"Demolition" : voyage au cœur du deuil le plus bruyant du monde

CINÉMA

ANTI-STRESS – Après "C.R.A.Z.Y." ou "Dallas Buyers Club", le cinéaste québécois Jean-Marc Vallée raconte dans "Demolition", en salles ce mercredi, le deuil d’un mari confronté à la mort subite de son épouse. Portée par la prestation parfaite de Jake Gyllenhaal, son œuvre va faire du bruit !

Chaque année, aux quatre coins de la planète cinéma, des scénarii de qualité patientent des lustres avant de rencontrer la bonne personne. A Hollywood, ils sont traditionnellement parqués dans une fameuse black-list. Celui de Demolition, qui en faisait partie, a fort heureusement fini par atterrir entre les mains du cinéaste québécois Jean-Marc Vallée, lequel a succombé à sa narration non conventionnelle. "Le texte capture quelque chose de fort", confie-t-il. "Il est beau, fin, différent. J’ai ri, j’ai été incroyablement ému et, en le refermant, j’ai pleuré comme un enfant."

Cette œuvre, que son auteur qualifie de "rock’n’roll", plonge Davis, un banquier d’affaires amorphe, dans un veuvage prématuré. "C’est une âme perdue qui n’a pas la décence de réagir face à la mort accidentelle de son épouse", poursuit Vallée. Pour ranimer ses émotions, inscrites aux abonnés absents depuis Mathusalem, le bonhomme va alors se mettre à tout dégommer sur son passage. Electroménager, horloge, murs, fenêtres… rien (ou presque) n’entame dès lors la violence cathartique à laquelle il s’adonne dans le cadre d’une destructive (inconsciemment) constructive.  

Incroyable Jake Gyllenhaal

Sorte de produit (semi) monstrueux d’une époque individualiste, le héros dudit récit trace là son sillon bruyant et défoulatoire dans les tripes d’un terreau légèrement surréaliste. "Mon film prend les allures d’une fable où tout est traité avec plausibilité et authenticité", insiste le réalisateur. "Davis est le reflet de ce qu’on vit. Comme lui, on devient tous engourdis par le système : on veut du fric, une voiture, une maison, des gosses… Je me suis identifié à lui. Sa quête, je la comprends totalement." 

Ce personnage, Jean-Marc Vallée l’aime tout autant que Jake Gyllenhaal, qui l’incarne merveilleusement. "C’est un acteur brillant, profond, intelligent, qui n’a pas peur des défis. Il tenait vraiment à endosser le rôle. La mélancolie de son visage est un cadeau, elle servait parfaitement notre récit." Libérateur, galvanisant, pop et touchant, Demolition construit un joli escalier qu’emprunteront tous ceux qui ont eu à remonter des pentes. Et nous rappelle, comme disait Van Gogh, qu’"il faut commencer par éprouver ce qu’on veut exprimer." A méditer... en silence. 

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