Deauville 2016 - "The Free World" libère ses amants (pas) terribles

CINÉMA
CRITIQUE - Dimanche après-midi, les festivaliers ont pu découvrir à Deauville "The Free World", le premier long métrage de Jason Lew. Présenté en compétition, ce drame scanne maladroitement l’amour qui unit un ancien prisonnier à une jeune femme au passé trouble. Une romance noire qui ne fait pas battre les coeurs.

Avec son physique musculeux et son regard doux, Mo (Mohamed) Lundy, incarné par Boyd Hollbrook, pourrait passer pour le frère spirituel de Tom Hardy et de Matthias Schoenaerts. Relâché de prison après avoir purgé une peine pour un crime qu’il n’a pas commis, le héros de The Free World a longtemps dû serrer les poings et les dents par instinct de survie. A présent dehors, à l’air libre, il a opté pour une reconversion (un brin) symbolique : un poste dans un refuge pour animaux abandonnés.


Au contact de ces bêtes maltraitées, l’intéressé panse en effet les meurtrissures de son épopée carcérale. Et sa paix intérieure, il la trouve dans la pratique assidue de l’Islam, religion à laquelle il s’est converti derrière les barreaux. Un nouveau départ discret dont la fragile harmonie va pourtant voler en éclat le jour où il recueille chez lui une femme ensanglantée et désemparée (interprétée par Elisabeth Moss de la série Mad Men). Bientôt, le passé trouble de la malheureuse plonge Mohamed dans la panade et le pousse à prendre une décision lourde : veiller sur elle.

Romance (noire) préfabriquée

La première réalisation de Jason Lew repose ainsi sur la trajectoire sacrificielle de son protagoniste, cet homme au grand coeur qui, en s’entichant de madame, devra graduellement tirer un trait sur une liberté si chèrement retrouvée. Une thématique propre aux histoires d’amour grandes et tragiques que le cinéaste sino-américain, auteur du scénario de Restless de Gus Van Sant, entend là aborder en se mettant hors des clous ; à l’instar des amants terrible de Bonnie & Clyde, vers lequel tend parfois le métrage.


Hélas, pour gagner le coeur des spectateurs dans ce cas de figure précis, les personnages ont besoin d’être impeccablement écrits, pensés et dépeints. La passion, également indispensable, doit se ressentir dans les gestes, les regards, les souffles. C’est ici tout le contraire. Dialoguée à la spatule, sans inflexion émotionnelle, cette idylle brève et tourmentée, fardée d’une maladroite atmosphère de (pseudo) film noir, se construit beaucoup trop rapidement pour qu’on y croit. Si bien que dans l’intimité comme dans la cavale des amoureux, on ne ressent ni morsure au ventre ni urgence de vivre. Juste un sentiment de gênante vanité.

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