Deauville 2016 : Rachel Weisz sublimée dans "Complete Unknown"

CINÉMA

ON AIME - Douze ans après avoir remporté le Grand Prix du Jury à Deauville avec "Maria, pleine de grâce", le réalisateur américain Joshua Marston retente sa chance cette année avec "Complete Unknown" (date de sortie française encore inconnue). Rachel Weisz y incarne une femme étrange et complexe, adepte du dédoublement de la personnalité. Fascinant.

En 2004, avec Maria, pleine de grâce, Joshua Marston faisait une entrée fracassante dans la planète cinéma. Ce Californien de 48 ans, diplômé de sociologie et de sciences politiques, plongeait le spectateur en apnée dans le quotidien d’une jeune colombienne officiant comme "mule" au sein d’un trafic de stupéfiants. Grand Prix et Prix de la Critique à Deauville, ce drame poignant sera suivi en 2011 d’une oeuvre plus confidentielle, inédite en France et centrée sur une famille albanaise dans la débine : The Forgiveness of Blood

Espérons en tout cas que son troisième long métrage, Complete Unknown, en compétition à Deauville, connaîtra un destin un peu moins silencieux. Le réalisateur y offre le rôle principal à la magnifique Rachel Weisz : celui d’Alice, une femme énigmatique qui a pris la lourde décision de fuir son passé. Pour y parvenir,  l’intéressée a tiré un trait sur ses parents, qui la croient (a priori) morte, et sur sa vie amoureuse, histoire de renaître sous une luxuriance de personnalités. En somme : une jungle identitaire qui va finir par la perdre.

Dédales et réflexions

Le scénario nous rappelle ici, entre dialogues profonds et silences parlants, combien les mensonges peuvent être douillets et confortables pour qui souhaite disparaître pour un jour. Ou pour toujours. C’est le cas de cette Alice (en réalité Jenny) qui s’est baladée de femme gothique en spécialiste des grenouilles, changeant d’habits, de looks et de métiers avec une liberté où cohabitent jouissance et détresse. Marston la filme de près, avec des gros plans convaincants, des floutages qui font sens, parcourant le sublime visage de Rachel Weisz, s’attardant avec finesse sur son regard si magnétique. 

Les choses se corsent véritablement quand l’héroïne se débrouille pour se retrouver à la soirée d’anniversaire de Tom (excellent Michael Shannon), un homme marié, à la vie bien rangée, avec qui elle a un passé commun. C’est auprès de lui qu’elle espère faire marche-arrière, aller à rebours de ses usurpations systématiques, faire tomber une nuée de dominos, de souvenirs factices et de mots susurrés afin de revenir à la case-départ. Afin de renouer avec sa personnalité perdue. Un voyage vaporeux, sur une temporalité d’une nuit, qui va également faire bouger les lignes de Tom.

Complete Unknown, comme son titre l’indique, parle de l’inconnu, de ce qui suit le mensonge et de ce qu’il implique d’infinitésimal comme de drastique. Joshua Marston ne se presse jamais. Il s’éternise sur la gestuelle de Jennie/Alice, sans la juger, sans la moquer, faisant d’elle une figure tour à tour pathétique, fascinante, agaçante, drôle et forte. Il offre aussi, entre les discussions du duo principal, des moments d’accalmie où le spectateur peut visiter ses propres dédales. Le long métrage a en effet ce pouvoir de nous stimuler, de nous provoquer avec délicatesse et de nous interroger : serions-nous tenter de disparaître, aussi, sous la peau d’un(e) autre ?

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