Denzel Washington : "C’est un privilège, un immense plaisir et une grande responsabilité d’adapter Fences"

Denzel Washington : "C’est un privilège, un immense plaisir et une grande responsabilité d’adapter Fences"

INTERVIEW – LCI a rencontré l’acteur et réalisateur de Fences. Cette adaptation d’une pièce d’August Wilson sur le quotidien d’une famille afro-américaine dans les années 50 est nommée quatre fois aux Oscars cette année.

Comment décririez-vous l’univers d’August Wilson ? 

Denzel Washington : Vous connaissez Tennessee Williams, Arthur Miller, Eugene O’ Neill, Edward Albee... August Wilson joue dans la même cour que ces auteurs : c’est un des plus grands écrivains américains. C’est non seulement un privilège mais aussi un immense plaisir et une grande responsabilité d’adapter son travail à l’écran. 

Il est célèbre pour traiter des questions afro-américaines ?

D.W : Ses histoires sont afro-américaines mais les thèmes qu’elles abordent sont universels. Les maris et les femmes notamment. Les frustrations de Troy dans Fences, et la dynamique de ses relations avec sa femme et son fils, pourraient être celles d’un Français, de n’importe qui.

Comment définiriez-vous le titre du film (« Fences » signifie barrières, ndlr) ? 

D.W : Il y a une réplique de la pièce qui l’explique très bien : « Certains construisent des barrières pour garder certaines personnes à l’intérieur et d’autres à l’extérieur. » Je n’ai pas cherché à mettre de symbolisme dans le film : j’ai laissé August Wilson me guider. Je n’ai fait qu’essayer de donner vie à ce qui est dans la pièce.  Mais les barrières sont ici psychologiques, sociales et émotionnelles. 

Il m’a fallu 5 ans pour me décider et travailler au point que je me sente assez confiant pour y aller en tant que réalisateur"- Denzel Washington

Avez-vous eu envie d’adapter cette pièce en 2010, quand vous la jouiez sur scène ? 

D.W : A vrai dire, on m’a proposé de faire l’adaptation cinéma avant que je ne la joue. Il y a 7 ans, 7 ans et demi, Scott Rudin, mon producteur, est venu me voir avec ce scénario. J’ai alors réalisé que je n’avais jamais lu la pièce que j’avais pourtant vue sur scène dans les années 80. Et très vite, j’ai appelé pour dire que je voulais moi aussi la jouer. Nous avons casté la formidable Viola Davis et nos autres partenaires, nous avons eu un énorme succès et je me suis alors demandé si je pourrais en faire un film. Il m’a fallu 5 ans pour me décider et travailler au point que je me sente assez confiant pour y aller en tant que réalisateur. Je savais que les acteurs de la pièce referaient le film, sauf les enfants qui avaient trop grandi, mais je voulais aussi un scénario à la hauteur.

En quoi est-ce différent de jouer Troy au cinéma ? 

D.W : Cela ne change pas grand chose. Je l’ai d’ailleurs dit à mes acteurs. Ils avaient tous fait du cinéma et de la télévision avant et, avec leur expérience, ils pouvaient faire ce qu’ils avaient envie et me faire confiance. Nous n’avions pas à nous inquiéter de parler fort pour que le troisième rang nous entende, nous n’avions ni à en faire trop, ni à jouer petit volontairement. 

Les Oscars ne font pas une carrière. Mais est-ce important d’être nommé pour un film que vous avez dirigé ? 

D.W : C’est nouveau donc oui ! C’est évidemment un honneur d’être nommé pour la septième fois en tant qu’acteur mais c’est la première fois pour un film que j’ai réalisé. C’est un nouveau territoire. 

Comment décririez-vous votre partenaire Viola Davis ?   

D.W : Brillante, puissante. Je l’avais d’ailleurs engagée sur le premier film que j’ai réalisé (Antwone Fisher, ndlr). Je savais déjà qu’elle était une grande actrice et je n’ai pas hésité une seconde quand j’ai décidé de faire Fences. Je le sais pour être dans le métier depuis longtemps : il est rare qu’un grand acteur rencontre un grand rôle. Mais ce personnage dans Fences, c’est le sien. C’est son tour. Mais comme tout grand rôle de théâtre, il sera aussi intéressant de voir quelle autre grande actrice l’interprètera dans le futur. Quand j’ai vu Fences sur scène il y a 30 ans, Mary Alice avait elle aussi livré une performance incroyable, très différente de celle de Viola. Et il y en aura d’autres. 

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