Dinard 2016 - James Bond, Louis de Funès, l’accident de "Taxi 2"… le cascadeur Rémy Julienne raconte tout

CINÉMA

LÉGENDE - Avec environ 400 films à son actif, Rémy Julienne, 86 ans, est l’un des cascadeurs et concepteurs de cascades les plus populaires de la planète. Il a collaboré pour des pointures telles que Henri Verneuil, Roman Polanski, Sydney Pollack, John Woo ou Léos Carax. Il a également contribué à rendre James Bond encore plus téméraire. De passage au Festival du Film Britannique de Dinard pour une masterclass, il a accepté de revenir sur trois moments de sa carrière.

Rémy Julienne en trois points

  • 1L’épopée de Funès

    S’il est un acteur dont Rémy Julienne a croisé la route à de multiples reprises, c’est bien Louis de Funès. La Grande Vadrouille, Les Aventures de Rabbi Jacob, L’aile ou la cuisse, Sur un arbre perché… On ne compte plus les comédies populaires que le cascadeur a marqué de son empreinte indélébile. "Monsieur de Funès était un homme exceptionnel, n’en déplaise à la réputation qu’on lui attribuait parfois. Il avait un énorme respect pour moi et c’était réciproque", explique l’intéressé. Sûrement parce que le comédien, féru de danse et de rythmique, était émerveillé par les chorégraphies mécaniques qui jalonnaient ses longs métrages. En 1968, Julienne est sollicité par Jean Girault et son scénariste Jacques Vilfrid pour participer au Gendarme se marie. "Ils m’ont demandé si j’étais capable de construire une histoire avec une poursuite infernale menée par Louis de Funès", se souvient-il. Le défi est relevé haut la main. Des années plus tard, sur le tournage du Gendarmes et les gendarmettes, l’ambiance n’est pas au beau fixe. La mésentente avec le chef-opérateur est totale. Julienne prend la tangente pour participer aux 24 Heures motonautiques de Rouen, qu’il remporte. Lorsqu’il revient sur le tournage, de Funès lui lance : "J’ai appris que vous aviez des problèmes. Quoi qu’il arrive, n’allez voir ni le producteur ni le réalisateur. Mais moi". Un instant à part que le maestro de la casse n’a jamais oublié.
  • 2James Bond : 6 films et 3 acteurs

    Quel concepteur de cascades peut se targuer d’avoir travaillé sur 6 James Bond -Rien que pour vos yeux, Octopussy, Dangereusement vôtre, Tuer n’est pas jouer, Permis de tuer et Goldeneye- et côtoyé 3 interprètes dudit personnage culte -Sean Connery, Timothy Dalton et Roger Moore ? C’est en tout cas le palmarès fou de Rémy Julienne. "Et dans tout ça, on ne m’a jamais rien refusé. Pas une seule fois !", soutient-il avec enthousiasme. "Il fallait simplement respecter 4 critères : James gagne toujours, une belle fille, un bel environnement et de l’action." L’aventure commence ainsi au début des années 80. Alors qu’il se trouve sur un tournage en Grèce, la production de James Bond cherche désespérément à le joindre. A son retour en France, il reçoit une gueulante. "On m’a reproché de ne pas être joignable mais ça s’est arrangé", confie-t-il en riant. Ensuite de quoi, il se retrouve sur une route déserte, près de Corfou. L’état-major est présent : le réalisateur John Glen et le producteur Albert R. Broccoli, alias Cubby. La tension est entière. "Là, on me fait littéralement passer un examen. On me demande quelle voiture utiliser pour une scène spécifique. Pour être plus précis, ils souhaitaient une voiture ridicule que James Bond conduirait avec maestria pour triompher des méchants et de leur matériel sophistiqué." Réponse : la Citroën 2CV. L’idée plait et le périple continue. Julienne croise le "renfermé" Timothy Dalton, Roger Moore et Sean Connery. Et n’allez surtout pas lui demander lequel des trois il préfère !
  • 3Le cauchemar Taxi 2

    Evoquer l’expérience Taxi 2 est douloureuse. Le timbre est moins lumineux. "J’étais très mal renseigné au sujet de la production sur laquelle je suis tombée", estime-t-il avec lassitude, comme s’il se demandait encore pourquoi on avait fait appel à lui pour cette suite dirigée par Gérard Krawczyk. "C’est le seul film de toute ma carrière pour lequel j’ai été aussi mal reçu et considéré. Tout ce que je proposais ou que j’essayais de soumettre était refusé. L’ambiance était redoutable et infernale. Je l’ai très mal vécue." Le 16 août 1999, aux abords de la Porte Dauphine dans le 16ème arrondissement parisien, le caméraman Alain Dutartre, alors âgé de 41 ans, est fauché par une voiture dans le cadre d’une cascade avec tremplin. "J’étais à 80 mètres de la caméra. Gérard Krawczyk voulait que la voiture parcourt plus que 18 mètres en effectuant un saut. Un responsable devait me prévenir avec un drapeau rouge et un drapeau vert." Un drame terrible s’ensuit. Julienne explique avoir encore tout le mal du monde à se départir de la violence de certaines images. "Il y a eu un manque de respect des consignes. Cinématographiquement parlant, c’était une aberration".Trois audiences ont eu lieu pour déterminer les responsabilités des faits, auxquelles l’homme de 86 ans n’a pas pu assister en raison d’un état de santé fragile. "La cour a pensé que je me défilais, sûrement". Aujourd’hui encore, il ne démord pas et refuse que tout retombe sur lui. Il est impossible de dire si l’affaire est complètement classée.

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