Dinard 2015 - Jean Rochefort : "J’ai honte d’être un humain"

Dinard 2015 - Jean Rochefort : "J’ai honte d’être un humain"

INTERVIEW - C’est avec élégance et bonhomie que Jean Rochefort préside depuis ce mercredi le jury du 26ème Festival du Film Britannique de Dinard, aux côtés entre autre d’Alexandra Lamy et Mélanie Doutey. Pour l’occasion, le monstre sacré du cinéma français a accordé à Metronews un entretien so british.

Votre vocation d’acteur est-elle née dans cette région ?
Oui, je crois. J’ai fait de petits films quand j’avais entre 12 et 15 ans à Saint-Lunaire, où je passais toutes mes vacances. Par ailleurs, mon père voyageait beaucoup. A l’époque, autour de 1945, les villes de province étaient d’une tristesse incommensurable et d’un ennui atroce. J’attrapais des spleens incroyables. Du coup, je me disais que seule la fiction pouvait m’aider à vivre. (Réflexion) C’est drôle… Plus on vieillit, plus on a envie d’être accepté par nos racines. Quand j’arrive en Bretagne, j’éprouve un bien-être considérable et stupide. J’ai l’impression qu'on est tous cousins. 

C’est la première fois que vous dirigez un jury. Quel type de président êtes-vous ? 
Je suis un président ne pensant pas qu’il est président, bien évidemment. Les titres ne m’impressionnent pas. Je veille à ce que l’ambiance soit agréable, sans jamais fonctionner comme un professeur. Tout ça est subjectif. J’aime les acteurs qui, comme moi, sont passionnés de cinéma et non d’eux-mêmes.

Le cinéma anglais, c’est votre tasse de thé ?
Oui… Le mélange de rire et de peur qu’il propose est formidable. On retrouve ça aussi bien chez les Monty Python que chez Alfred Hitchcock. (Petite réflexion) Cela dit, en voyant des films ici, à Dinard, j’ai découvert qu’il y avait quelques chose de très violent parfois. Peut-être les anglais sont-ils moins latins que nous… Les rapports homme-femme semblent très particuliers à l’écran, très rudes.

"Ce métier produit souvent des gens narcissiques qui s’auto-favorisent."

Qu’y a-t-il de plus britannique chez vous ?
L’humour, peut-être… Et les chemises… (rires) J’aime cette élégance british qui a tendance à disparaître sur grand écran.

Qu’est-ce que vous voleriez à la culture anglaise ?
(Eclat de rire) Shakespeare… J’aurais tellement voulu le jouer. Mais bon, c’est difficile de se risquer en anglais…

Vous parlez anglais d’ailleurs ?
Très mal, je baragouine. A l’école, pendant l’occupation, on ne nous conseillait pas d’apprendre l’anglais. Mais plutôt l’allemand, évidemment (rires).

Qu’est-ce qui a changé dans la manière de faire le métier d’acteur depuis vos débuts ?
Cette soif terrible de tous ces jeunes qui ne savent pas trop quel sera leur futur… Ils essaient de se réfugier dans la fiction ou, à cause de vous "bande de voyous" (en parlant des journalistes avec le sourire, ndlr), dans la publicité. Aujourd’hui, il y a trente magazines qui disent que "Jeanine sort avec Pépère"… Tout ça a donné un goût violent aux jeunes générations. Ce métier produit souvent des gens narcissiques qui s’auto-favorisent. C’est épouvantable.

"Nous sommes une espèce ratée et incomplète"

Par le passé, vous avez soutenu les Enfants de Don Quichotte en faveur des SDF. Vous vous êtes également battu contre la corrida. Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous indigne le plus ?
Les comportements d’homo-sapiens ! Je pense que nous sommes une espèce ratée et incomplète. Chez les mammifères, nous sommes les seuls à nous entretuer. Je ne suis pas fier d’être humain, j’en ai honte.

Pourriez-vous faire de la politique ?
Non, je ne crois pas. Je suis obsédé par les horreurs du pouvoir. Le président de la république est seul avec lui-même en France. Au bout de six mois, il devient forcément dingue, fou… Résultat : il a plein de maîtresses, il se fait faire des douches qui coûtent des millions, il vole une bagnole extraordinaire… Et nous pendant ce temps, on travaille, travaille, travaille et on paye des impôts… Faut pas qu’il soit seul au pouvoir ! Avec Alain Souchon, on rêvait d’avoir trois ou quatre présidents…

Tout le monde semble vous adorer. Avez-vous des ennemis ?
Oui, j’espère en avoir quand même quelques-uns… Haïssez-moi, s’il vous plait ! (rires)

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