Deauville 2016 - "Teenage Cocktail" : dans le cauchemar du mannequinat en ligne !

CINÉMA

CRITIQUE - Jeudi après-midi, le Festival du Cinéma Américain de Deauville a projeté "Teenage Cocktail", le premier long métrage du jeune cinéaste John Carchietta. Lequel retrace la trajectoire cauchemardesque de deux adolescentes qui s’exhibent sur le net. Si le sujet est fort, le traitement l’est beaucoup moins. Explications.

"Je croyais que tu m’aimais" lance la belle Jules, haletante, en s’adressant à sa chérie Annie. Tout de suite après cet aveu, leur voiture, filant à vive allure, se fait violemment emboutir par un pick-up. C’est sur cette scène pour le moins percutante que s’ouvre Teenage Cocktail, le premier long métrage du réalisateur New Yorkais John Carchietta. Une entrée en matière qui indique, sans préavis, que le récit à suivre ne se terminera pas forcément très bien.

Amours adolescentes

Flash-back. Comme beaucoup d’ados à travers les Etats-Unis, Jules rêve de quitter sa banlieue gonflante pour croquer la Grosse Pomme jusqu’au trognon. En attendant d’y parvenir, elle danse ; une façon comme une autre d’extérioriser ses démons et de tordre les ligaments de l’ennui. Quand la timide Annie la découvre en pleine répétition, les atomes crochus se mettent au garde-à-vous. Entre ces deux filles -que tout semble opposer- commence alors un jeu de séduction.

Très vite, la passion leur mord le ventre et engendre le désir d’une fuite impérieuse, d’une dérobade thérapeutique vers un futur plus engageant. Pas question en effet pour elles de finir serveuse au café du coin et de distribuer ad vitam aeternam des milkshakes aux gamines de leur lycée. Pour tutoyer les étoiles de Broadway, elles ont besoin d’argent. Et pour en trouver, Jules n’hésite pas à initier Annie au mannequinat en ligne. Le principe ? Elles portent des masques pour cacher leurs visages, lancent la webcam et se meuvent de façon lascive devant des clients qui payent la "prestation". 

Overdose d’influences

A mesure que l’amour solidifie leurs rapports, les deux jeunes filles se lâchent, s’en donnant à coeur joie dans des vidéos toujours plus suggestives… Jusqu’au point de non retour, celui qui fait basculer les bêtises de l’adolescence vers la catastrophe (sanglante). Cette descente aux enfers, John Carchietta la maniérise en la drapant notamment d’un voile ouaté. Plan après plan, il multiplie effectivement les tics esthétisants propres, par exemple, au cinéma de Sofia Coppola ou de Miranda July : couleurs rosâtres et pastels, musique éthérée, floutage appuyé…

Rien d’étonnant, au fond, quand on sait que le jeune cinéaste passe le plus clair de son temps dans les cinémas d’art et d’essai de Manhattan. Il lui est malheureusement impossible de se dépêtrer de ses influences encombrantes. Lesquelles sont balancées à l’écran, tout de go, sans avoir été digérées correctement. Entrevoir une quelconque patte personnelle derrière cette énième variation sur les (grosses) conneries de l’adolescence relève ainsi de l’impossible. Et si ses deux comédiennes ne manquent ni de charme ni de panache, Carchietta livre un point de vue et un traitement attendus et convenus sur une période que ce cinéma arty, qu’il adule tant, a déjà essoré jusqu’à la lie. 

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