Diplomate, aviateur, résistant… qui était Romain Gary, auteur de "La Promesse de l'aube" ?

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PORTRAIT - Diplomate et romancier, aviateur et compagnon de la Libération, résistant miraculé d’un bombardier en 1943, amant maudit de Jean Seberg… Romain Gary (qui s’est également appelé Lucien Brûlard, Shatan Bogat, Fosco Sinibaldi ou Emile Ajar) a eu plusieurs vies en une seule avant de se donner la mort en 1980. Toute sa vie, il a fait l’éloge de la liberté comme de l’ambiguïté. Célébrer son oeuvre en 2017, à une heure de manichéisme triomphant, s’avère salvateur.

Roman Kacew, qui s’est fait appeler Romain Gary dans la France libre, s’est également appelé Lucien Brûlard, Shatan Bogat, Fosco Sinibaldi, Emile Ajar. A la question "qui était-il ?", impossible de résumer cet homme en une phrase. On l'a connu aviateur, ambassadeur, romancier, dissimulé sous divers pseudonymes, comme pour masquer qui il était réellement. On l'a connu double, triple, multiple.


Romain Gary avait juste deux buts dans la vie : affronter Hitler et devenir écrivain. Deux desseins réussis. Pour le premier, il a rejoint l'Angleterre et la résistance au régime de Vichy comme mitrailleur dans l'aviation. Pour le second, il a écrit des livres estampillés classiques, qu’il s’agisse de Les Racines du Ciel ou La Nuit sera calme. Mais la vie de Romain Gary ne se résume pas qu'à cela. Elle est digne d’un roman, révélant une appétence pour les identités fluctuantes et les destins hors du commun. 

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VIDÉO – La Promesse de l’aube : "de grands rôles, de grands destins, une grande histoire"

Il y a de la joie et du chagrin chez Romain Gary. Son enfance, il l’a racontée dans son livre culte La Promesse de l’aube, dernièrement adaptée au cinéma par Eric Barbier (en salles le 20 décembre). Il y narrait sa jeunesse à Vilnius (capitale de la Lituanie aujourd'hui, mais partie de l'Empire russe jusqu'en 1917), puis à Varsovie et à Nice.

Abandonné par son père peu après sa naissance, l'écrivain dévoilait comment il avait vécu seul avec sa mère éprise de rêves et d'ambitions. Il avait passé la seconde moitié de son enfance sur la Côte d’Azur, croisant au gré des improvisations de sa mère, un Grand Duc, un roi de Suède et des professeurs de toutes disciplines et de tous genres. Gogol, Dostoïevski, Flaubert et Malraux s'avéraient ses amis les plus sûrs. Romain Gary rêvait sa vie. Jeune, il s'était fait la promesse qu'il serait extraordinaire, qu'il serait un héros. Ce que nous révèle l’œuvre de Gary au fond, c’est qu'elle continue encore aujourd'hui à nous inspirer, nous apprenant comment on peut devenir soi-même le héros de sa propre vie. 

Romain Gary a toujours été mon héros, et mon bouclier contre une certaine médiocritéJoann Sfar sur Romain Gary

A l'occasion du centenaire de la naissance de Romain Gary, Joann Sfar a rendu hommage à l’écrivain dans une édition illustrée du roman, parue en 2014 : "Romain Gary a toujours été mon héros, et mon bouclier contre une certaine médiocrité.", confessait alors le dessinateur. Cette phrase veut tout dire, elle résume tout de l'insaisissable caméléon qu'était Romain Gary dont la vie, sur le fil, restera hantée par l'ombre tutélaire de sa mère. 


Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939, Gary rejoint les troupes de la France Libre à Londres et laisse sa mère seule, malade. Par ses courriers, elle lui insuffle sans cesse son énergie vitale. De retour à Nice, une fois la Libération venue, il découvre que sa mère est décédée trois ans et demi auparavant. 


Après la guerre, Gary s'affirme comme écrivain. il publie son premier roman (Une éducation européenne en 1945) et devient diplomate, homme de tous les voyages et ce jusqu’en 1960. Quoi de mieux que le voyage pour contrer l'inertie et la mélancolie ?

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La Promesse de l'aube : le making of Pierre Niney

Emile Ajar, auteur d'une sublime mystification

Romain Gary se transmue en Émile Ajar, un de ses nombreux pseudonymes, et il ne l'a dit à personne. Idée dont le génie sera récompensée : Gary se révèle le seul écrivain à avoir reçu deux fois le prix Goncourt, en 1956 pour Les Racines du ciel sous son nom de plume habituel, puis en 1975 pour La Vie devant soi sous le pseudonyme Ajar. Pendant sept ans, c'est son petit cousin, Paul Pavlowitch, seul complice de la farce, qui a prêté ses traits au mystérieux Emile Ajar, notamment auprès des éditeurs. Plus tard, on a découvert le pot aux roses et a fortiori que Romain Gary avait écrit sous les noms de Lucien Brûlard, Shatan Bogat, Fosco Sinibaldi... 

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La Promesse de l'aube : making of Charlotte Gainsbourg

Noces de cendres

Celui qui se décrivait comme "incendié de songes" était aussi et surtout une personnalité secrète, vivant à l'ombre de toute médiatisation, emportée par une tragédie peu connue.

Qui, en effet, a eu écho de cette histoire d'amour maudite entre l'écrivain et l'actrice Jean Seberg ? A l'époque, la France se passionne pour la Bardot et personne ne sait qu'au même moment, en 1963, deux amoureux discrets se marient. Romain Gary a 49 ans, Jean Seberg en a 24 et ils s'aiment. 

Un unique cliché, détenu par leur fils, Diego, atteste de cette cérémonie qui s'est déroulée en secret dans un village corse. Mais de leur union passionnée, on ne saura rien. Ou si peu. On apprendra bien plus tard, dans le livre Mariage en douce de Ariane Chemin, que les noces d’Azur ont fini dans le sang. La célèbre Patricia d'A bout de souffle (Godard, 1959) s'est suicidée le 30 août 1979. Un an plus tard, le 2 décembre 1980, Romain Gary se donnait à son tour la mort. Au pied de son lit, il avait laissé une note posthume datée "Jour J" : "Aucun rapport avec Jean Seberg", y lisait-on. Gary avait conclu sa lettre sur ces mots : "Je me suis enfin exprimé entièrement." 

Et signé sous un seul nom : "Romain Gary".

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