Festival de Deauville 2017 - Pierre Lescure : "Le cinéma de Francis Ford Coppola a été une révélation"

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INTERVIEW - Le 43e Festival du film américain de Deauville s'ouvre ce vendredi soir, pour se poursuivre jusqu'au 10 septembre. A cette occasion, le président du Festival de Cannes nous parle de son amour du cinéma US.

LCI : LCI : Quel film vous a fait aimer le cinéma américain ?

Pierre Lescure : J’ai découvert le cinéma américain très tôt, gamin. Je devais avoir 10 ans, au milieu des années 50. Ma mère m’avait emmené voir "Scaramouche" (George Sidney, 1952), un film de cape et d’épée en Technicolor, grand écran pour l’époque, où Stewart Granger faisait tout ce que Jean Marais faisait très bien chez nous. On y retrouvait toutes les conventions du film de cape et d’épée, y compris la fameuse scène qui se déroule dans une salle de théâtre – l’acteur attrape le cordon et se laisse balancer jusqu’à la scène. Le déploiement de moyens, les comédiens - Stewart Granger, bien sûr mais aussi Janet Leigh, Eleanor Parker, Mel Ferrer, l’amour des seconds rôles aux gueules incroyables… Tout cela m’a donné une envie folle de voir des films américains. J’ajoute tout de même la découverte via mon oncle des séries noires – Raymond Chandler, Peter Cheyney, Jonathan Latimer etc. Il faut se rappeler qu’il n’y avait pas Wikipédia ni le net à l’époque mais j’ai appris dans des revues et des livres de cinéma que ces écrivains avaient travaillé sur des adaptations pour le cinéma, pas nécessairement de leurs romans. De fait, j’ai commencé à voir ces films noirs et j’adorais ça. C’était au moment où les récits étaient incroyablement aigus, pointés, cursifs, à l’os. J’adorais cette linéarité du récit, que ce soit en littérature ou au cinéma. Et quand vous commencez, vous n’arrêtez plus.

LCI : LCI : Et votre découverte du cinéma indépendant américain ?

Pierre Lescure : Trois mots, Francis Ford Coppola. Son cinéma a été une révélation. J’étais fou de son cinéma dans les années 70. Plus globalement, ma découverte remonte aux années 60. A l’époque, je travaillais à la radio et un soir, en sortant, je suis allé voir "Propriété privée" (Sydney Pollack, 1966) au cinéma. Et j’ai découvert un nouveau cinéma, une nouvelle façon de filmer, de jouer ou de raconter des histoires, un peu comme La Nouvelle Vague en France. A partir de là, j’ai suivi le cinéma indépendant off Broadway.

Je suis tombé amoureux de Audrey Hepburn à l'âge de 13 ansPierre Lescure

LCI : Si vous deviez citer une actrice américaine…

Pierre Lescure : Quand je revois de vieux films américains, je suis toujours aussi émerveillé par Gene Tierney. Je ne suis pas tout seul, nous sommes quelques millions à travers le monde à considérer "Laura" (Otto Preminger, 1944) comme l’un des plus grands polars au monde. C’est à tomber. Mais pour être totalement franc, la comédienne qui, à la ville comme à la scène, me rendait dingue, c’est Audrey Hepburn. Je suis toujours ému quand je pense à elle. Je suis tombé amoureux d’elle à l’âge de 13 ans. J’achetais "Cinémonde", le grand magazine cinéma de l’époque, pour savoir où les films dans lesquels elle jouait étaient diffusés. Ainsi, les films sortaient d’abord à Paris, puis en province. Donc je me rendais dans les cinémas de banlieue pour voir ses films. Au gré de mes lectures, j’avais appris que cette femme, que j’avais adoré dans "Charade", "Drôle de frimousse", "Breakfast at Tiffany’s" et qui avait joué dans des comédies légères comme des films à grand spectacle, n’avait jamais été heureuse ni même épanouie avec ses différents partenaires. Comme nous n'avions que 16 ans de différence, je me suis dit qu’à 20 ans, je la rencontrerai et je la rendrai heureuse. Figurez-vous que cela ne s’est pas fait (il rit). Le pire, c’est que j’ai rencontré son fils et bien que ce soit un homme intelligent et agréable, je n’en avais rien à faire !

LCI : Un acteur américain ?

Pierre Lescure : Parmi les "disparus", Robert Mitchum. Je suis allé voir tous les films, je me suis procuré toutes les VHS puis tous les DVDS. Ce minimalisme, cette voix, cette tenue, les rôles mythiques, les films de guerre comme les films plus fantaisistes... Je suis enjoint à lire ses mémoires. Vraiment un immense acteur. Chez les "vivants", je ne vais pas être très original, je dirais Robert De Niro. Toujours impeccable, même dans ses rares nanars. Prenez un film comme "Midnight Run" (Martin Brest, 1988), qui n’est pas un grand film, il est impeccable dedans. Sinon, j’ai toujours beaucoup de tendresse pour Robert Downey Jr. Je suis passionné par ce genre de destins. Pour tout le monde, à Hollywood, c’était un "dead body", il ne devait pas se relever et il est devenu archi bankable avec la saga Iron Man. Cela impose le respect.

Le festival du film américain de Deauville se déroule du 1er au 10 septembre.

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