regards. Avec le magnifique Wendy et Lucy, elle nous avait prouvé ô combien donner son temps au temps pouvait faire décoller un métrage comme une fusée. Certain Women est bâti ainsi, avec trois toiles qui se tendent sur l’existence terne de ses sujets. La maîtrise du cadre et la qualité de la lumière sont éclatantes. C’est indubitable. Mais cette fois, elles ne suffisent pas. Pis, elles empêchent toute embardée émotionnelle.


Dans sa volonté de signifier littéralement la misère sociale, la solitude ou le manque affectif, Reichardt surligne en effet chacune des situations qu’elle immortalise. Si bien que le réalisme espéré demeure constamment prisonnier d’intentions formelles et narratives trop ostensibles. Tout (ou presque) est surfait : la diction de ses veules personnages, visiblement sous l’emprise d’un container de Valium, leur mouvance apathique à l’écran, leurs vêtements exagérément amples et apparemment cousus il y a un temps immémorial… Au final, ce n’est pas tant l’ennui - plus manifeste que jamais - qui pose problème mais l’incapacité pour cette passionnante cinéaste de sortir de ses basiques.

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